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"Plus qu’une recette, c’est l’histoire d’un petit garçon qui allait chercher son père docker au port d’Alger avant le repas du soir autour d’une omelette aux pois chiches."

Chiche à l’omelette aux pois chiches

3 min
À retrouver dans l'émission

Petit rêve déconfiné de nourritures dans les rues d’Alger.

"Plus qu’une recette, c’est l’histoire d’un petit garçon qui allait chercher son père docker au port d’Alger avant le repas du soir autour d’une omelette aux pois chiches."
"Plus qu’une recette, c’est l’histoire d’un petit garçon qui allait chercher son père docker au port d’Alger avant le repas du soir autour d’une omelette aux pois chiches." Crédits : Eddy Buttarelli/REDA&CO - Getty

Quand j’ai entendu jeudi soir les dernières nouvelles sur le confinement, j’ai eu un gros coup de mou. Et comme souvent en pareille situation, j’ouvre un livre de cuisine. Pas forcément pour me mettre aux fourneaux. Non, mais pour repousser le black dog, les murs de cette réclusion sociale qui nous mine depuis un an.

Alors, avant-hier soir,  j’ai posé sur la toile cirée La cuisine algérienne de Fatima-Zohra Bouayed publié aux éditions Enag. C’est un livre que j’ai ramené d’Alger. Une fois encore, je le feuillète longuement en rêvant de soupe au blé, de sardines frites, de petits pois au mouton, de couscous sucré aux raisins secs, de thé vert à la menthe.

Et soudain, je suis à Alger, un jour de printemps, il y a quelques années. Il y a un siècle. L’air sent le jasmin en fleurs. J’écoute les hirondelles criailler dans le soir qui vient. Elles tournoient devant la grande façade blanche de l’hôtel Safir qui plonge vers le port orangé par le couchant. L’hôtel Safir est un vieux paquebot blanc. Solennel et fatigué. Les Algérois l’appellent toujours l’Aletti, comme à l’époque de son ouverture, en 1930. Avec son casino, son cinéma, ses immenses salles de réception, il attirait clients fortunés, joueurs de baccara et comédiens. On venait y écouter chanter Gloria Lasso ; Saint-Exupéry y refit le monde chambre 229 une nuit de l’automne 1940.

Nous avons rendez-vous avec une paire de conteurs magnifiques qui nous emportent au bout de la nuit et de l'Algérie devant une bouteille de vin de Mascara et de felfel b'tomatich (poivrons à la tomate) qui nous enfièvrent les papilles et l'humeur.  Il y a comme une forme de pèlerinage chez ces mangeurs et buveurs consciencieux, quelque chose qui se rapproche d'un plaisir enfantin. On goûte aussi à la nostalgie douce des Artistes, un restaurant dont les murs sont tapissés des portraits des grandes voix de la scène algérienne. On s'égare pour cause de fringale subite dans une rôtisserie déserte en se régalant de minuscules brochettes de foie que l'on vous sert par brassée. On goûte à la garantita, cette énigmatique préparation à base de pois chiches, mi-flan, mi-béchamel que l'on glisse dans un sandwich à l'heure où les écoliers de la Casbah picorent comme une volée de moineaux des parts de pizza avant d'aller acheter un petit poussin tout jaune qui sera un éphémère animal de compagnie.

Et surtout, au-delà des mets, on écoute des convives citoyens se mettre à table, nous régalant de leurs mots, drôles, émouvants, lucides, enthousiastes, désabusés. «Celui qui a de la paille dans le ventre a peur du feu», nous répète-t-on à propos du courage en politique un soir de flânerie dans les rues populeuses de Belouizdad, l'ancien Belcourt d'Albert Camus.

Alors, en souvenir, de ces flâneries algéroises, je vous poste  une omelette aux pois chiches. C’est beaucoup plus qu’une recette comme aurait dit le chef Alain Chapel. C’est l’histoire d’un petit garçon qui allait chercher son père docker au port d’Alger avant le repas du soir autour d’une omelette aux pois chiches.

L’omelette aux pois chiches

1. Rincez une boîte de pois chiches et égouttez-les si besoin. Ecrasez-les à la fourchette. 

2. Emincez un oignon que vous faites revenir à l’huile d’olive dans votre poêle préférée pour les omelettes. Ajoutez les pois chiches, faites cuire une poignée de minutes. 

3. Pendant ce temps, battez 6 œufs. Salez, poivrez et ajoutez du persil, de la ciboulette ciselée et toutes les herbes qui vous chantent. Versez cette préparation sur vos pois chiches. 

4. Cuisez à bon feu jusqu’à la texture désirée, l’omelette baveuse étant souvent un plat fort sensuel que l’on peut accompagner d’une belle salade de saison.

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