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Des fèves.

La fève de la liberté

3 min
À retrouver dans l'émission

On ne peut pas vivre en paix sans sécurité alimentaire.

Des fèves.
Des fèves. Crédits : Clare Jackson / EyeEm - Getty

Dans une autre vie où j’étais fait-diversier pour Libé, j’ai parfois entendu parler de nourritures dans ce temps crucial, hors-norme qu’est la garde à vue. Sans remonter aux romans de Georges Simenon où le commissaire Maigret faisait monter de la bière et des sandwichs lors des interrogatoires, je me suis souvenu des aveux lâchés par le tueur Francis Heaulme alors qu’il partageait une choucroute avec le gendarme Jean-François Abgrall.

C’est peu dire que l’expression « se mettre à table » porte bien son nom quand la bectance devient un adjuvant relationnel pour révéler les pires crimes.

Alors je me suis demandé quel mets je réclamerais si d’aventure j’allais passer à table à la sortie d’une geôle de garde-à-vue. Ca m’a occupé une copieuse insomnie : du sucré ? du salé ? Un paris-brest ? un steak-frites ? une sole meunière ? Non, je crois que j’opterais pour une nourriture dépouillée, brute, juste des fèves à la croque au sel. Des fèves fraîchement cueillies au jardin en ce matin de mai. Crues pour me rappeler encore une fois le goût de la naturalité, de la liberté avant de partir en zonzon pour un bail où je me souviendrais de mes dernières févettes croquées.

C’est un peu dire que la bouffe est un enjeu essentiel dans les lieux de privation de liberté. La « gamelle » comme on dit derrière les hauts murs de la prison rythme cette béance qu’est la détention. Elle accentue aussi les inégalités entres les détenus qui ont les moyens financiers de « cantiner », c’est-à-dire d’acheter par correspondances des produits alimentaires et ceux qui n’ont pas accès à ce service géré par l’administration pénitentiaire.

L’accès à la nourriture, c’est beaucoup plus que la liberté des papilles. Je dirais même c’est une dualité implacable. La bouffe nous rend libre le ventre plein et elle nous détruit, le ventre vide, quand elle manque. La famine, la sous-alimentation peuvent être des armes de destruction massive plus cruelles qu’une colonne de chars ou une escadrille de bombardiers. Souvenons des morts de faim dans les camps de concentration, les goulags. Rêver de recettes, de petits plats quand on est privé de liberté, c’est souvent le seul moyen d’évasion. En 2015, Anne Georget avait consacré un film formidable aux Festins imaginaires des déportés qui, comme Desnos, inventaient des recettes pour survivre.

Alors, vous, maître Saint-Pierre, qui appelez à raviver la flamme de l’esprit de liberté, je voudrais vous dire ce matin que la bouffe est un formidable outil de résistance politique, sociale, écologique. Que mes petites fèves chouchoutées au jardin sans saloperie chimique font la nique aux géants pollueurs de l’agroalimentaire. Que remplir correctement et sainement l’assiette des plus démunis préviendrait sans doute davantage la délinquance que les millions investis dans la vidéosurveillance qui empêche rarement la commission des délits mais rassure seulement les électeurs. Je suis convaincu que la sécurité alimentaire est beaucoup efficace que le tonfa et le taser pour assurer la paix publique.

Pour la bonne bouche, je vous ai posté une recette de « fèves au beurre et sarriette », dénichée dans une épatante bible de cuisine centenaire « Tante Marie, la véritable cuisine familiale » revue  et augmentée par Kéda Black. C’est aux éditions Chêne.

La recette de « fèves au beurre et sarriette »

Pour quatre personnes, il vous faut : 

  • 1,2 kilo de fèves non écossées ; 
  • 20 g de beurre ; 
  • 3-4 branches de sarriette ; 
  • 15 cl de bouillon de légumes ; 
  • une gousse d’ail ; 
  • du sel et du poivre.

1. Ecossez les fèves. Mettez-les dans un saladier et versez dessus de l’eau bouillante. Patientez quelques minutes, puis retirez la petite peau qui le entoure. 

2. Mettez-les dans une casserole ou une sauteuse avec le bouillon ou de l’eau, un peu de sel et de poivre, les brins de sarriette, la gousse d’ail écrasée et la moitié du beurre. 

3. Mijotez jusqu’à ce que les fèves soient tendres et le liquide réduit, environ cinq minutes. Ajoutez le beurre restant. Servez.

Vous pouvez cuire les fèves de la même façon, avec de l’huile d’olive. Si vous voulez faire une purée, cuisez les fèves un peu plus longtemps.

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