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Portrait de l'écrivain Pierre Lemaitre à Bogota, en Colombie, en avril 2017

Pierre Lemaitre : "La littérature fait appel à l'intelligence par l'intermédiaire de l'émotion"

57 min
À retrouver dans l'émission

De chemins de traverse en artisan de la littérature, Pierre Lemaitre ne connaît pas son secret pour bien écrire, mais il les connaît tous.

Portrait de l'écrivain Pierre Lemaitre à Bogota, en Colombie, en avril 2017
Portrait de l'écrivain Pierre Lemaitre à Bogota, en Colombie, en avril 2017 Crédits : Raul Arboleda - AFP

Pierre Lemaitre est romancier et scénariste. Après plusieurs romans policiers, il publie le premier volume d’une trilogie sur l’entre deux-guerres avec un roman picaresque, Au revoir là-haut, couronné par le prix Goncourt en 2013 et le César de la meilleure adaptation au cinéma avec Albert Dupontel en 2018. Sa trilogie se poursuit avec Couleurs de l’incendie.

Pierre Lemaitre a pris les chemins de traverse de la réussite. Il passe son enfance entre Aubervilliers et Drancy. Venu d'une famille modeste mais "fascinée par le savoir", il quitte l'école en classe de seconde et s'essaye à quelques métiers, dont le théâtre qu'il finit par abandonner par peur de l'échec. Ce n'est qu'à plus de 60 ans qu'il connaît le succès, avec le prix Goncourt pour son roman Au revoir là-haut, après avoir retrouvé l'envie d'écrire à 50 ans. 

Les premières lignes 

Le premier souvenir que j'ai d'avoir commencé un texte, c'était en CM2 avec mon copain Peltier, on avait tous les deux très envie d'être écrivains, donc on a pris un cahier de brouillon - on a pris un cahier de brouillon, ceux qui étaient un peu poreux, et la grande question qu'on se posait c'était : "Est-ce qu'on fait un grand roman d'action ou est-ce qu'il y a aussi des descriptions ?". Je crois que j'ai choisi d'écrire des romans parce que c'était plus facile. Je n'étais pas sûr d'être un bon dialoguiste, le théâtre me faisait un peu peur. J'ai l'impression que le théâtre est indirect et n'a de véritable intérêt que s'il est mis en scène, monté et dit par des comédiens. Donc en fait, vous faites une sorte de travail intermédiaire, un peu comme le scénario de cinéma, ce n'est pas un produit fini. Et puis je pensais que le roman était plus facile, j'ai commencé par le roman policier en me disant, "j'en ai lu tellement que je devrais bien y arriver".      
Pierre Lemaitre

La jubilation de l'émotion

Certains de mes romans sont plutôt des thrillers, d'autres des romans policiers. Il y a une distinction technique, le roman policier démarre avec une enquête. Le roman noir, le roman policier et le thriller démarrent avec une affaire criminelle et c'est dans son traitement qu'on va pouvoir distinguer ce qui va relever de l'un ou l'autre genre. Le roman policier m'a intéressé mais je m'en suis détaché parce que la mécanique narrative à laquelle vous êtes astreint est exigeante, c'est très épuisant. Et du coup vous prêtez beaucoup plus à la structure narrative et très peu aux personnages. C'est finalement un peu le défaut d'Agatha Christie. Or moi je suis un écrivain de l'émotionnel. J'ai relativement peu de romans policiers, mais plutôt des thrillers on va jouer davantage sur l'identification du lecteur au personnage ou le roman noir où l'affaire criminelle est le prétexte de savoir ce qu'il va se passer ou dans le monde psychologique ou dans le monde social. L'intelligence de la littérature s'appelle l'émotion.  
Pierre Lemaitre

Écrivain-artisan

Il s'amuse à jouer avec le mythe de l'écrivain, mais ne se l'approprie pas, se considérant bien plus comme un artisan de sa création, un besogneux de l'écriture, toujours à la tâche. 

Un écrivain, il a besoin de faire rêver, mais Lemaitre, il travaille le matin, il s'arrête à midi pour manger, il reprend à 2 heures et il s'arrête pour aller chercher sa fille à l'école, avec ça je ne fais pas rêver, parce qu'en fait c'est la vie d'un horloger. Je suis un artisan, je travaille tout le temps, même la nuit. Ecrire un roman c'est long, c'est 2 000 heures pour moi, donc si vous n'avez pas du plaisir à écrire... Il faut trouver de quoi s'amuser, trouver des relais, du plaisir à son métier. Et du coup, ce qui m'offre un relais, je fais aussi le pari que ça va aussi en faire un au lecteur.    
Pierre Lemaitre

Pour aller plus loin

Bibliographie sélective proposée par la BNF. 

Dans le cadre d’une « Carte blanche » proposée par le magazine d’Arte.tv Square Artiste, Pierre Lemaître a réalisé le portrait d’un bénévole du Secours populaire. Tourné à Reims, ce documentaire raconte le quotidien de Jacques Bresson, enseignant à la retraite, qui consacre désormais une partie de sa vie au soutien des plus démunis.

Bonne année mes très chers riches, la carte blanche de Pierre Lemaître le 2 janvier 2018, dans l'émission Boomerang, sur France Inter.

Réécoute du 23 août 2018

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Bibliographie

Essais sur l'art de la fiction

Essais sur l'art de la fictionRobert Louis StevensonPayot - Petite Bibliohtèque, 2007

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