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Le TER de Bergerac, haut lieu de la gourmandise

Casse-croûte sur rails

4 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui, Jacky Durand nous fait revivre nos trajets en tortillard. Là où "le boire et le manger revêt une importance capitale" !

Le TER de Bergerac, haut lieu de la gourmandise
Le TER de Bergerac, haut lieu de la gourmandise Crédits : MEHDI FEDOUACH - AFP

En ces temps incertains de grand chamboulement à venir de la SNCF, je me fais du mouron pour les tortillards et les petites gares. C’est la France des petites fugues, l’éloge de la pause pipi, l’omnibus des valises en carton bouilli et des repas tirés du sac.

Il paraît qu’ils sont dans le collimateur, ces trains qui font teuf-teuf sur les viaducs. Pas assez rentables, désuets qu’ils disent, les TGV addicts et les accros du bitume qui se voient déjà en train de démonter les rails pour ouvrir toute grande la concurrence de la route. Ce n’est pas qu’on soit contre les bus, mais quand même, ça a une autre gueule un train qui s’échauffe dans les faubourgs et les banlieues. Et puis, dans le car, on se sent serrés comme un mouchoir de poche alors que dans l'omnibus, on peut valser entre les wagons, se dérouiller les jarrets dans les soufflets, courser l’homme qui fait le meilleur café lavasse du monde sur son petit chariot où l’on dévalise les barres chocolatées.

Et puis, vous, amis voyageurs-flâneurs qui aimez la lenteur sur voie ferrée, vous seuls savez à quel point le boire et le manger y revêt une importance capitale. Il n'est pas question ici de la nourriture à très grande vitesse des voitures-bars qui vide plus vite votre porte-monnaie qu’elle ne vous remplit l’estomac. Nous tairons également cette race de goujats qui, à peine installés en voiture 18, vous dégaine le menu Big Graillon avec frites et double hamburger, vous daubant toute la rame.

Non, nous, ce qui nous intéresse, ce sont les complices du repas tiré du sac, les solitaires de la gamelle emportée, que l’on débusque encore dans les tortillards. Souvent, on les repère dès la montée dans le train tant ils sont organisés. Monsieur porte la valise. Trop lourde, évidemment. Il vérifiera au moins deux fois que sa malle est bien arrimée dans la bannette à bagages. Après, c’est selon. Soit notre couple dégaine séance tenante ses munitions alimentaires, soit il attend le départ du train. Le temps de feuilleter le Bien public et Femme actuelle. Madame sort alors deux gros quignons de pain avec beurre et jambon emmaillotés dans du papier aluminium, lui-même recouvert de papier absorbant faisant office de serviette.

Beaucoup plus rarement, on croise quelques esthètes du pique-nique qui transforment leur tablette de voyage en aire de dégustation avec topette de bordeaux, salade composée et tranches de rôti froid. Mais le plus souvent, le voyageur-mangeur se contente de déguster sobrement son sandwich en regardant défiler le paysage. En couple, cela donne parfois des propos aussi croustillants que leur pain : «T’as vu, là-bas, ils ont de la buée dans leur véranda comme chez Lucette. On a bien fait de ne pas en faire construire une.»

En général, la collation ferroviaire est courte comme un coït de conscrit et s’achève par une brève gâterie sucrée (fruits, gâteaux secs…). Il existe encore quelques Mohicans du rail qui s’attardent en tranchant le crottin de Chavignol comme s’ils étaient à la foire d’Automne. On notera qu’après une traversée du désert, le thermos de café ou de thé fait un retour remarqué à la faveur de l’air du temps, qui le décline en modèle individuel.

Mais le train, c'est beaucoup plus qu'un réfectoire. Comme je vous le disais, il autorise les petites fugues, donc la possibilité d'aller se ravitailler à la montagne, dans le bocage. C'est le bonheur de descendre sur le quai du trou du cul du monde. Pour aller cueillir par exemple votre prochaine salade de pissenlits printaniers. Munissez-vous de votre Opinel, de quelques pochons en papier, d’une paire de bottes et de quoi casser la graine dans votre musette. Prenez le premier train en partance pour un bout de campagne. Marchez nez au vent vers la première prairie en vue et dérouillez votre carcasse en rampant sous le barbelé de la clôture (attention à ne pas écraser le chèvre frais dans la musette…). Après, il n’y a plus qu’à se pencher et à couper les pissenlits. Vous pouvez également aller cueillir les mûres à la fin de l'été et les champignons à l'automne.

Et puis les petites fugues ferroviaires permettent également d'aller se ravitailler en saucisse de Morteau, en fromages fermiers et autres pépites gourmandes. Alors, je vous en conjure, laissez-nous nos tortillards et nos gares minuscules. Ne serait-ce que pour le bonheur de faire partager le fumet d'un bon munster fermier à nos voisins de voyage.

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