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Portrait de Raymond Depardon à Bogota, en Colombie en juillet 2014

Raymond Depardon : " Un photographe lutte contre le temps qui passe et travaille beaucoup avec le deuil"

58 min
À retrouver dans l'émission

Photographe, cinéaste, écrivain, Raymond Depardon, c'est 60 ans d'images et d'histoires, depuis la ferme familiale du Garet à Villefranche-sur-Saône jusqu'à la célèbre agence Magnum. De la photographie au cinéma documentaire, Raymond Depardon nous fait entrer dans son atelier.

Portrait de Raymond Depardon à Bogota, en Colombie en juillet 2014
Portrait de Raymond Depardon à Bogota, en Colombie en juillet 2014 Crédits : Eitan Abramovic - AFP

Raymond Depardon est une véritable institution, un "lieu de mémoire" de la photographie française. Depuis les premières photographies prises à Villefranche-sur-Saône, avec un appareil 6X6 de marque Lumière, ce sont soixante années d’images et d’histoires qui ont façonné cet homme au regard tendre et au verbe authentique. Au cours de cette Masterclasse, le photographe évoque ou dévoile certains aspects de son parcours, à travers anecdotes et témoignages, flashs et instantanés. 

De ses premières commandes pour des footballers amateurs, Raymond Depardon est ensuite devenur tour à tour photo-reporter, reporter de guerre, il a ensuite photographié des stars et les Jeux Olympiques dans les années 1960. Il cofonde l'agence GAMMA 1966, avant de devenir un des piliers de l'agence Magnum, suite à la mort de son grand ami photographe Gilles Caron. 

A la recherche de l'insaisissable réel

Un jour un paysan m’a dit : "votre appareil photo c’est comme votre fourche" ! Si j’avais travaillé dans un bureau, j’aurais été un peu malheureux. Les paysans n’ont pas de chef ! Photographie et agriculture ont un point en commun : le réel. C’est à dire quelque chose qui échappe. C’est très étrange un photographe. C’est quelqu’un qui lutte contre le temps qui passe et qui travaille beaucoup avec le deuil. Le deuil commence dès la prise de vue. Une photo, « tac», et puis c’est fini. Tac, tu as fait une photo c'est fini. Ce qui n'est pas le cas du cinéma. J'ai l'impression qu'avec le montage, le son, on est dans une présence continuelle.  

De ses photographies, il a publié une trentaine de livres comme Notes, comme Correspondance New-Yorkaise, Détours ou encore Errance. Il y a aussi son œuvre cinématographique, immense, inaugurée là encore sous le mode du reportage en 1963 au Vénézuela. Et puis cette œuvre s'est poursuivie avec des piliers du cinéma direct à la française, comme 1974, partie de campagne, sur la campagne présidentielle de Giscard. Et puis, il y a eu Numéros zéros et Reporters, qui était sur le monde de la presse et du reportage photographique, des grands films sur l'enfermement, sur la folie, sur le système judiciaire : San Clemente (1982), Urgences (1987), Faits divers (1983), Délits Flagrants (1994), Muriel Leferle (1999), 10e chambre, instants d'audience en 2004, jusqu'à son dernier film en date qui réunit ces deux mondes, 12 jours, présentés au Festival de Cannes en 2017. Sans oublier sa trilogie Profils paysans, comme un retour à l'enfance. Et puis encore, ces films qui se situent à la frontière entre fiction et documentaire, comme Empty Quarter (une femme en Afrique). Et enfin ses films plus récents tels que Journal de France et Les Habitants

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Le tout dans une œuvre qui aime beaucoup le temps faible, le temps mort, même par moments. Sur quelle pratique, sur quel questionnement se fonde et se poursuit cette œuvre? Comment s'articulent la photographie, le cinéma et l'écriture ? Il y a aussi de sa complicité de longue date avec Claudine Nougaret, sa femme, avec qui il collabore à parts égales sur chaque film.  

La photographie est une question de morale

Quand on s’approche de gens relativement modestes et qui ne sont pas habitués à se faire photographier, il faut aller vite. Cela peut être des paysans de Lozère, des gens de l’Altiplano, ou sur des routes d’Éthiopie. Il faut faire une photo et ne pas insister, il faut laisser de l’air. Malheureusement on n’apprend pas cela dans les écoles de photographie... Il y a un problème moral. La morale joue un rôle. Si tu photographie les gens il faut leur parler, mais si tu parles et tu fais des photos ça ne va pas en même temps. Mais je le voyais bien avec les paysans cévenoles, j'avais toujours mon appareil, j'étais déjà un peu frappados pour eux, parce que l'appareil photo qui montre bien qui on est. Il faut toujours dire qui on est. Je me souviens de cette phrase de Buster Keaton : "On commence à être connus quand un paysan tibétain sait épeler votre nom".      
Raymond Depardon

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Retrouvez la masterclasse en vidéo ci-dessous :

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Pour aller plus loin

Raymond Depardon est membre de l’agence Magnum depuis 1979. Son portfolio est sur le site de l’agence

Biographie, filmographie et bibliographie sur le site de lEncyclopédie du cinéma

En 2013, la Cinémathèque française a consacré une rétrospective à Raymond Depardon.

Donner la parole : Dialogue avec Raymond Depardon et Claudine Nougaret, animé par Alain Bergala en novembre 2013, un entretien à voir sur Canal-U.

Réécoute du 24 juillet 2018

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