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Salman Rushdie

Salman Rushdie : "Tous mes livres sont drôles"

59 min
À retrouver dans l'émission

Dans cette masterclasse, Salman Rushdie raconte avec brio et humour ce qui l'anime, comment il écrit, pourquoi chaque livre est une nécessité... Michel Zlotowski en assure la traduction.

Salman Rushdie
Salman Rushdie Crédits : Joël Saget - AFP

L'écrivain britannique d'origine indienne Salman Rushdie dont le style mêlant mythes et faits réels a été qualifié de "réalisme magique", est l'auteur de nombreux romans parmi lesquels Les Enfants de minuit (1981, qui lui valut le Booker Prize et The Best of the Booker), La Honte (1983), Les Versets sataniques (1988) et Furie (2001), ainsi que d'essais dont Le Sourire du jaguar (1987) et Franchissez la ligne (2002). Suite à la publication en septembre 1988 des Versets sataniques, une fatwa réclamant son exécution est émise sur Radio Téhéran par l’ayatollah Rouhollah Khomeini, dénonçant le livre comme "blasphématoire" envers l’islam.

Dans cette masterclasse, Salman Rushdie revient sur l'importance du cinéma dans la jeunesse en Inde, ainsi que, bien sûr, de la lecture, et sur ses études d'histoire avant de faire des études de littérature. 

Une grande partie de mon travail a à voir avec l'histoire. J'ai eu un professeur d'histoire brillant, qui m'avait dit, n'écris jamais l'histoire si tu ne peux pas entendre les gens parler. C'est une leçon merveilleuse pour l'écriture de la fiction. Lorsque j'essaie de créer des personnes, je commence par me demander comment parle-t-il ? Quelle est l'étendue de son vocabulaire ? Est-ce qu'il est bavard ? Utilise-t-il des gros mots ? Après, je sais qui il est et je peux écrire. Salman Rushdie

Pour lui, le travail d’écriture est comme un emploi, il faut travailler chaque jour, à heures fixes :

On ne peut pas se permettre d’attendre l'inspiration. Sinon, on ne termine jamais son livre. Un roman c’est comme une course de marathon, la seule façon de courir un marathon, c’est d’attendre le kilomètre suivant, on pense aux trois pas suivants… et vous savez que la ligne d’arrivée va arriver au bout... La fiction, c’est un pas après l’autre, un jour après l’autre. Mais je pense que je suis inhabituel. Beaucoup d’écrivains ne travaillent pas comme ça. Salman Rushdie

Il revient aussi sur son autobiographie Joseph Anton, écrite à la troisième personne. Si je n’utilise pas la première personne, le personnage qui porte mon nom va se sentir au même niveau que les autres personnages, et donc je peux l’écrire comme un roman ; d’autres écrivains l’ont fait ; il faut sentir ce qui est juste, il n’y a pas de règles, il n’y a pas de lois. Salman Rushdie

La masterclasse laisse une large place à l'humour, à la comédie assez noire qui grince dans ses romans.

Quand j’ai commencé à écrire, tout le monde me disait que mes livres étaient drôles. Avec ce qui s’est passé, avec "les Versets sataniques", il y a eu un changement bizarre. Ce qui est arrivé n’était pas drôle et les gens ont décidé que c’est moi qui n’était pas drôle. Dans mes deux derniers livres, les gens ont redécouvert que mes livres pouvaient être drôles. Tous mes livres sont drôles. En tant que lecteur, je n’aime pas des livres sans sens de l’humour. C’est comme Zola par exemple… Salman Rushdie

Pour lui, sa manière de penser a été façonnée par son itinéraire, le fait qu'il a connu deux migrations dans sa vie : de l’Inde vers l'Angleterre, puis de l'Angleterre vers l’Amérique.

C’est très difficile d’établir une version formelle de la réalité. Il y a des narratifs conflictuels qui se battent pour le même espace. Cette idée de narratif en collision m’a été important. Le narratif britannique de l’Empire est très différent de celui des pays colonisés ; je suis né deux mois avant l'indépendance de l'Inde. Quand j’étais enfant, les manuels étaient encore ceux de l’empire colonial britannique, les Britanniques étaient les héros et les Indiens qui résistaient étaient des méchants. Les méchants sont devenus les héros, et les héros les méchants. Ça a été une leçon pour moi... On se rend compte que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Cela donne une perspective. Il faut toujours chercher un autre récit. Peut-être qu’un autre angle contient plus de vérité. Salman Rushdie

L’écriture c’est ma façon de comprendre le monde dans lequel je vis. Ce processus de compréhension ne se termine jamais. Je ne peux pas imaginer ne pas écrire. Salman Rushdie

>>> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret >>>

Site officiel de l'écrivain

Portrait en images à voir sur le site de 28’, le magazine d’Arte

Salman Rushdie, ou le portrait indien : article de Marc Porée, professeur à l'Université Paris III Sorbonne Nouvelle, paru dans la revue Sillages critiques en 2001.

« Always try and do too much. Dispense with safety nets » : Rushdie et l’écriture de l’excès : Article d’Elsa Sacksick, en ligne sur le site de la revue L’Atelier, de l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense.

Débat avec Salman Rushdie : une conférence donnée à la BnF le 17 juin 2008, en ligne sur Gallica.

J'ai lu les Versets Sataniques de Salman Rushdie : une lecture de Jean-Marie Gaudeul, publiée dans Hommes et Migrations, n°1122, mai 1989. En ligne sur le portail Persee.fr

Lettre de Salman Rushdie au six milliardième humain, à lire sur le site des correspondances et des lettres, deslettres.fr.

Salman Rushdie est l’un des contributeurs de la revue culturelle La Règle du jeu. Portrait, entretiens, textes exclusifs…

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