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La figue est l'emblème de la méditerranée.

La figue charnelle

5 min
À retrouver dans l'émission

Un fruit de l'été, la figue, et son arbre

La figue est l'emblème de la méditerranée.
La figue est l'emblème de la méditerranée. Crédits : Pixabay

En vérité, le figuier est un drôle de zigue, rebelle des friches urbaines ; nanti des jardins de rupins ; vigie de ruines millénaires. Il résiste à tous les oublis quand on se souvient des figuiers peuplant la ville fantôme de Kayaköy en Turquie. On aime la dureté de l’acacia qui fait de fameux piquets ; la majesté du chêne qui rassure ; la vaillance du noisetier qui fait des haies vives. Mais plus que tout, le figuier nous hypnotise par son instinct de survie, son humilité à se contenter d’une poignée de terre, sa force tranquille qui lui permet de soulever avec ses racines les vieilles pierres.

C’est sûr, un jour, on plantera un figuier. On se lèvera au bout de la nuit avec un broc de café. Car on veut qu’il baigne dans l’aube notre figuier. Chaque matin, il débusquera ce trait de lumière qui ourle l’horizon avant l’oranger entre le gris bleu de la mer d’huile et l’azur. Il aura une terre mais de peu. Elle sera rêche, ingrate mais il y sera attaché, comme il aimera les rochers pointus et fauves entre lesquels il se faufilera. Accroché à sa pente drue, il n’aura ni engrais, ni système savant d’irrigation. Il vivra de l’air du temps, torride en été, incertain en hiver. Qui sait, la neige viendra peut-être le blanchir à Noël, tandis qu’on se souviendra du suc laiteux ourlant de ses feuilles quand on les déchire.

Quant à la figue, pour la préparer, d’abord, effleurer son ventre rond et sombre en songeant au délice à venir. Puis fendre sa peau lisse et douce pour atteindre la chair fondante. La figue est un fruit charnel et charnu dans lequel on s’abandonne quand le soleil est plus pâle, quand les frondaisons se parent d’or et de fauve et que l’atmosphère se charge de senteurs fanées. Ce n’est pas le démon de midi dans votre corbeille à fruits mais ça y ressemble. Parce que, assurément, la figue est le fruit de l'été et de sa fin. Après elle, il ne sera plus questions de ripailles caniculaires, de chairs gorgées de soleil, mais de fruits de garde comme la pomme, la poire ou les noix. On croque dans une pomme mais on mord dans une figue. C’est toute la différence entre se mettre au lit avec le catalogue de La Redoute ou Tropique du cancer.

Il faut des préliminaires avec la figue : les plus précoces débutent au printemps, quand on s’en va vers un mur de pierres sèches contempler un petit arbre buissonnant. Plus tard, on se réjouira de ses insolents petits tétons verts, promesses de fruits savoureux. Ceux qui n’ont pas le bonheur de connaître l’ombre du figuier au mitan de l’été iront cueillir la figue sur l’étal. Même enchâssée dans une barquette en carton, la figue est passible de racolage passif tant elle est outrageusement appétissante. Que celui qui ne l’a jamais palpée discrètement entre la poire et le raisin nous jette le premier marron d’Inde de l’automne.

Figues au fromage bleu

On aime la figue en guilleret amuse-bouche : incisez en croix avec un couteau le sommet de quelques figues et introduire à l’intérieur de la chair quelques dés de fromage bleu (d’Auvergne, de Gex, fourme d’Ambert, stilton, roquefort…). Ajoutez quelques lamelles de bacon ou de poitrine fumée, quelques gouttes d’huile d’olive, et donner quelques tours de moulin d’un bon poivre noir comme le sarawak. Enfournez quelques minutes au four préchauffé à 180 degrés, et déguster avec un petit verre de rivesaltes tuilé. Garder la bouteille à portée de main pour la suite.

Vous pouvez aussi tenter la "salade aux figues, aux noix & au pecorino jeune" de Sabrina Ghayour dans son délicat livre Sirocco, surprenantes saveurs des confins de l’Orient (c'est aux éditions Hachette). Pour quatre personnes, il vous faut quatre figues ; 100 g de mesclun ; 300 g de pecorino jeune frais (ou de la feta, à défaut) ; 75 g de noix coupées en morceaux ; de l’huile d’olive vierge extra pour arroser ; 4 cuillères à soupe de vinaigre balsamique vieux et épais ; 1 grosse poignée de feuilles de menthe grossièrement déchirées ; du poivre noir du moulin. Coupez la tige des figues, puis coupez les fruits en quatre. Disposez le mesclun et les quartiers de figues dans une jatte peu profonde ou un plat de service. Émiettez le fromage sur la salade et répartissez les morceaux de noix par-dessus. Arrosez la salade d’un filet généreux d’huile d’olive, puis ajoutez le vinaigre balsamique. Poivrez bien, parsemez de feuilles de menthe, puis servez. 

Intervenants
  • Journaliste culinaire à Libération et chroniqueur le samedi sur les Matins de France Culture
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