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Une part de galette des rois

Galette des rois : et si on parlait de la fève

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Après les fêtes, l'heure n'est pas encore au repos gustatif. Ce matin Jacky Durand nous fait saliver avec la galette des rois.

Une part de galette des rois
Une part de galette des rois Crédits : Crédit : Laurence Mouton / es-cuisine / PhotoAlto - AFP

Eh oui, aujourd'hui, il y aura du monde sous la pâte feuilletée. Tiens, Caroline, c'est peut-être vous qui allez débusquer la fève dans la frangipane, vous la reine de la matinale du samedi sur France Culture allez coiffer cette couronne de l'Epiphanie qui nous fait oublier que janvier est un mois funeste pour la crème des aristos : Louis XVI a été raccourci le 21 janvier 1793, depuis on mange de la tête de veau à sa date dans les banquets républicains.

Mais bon, on ne va pas tirer sur un roi à coups de sauce gribiche. Le 6 janvier, il s'agit de « tirer les rois » comme on dit. Et en la matière, il faut bien l'avouer, ce rite comme tous les rites, en dit long sur la nature humaine, rien que ça, quand il s'agit de monter sur le trône pâtissier. Chercher la fève, c'est aussi stratégique qu'une primaire à droite.

Il y a les sournois qui la traquent en lorgnant la galette sur sa tranche au cas où la fève pointerait ; les pseudo-tacticiens qui pensent s'approprier la part idoine selon de mystérieuses déductions ; les méprisants qui dédaignent le rite en se rabattant sur le mousseux ou le cidre ; les fourbes qui jaugent d'un doigt assuré la texture de la frangipane pour tenter d'y déceler l'objet.

Au fond, la fève, c'est un peu comme votre horoscope 2018 : officiellement tout le monde s'en fout mais, dans les faits, on est bien content de le lire dans une revue écornée chez le dentiste. Alors c'est sûr, vous allez tomber sur Betty Boop, Astérix ou les figures du Kamasutra ou même François Hollande, voire Nicolas Sarkozy en fève. On a beau avoir décollé un capétien il y a deux siècle, la frangipane continue d'accueillir un melting-pot de têtes couronnées à donner le tournis aux Rois mages (Melchior, Gaspard et Balthazar) qui pourtant n'étaient pas bégueules question brassage.

La fève est aujourd'hui customisée, griffée, lookée en petite et en grande série pour cette marotte typiquement française qu'ont nos concitoyens de «tirer les rois».

Mais, tout cela, à l'origine, c'est la faute aux Allemands. Quand la fève n'était encore qu'un vulgaire fayot, ils fabriquaient des poupées de porcelaine en Saxe et ont eu l'idée de produire des modèles réduits pour la galette des rois. La première fève en porcelaine apparaît en France en 1880. C'est un petit baigneur nu suivi de l'enfant Jésus. Quand la Première Guerre mondiale éclate, on ne tire plus les rois mais sur les Boches. Les porcelainiers de Limoges prennent le relais et fabriquent une fève qui représente un cochon avec un casque à pointe.

Toc en plastoque, bling-bling en métal brillant, faussaire en mode tableau Picasso, la fève fait aujourd'hui concurrence aux jeux de grattage et de tirage. Bingo Caroline, si vous la trouvez, vous gagnerez peut-être une bague d'une valeur de 350 euros.

Comme dirait les rois mages, rien n'est trop beau quand il s'agit de s'offrir une galette. Sauf qu'elle est aussi inégalitaire que la monarchie de droit divin. Entre une galette industrielle à 3,50 euros et celle d'un pâtissier vedette à 60 euros, tout le monde ne mange pas le même gâteau. Au fond c’est toujours un peu le même discours que l’on nous sert avec les petits rituels sucrés de l’année (bûche, galette, œufs de Pâques) : la médiocrité… a un prix (bas), la qualité n’a pas de prix. D’autant que les artistes de la pâte feuilletée nous expliquent, à raison, que tourer (plier et replier la pâte, puis l’abaisser, à plusieurs reprises) est un vrai métier et que cette main d’œuvre représente un coût important de la galette. Et que les amandes, le beurre, ça coûtent cher.

Il faudrait donc payer une galette l’équivalent de trois jours de RSA pour ne pas gruger ceux qui les fabriquent dans les règles de l’art mais qui restent discrets sur leurs marges.

La galette des rois pourrait bien coûter 100 euros, qu’il y aurait toujours des happy few pour l’acheter. Trop heureux de faire partie de cette haute joaillerie alimentaire qui les flatte et les fait briller sur leur compte Instagram.

Cela dit, Emmanuel Macron ne risque pas de tomber sur la fève car il n'y en a pas dans la galette partagée à l'Elysée. C'est vrai quoi, une fève pour devenir roi, ça ferait désordre pour un Président jupitérien.  

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