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Romain Goupil

Romain Goupil : "ce n'est pas mon boulot de faire un plan où tout le monde pense la même chose au même moment"

59 min
À retrouver dans l'émission

La masterclasse de Romain Goupil est comme le personnage : cash.

Romain Goupil
Romain Goupil Crédits : Gareth Cattermole / Employé - Getty

Le cinéma est venu très trop dans la vie de Romain Goupil, avec deux court-métrages réalisés quand il avait 17-18 ans, très peu de temps après avoir été viré de son lycée pour son activisme pro-Vietcong. Politique et cinéma sont les deux axes autour desquels gravitent sa vie, manifesté par ses deux héros d'enfance : Fritz Lang et Léon Trotski.

Quand je commence à faire des films, je ne me pose pas trop de questions, c'est un peu les enfants de la balle avec la famille que j'ai. La façon que j'ai eu de commencer, très vite et très jeune, c'est mon père qui me dit : "tu vas apprendre à photographier et à tirer toi-même tes photos", j'avais sept ans. A sept ans, il m'apprend ce que c'est que le fixateur, ce que c'est que le révélateur, comment bien ranger le labo... Et pour apprendre la lumière, pour apprendre les cadres, il pensait que le mieux, c'était que je commence par la photographie. Donc il y a toute une série de photos où c'est mes frangines, mes parents, les copains des parents qui passent à la maison.

Romain Goupil parle aussi de ses premières expositions au septième art.

C'est plutôt le burlesque, ces films-là qui vont me servir de référence. Parce qu'à la maison, il y avait les grands frères qui avaient un drap et des petits projecteurs où l'on voyait Charlot soldat, ou Laurel et Hardi. Tous les jeudis après-midi, il y avait une séance, pas de ciné-club mais trente mômes qui étaient fascinés par les projections sur ce drap. 

Il continue sur ses projets en tant que réalisateur et ce qu'il cherche à montrer en réalisant un film.

Mes ambitions, c'est que quelqu'un se pose une question. Que mon film soit un foisonnement de points d'interrogation et en aucun cas un message où les gens sortent du film en disant : "c'est bon, on a tous compris sur la société et on va se révolter." Les films politiques qui illustrent un discours avec un réalisateur qui est sûr de lui et une seule solution, c'est les films que je déteste. Pour vous donner des noms, je déteste Ken Loach, je déteste Michael Moore, qui vont prendre une idée simple, progressiste, bien-pensante, et on va sans arrêt dérouler le film pour donner l'impression qu'on a tout compris. Ce n'est pas du cinéma. Mais il y a pire que ça : ceux qui acceptent de faire du film de publicité, pour moi c'est le comble du comble du film de propagande.

Au fil de la conversation, il explique que ce qu'il cherche à filmer, c'est l'imprévu et la réaction naturelle, ainsi que la manière qu'il a de le faire.

J'ai une consigne sur tous les tournages c'est : personne ne coupe ! Personne ne coupe avant que j'ai dit de couper. Si jamais il se passe quelque chose, qu'il y a un incident dans le champ, c'est moi qui décide si cet incident va entraîner quelque chose ou non. Alors que les opérateurs par réflexe ils coupent parce que ce n'est pas ce qui était prévu. Donc il faut une incroyable engueulade au début. S'il y a un drame, bien sûr qu'on va couper, mais s'il y a un silence, une hésitation ou autres, je ne veux qu'on laisse tourner. Et très souvent dans les films, je garde le moment où se révèle quelque chose dans ce qui n'était pas prévu. Le contraire absolu d'Haneke.

Ce qui le ramène à sa conception de ce qu'un film doit être.

Les films c'est consolant, on espère avoir une vision du monde, c'est pour ça qu'on adore Ken Loach, c'est des films qui nous donnent une solution et qui nous font croire qu'on est intelligent, qu'on comprend quelque chose au monde. Mais le monde c'est un chaos infini, un chaos terrible et la répétition de chose de plus en plus monstrueux. Donc je me garderais bien de donner quelque solution que ce soit dans un de mes films. 

Mais aussi au ce qui l'a amené à de telles conceptions. 

Contrairement à Spielberg, moi je sais qu'à un moment donné dans mon histoire, j'ai pris la parole, j'étais dans des situations où je disais : "on y va". Puisque j'étais responsable, dirigeant, leader des lycéens en 1968 et après du service d'ordre dans les années qui vont suivre, donc de l'appareil. Et il y a des moments où déclencher des manifestations, de déclencher l'attaque d'une ambassade, de faire tout ça pour de vrai, a mis le cinéma quelque part comme quelque chose de faux. 

Retrouvez la vidéo de la masterclasse ci-dessous :

>>> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret >>>

Fonds Romain Goupil conservé à la Cinémathèque française

Biographie sur le site du Cinéclub de Caen

biographie, filmographie et bibliographie sur le site de l’Encyclopédie du cinéma

Romain Goupil est l’invité de l’émission Mardi politique sur France 24 (mai 2018)

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