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Théière à l'oasis de Bazimah

Finie l'eau chaude sournoise, découvrez une archéologie du thé !

5 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui, Jacky Durand a laissé infuser la mauvaise fois pour nous parler du thé...

Théière à l'oasis de Bazimah
Théière à l'oasis de Bazimah Crédits : Philippe ROY - AFP

Autant le dire tout de suite, on a fait infuser grave la mauvaise foi pour cette chronique. Car le thé, pour moi, ce n’est rien d’autre que de l’eau chaude avec un vague goût de foin. Et tant qu’à faire, on préfère encore boire une tisane de regain de nos montagnes.

Car le thé est profondément agaçant avec ses airs de chochotte qui se la joue dans une tasse de porcelaine. Surtout depuis qu’il se prend pour un jus de haute couture, packagé comme une pépite de parfumeur et vendu dans des show-room modeux par des vendeurs habillés en cosmonautes.

Non mais, c’est quoi cette engeance qui vous vante de la flotte chaude avec des noms à coucher dehors. Et puis le thé incarne un gimmick insupportable qui nous donne des envies de meurtre. Je veux parler de ces malotrus poussant devant eux leur thermos individuel et menaçant à chaque instant de vous ébouillanter dans le métro ou le TGV.

Heureusement, il y a une justice en ce bas monde : le thé vert vient de se prendre une volée de bois vert dans la dernière livraison de l’UFC Que choisir. Le magazine a passé au crible 16 thés verts natures, bio et non bio et les résultats ne sont pas jolis, jolis, hein ? On y a trouvé des cochonneries comme des pesticides et des métaux lourds. Sur la totalité des thés analysés, seuls trois échappent au carnage. Il faut toutefois préciser que tous les résidus chimiques détectés sont en quantité inférieure aux limites réglementaires existantes (LMR) imposées par l’Union européenne.

Alors franchement entre un thé vert avec Miss Marple et une téquila tiède au réveil avec Jim Harrison dans « Un bon jour pour mourir », notre religion est faite : il y n’a pas de mal à se faire du mal avec un rince-cochon qui annonce d’emblée la couleur de l’enfer plutôt qu’avec de l’eau chaude sournoise comme une mine bondissante.

Décidément, vous êtes réfractaire au thé ?

A une exception près : le tchaï, le vrai, le seul, soit un tord-boyau noir et brûlant comme l’enfer. Imaginez, Caroline, vous êtes sur la route entre Bagdad et Mossoul. On s’arrête faire le plein de brut irakien. Envie d’un petit thé ? Il bout depuis Nabuchodonosor 1er, roi de Babylone, sur un coin de réchaud. On vous le sert dans un petit verre sur un soucoupe avec du sucre. D’abord, vous touillez le sucre dans votre thé avec votre minuscule petite cuillère. Puis geste important, très important : vous versez un petit peu de ce breuvage dans votre soucoupe et la portez à vos lèvres. Ah oui, Caroline, ça c’est du tchaï, ça réveillerait un régiment de Sumériens.

Allez, buvez, éliminez et souvenez-vous qu’il en est du thé comme des choux de Bruxelles ou des bananes ; il en est de la bouffe comme du reste de l’Humanité : dans nos aversions alimentaires, il y a toujours un arrière-goût injuste: celui de l’ignorance, de l’a priori et de la méconnaissance.

Une histoire, juste une histoire, à la fois belle et terrible, pour dire tout cela : première guerre mondiale, nous sommes dans un hôpital de l’arrière : mon grand-père blessé a eu la chance de survivre. Dans la salle commune, on distribue des bananes. Le petit berger du Morvan n’en a jamais vu de sa vie. Comme son voisin qui la mange avec la peau et la recrache. Mon grand-père, lui, comprend qu’il faut peler la banane en observant un connaisseur. Il n’en tire aucune gloire mais il apprend à aimer ce fruit.

Ainsi, longtemps, j’ai détesté le thé faute de l’avoir découvert alors que j’ai appris le vin en marchand dans les vignes et en faisant la différence entre le Chardonnay et le Savagnin.

Alors j’ai accueilli avec un vrai appétit le livre « L’heure de véri-thé », le té s’écrivant ici comme la boisson, où Arnaud Bachelin propose « une archéologie du thé ». C’est publié aux éditions BakerStreet. Des premiers thés bouillis asiatiques au thé glacé inventé en Amérique en passant par les thés aux fleurs, c’est un sacré voyage dans le temps et à travers le monde. Il faut déguster à petites gorgées passionnantes la quête d’Arnaud Bachelin, qui fut archéologue avant d’être expert en thé.

On aime beaucoup ses explorations entre thé et nourritures, notamment avec les fromages où affirme-t-il, on obtient des accords bien plus fins, bien plus intéressants que vins et fromages. Il propose ainsi d’associer fromage de chèvre sec et Tarry souchong crocodile. Il s’agit d’un thé noir fumé de Taiwan. Tout un voyage.

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