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Portrait de l'écrivain Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre : "Dans le désir de raconter des histoires et d'écrire, j'avais un plaisir vraiment scriptural"

59 min
À retrouver dans l'émission

De chemins de traverse en artisan de la littérature, Pierre Lemaitre ne connaît pas son secret pour bien écrire, mais il les connaît tous.

Portrait de l'écrivain Pierre Lemaitre
Portrait de l'écrivain Pierre Lemaitre Crédits : PHOTOPQR/LE PARISIEN - Maxppp

Pierre Lemaitre est romancier et scénariste. Après plusieurs romans policiers, il publie le premier volume d’une trilogie sur l’entre deux-guerres avec un roman picaresque, Au revoir là-haut, couronné par le prix Goncourt en 2013 et le César de la meilleure adaptation au cinéma avec Albert Dupontel en 2018. Sa trilogie se poursuit avec Couleurs de l’incendie.

Pierre Lemaitre a pris les chemins de traverse de la réussite. Il passe son enfance entre Aubervilliers et Drancy. Venu d'une famille modeste mais "fascinée par le savoir", il quitte l'école en classe de seconde et s'essaye à quelques métiers, dont le théâtre qu'il finit par abandonner par peur de l'échec. Ce n'est qu'à plus de 60 ans qu'il connaît le succès, avec le prix Goncourt pour son roman Au revoir là-haut, après avoir retrouvé l'envie d'écrire à 50 ans. 

Le premier souvenir que j'ai d'avoir commencé un texte, c'était en CM2 avec mon copain Peltier, on avait tous les deux très envie d'être écrivains, donc on a pris un cahier de brouillon - je me rappelle très bien de la scène -, on a pris un cahier de brouillon, ceux qui étaient un peu poreux, je les aimais beaucoup, et la grande question qu'on se posait c'était : "est-ce qu'on fait un grand roman d'action où il y a aussi des descriptions ?" 

Quand il a repris la plume, c'est le roman qui l'a attiré. Il l'explique avec beaucoup de recul :

Je crois que j'ai choisi d'écrire des romans parce que c'était plus facile. Je n'étais pas sûr d'être un bon dialoguiste, le théâtre me faisait un peu peur. J'ai l'impression que le théâtre n'est pas un texte direct, il est indirect et n'a de véritable intérêt que s'il est mis en scène, monté et dit par des comédiens. Donc en fait, vous faites une sorte de travail intermédiaire, un peu comme le scénario de cinéma, ce n'est pas un produit fini pour faire court. Et puis je pensais que le roman était plus facile, j'ai commencé par le roman policier en me disant, "j'en ai lu tellement que je devrais bien y arriver".   

Psychologue de formation, il effectue une grande partie de sa carrière dans la formation professionnelle des adultes, sans jamais que la littérature ne soit très loin.

J'ai eu une chance, c'est que j'ai enseigné la littérature à des bibliothécaires pendant une vingtaine d'années, j'animais des stages de formation continue à des bibliothécaires. Et sans m'en rendre compte, à force de discuter, de faire des cours sur le texte littéraire, - on avait même un séminaire d'une semaine sur le démontage du texte littéraire où l'on allait mettre les mains dans le cambouis à savoir comment fonctionnait un texte, les personnages, les chapitres, les découpages -, sans m'en rendre compte, j'ai mis dans ma boite à outils un certain nombre de choses et quand je me suis attelé au travail. Et finalement, mon premier roman ne manquait pas trop de maturité, parce que je pense que j'avais bénéficié de mes enseignements. 

C'est très compliqué de savoir comment on fabrique un roman. La seule chose que je peux vous dire sur la manière dont je construis les miens c'est : je n'en sais rien. Fondamentalement, comment ça se mène ? Il y a une part d'intuition, de savoir, de technique, un peu de tout ça. Vous savez pas très bien comment les idées arrivent, mais à un moment la mayonnaise a pris, ça commence à se faire, mais après, vous irez au bout ou pas. 

Il s'amuse à jouer avec le mythe de l'écrivain, mais ne se l'approprie pas, se considérant bien plus comme un artisan de sa création, un besogneux de l'écriture, toujours à la tâche. 

Un écrivain, il a besoin de faire rêver, mais Lemaitre, il travaille le matin, il s'arrête à midi pour manger, il reprend à 2 heures et il s'arrête pour aller chercher sa fille à l'école, avec ça je ne fais pas rêver, parce qu'en fait c'est la vie d'un horloger. Mais en fait je suis un artisan, je travaille tout le temps, même la nuit. 

Dans sa parole, tout semble plus simple, plus naturel, plein de bonhomie.

Je viens d'un milieu où l'on dit "merci" quand on vient de lire 300-400 pages d'un historien qui vient de vous éclairer sur votre sujet, que vous lui devez d'avoir compris quelque chose qui va servir à votre roman. Moi ça m'a semblé assez naturel de dire "j'ai lu ça et c'était drôlement bien, voilà merci", c'est très bête, mais c'est de la pure politesse. 

N'importe quelle histoire est bourrée d'invraisemblances, mais si vous avez pris votre lecteur, s'il est bien dans son histoire, si vous respectez votre part du contrat qui est de lui raconter une histoire, qui va avoir son utilité, c'est-à-dire que derrière l'histoire il y a autre chose, mais que vous le racontez d'une manière qui soit enveloppante, le lecteur est prêt à passer sur beaucoup de choses. 

Mais il n'est pas seulement un praticien, bien au contraire, c'est avec techniques qu'il alimente ses écrits et c'est sans s'arrêter qu'il explique les théories littéraires de Samuel Taylor Coleridge et Robert Louis Stevenson, rajoutant un malicieux "Nous sommes sur France Culture, on peut être pédant" : 

Ecrire un roman c'est long, c'est 2 000 heures pour moi, donc si vous n'avez pas du plaisir à écrire... Il faut trouver de quoi s'amuser, trouver des relais, du plaisir à son métier. Et du coup, ce qui m'offre un relais, je fais aussi le pari que ça va aussi en faire un au lecteur.

>>> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret >>>

Bibliographie sélective proposée par la Bnf

Portrait de Pierre Lemaître et présentation de son roman Au revoir là-haut, sur le site de la Web-tv-culture 

Entretien avec Pierre Lemaître à lire sur le site du magazine d'interviews culturelles en ligne, Lecthot

Rencontre avec Pierre Lemaître pour son roman Les couleurs de l’incendie, en ligne sur Lecteurs.com

Dans le cadre d’une « Carte blanche » proposée par le magazine d’Arte.tv Square Artiste, Pierre Lemaître a réalisé le portrait d’un bénévole du Secours populaire. Tourné à Reims, ce documentaire raconte le quotidien de Jacques Bresson, enseignant à la retraite, qui consacre désormais une partie de sa vie au soutien des plus démunis.

Bonne année mes très chers riches, la carte blanche de Pierre Lemaître le 2 janvier 2018, dans Boomerang, sur France Inter

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Essais sur l'art de la fictionRobert Louis StevensonPayot - Petite Bibliohtèque, 2007

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