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Repas de Noël durant la Grande Guerre (14-18) 	Paul Popper/Popperfoto

La paix du rata

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Il y a un siècle, la première guerre mondiale prenait fin sans champagne, ni petits fours dans les tranchées. A la veille du centenaire de l’armistice, voici quelques éléments sur de la nourriture des poilus.

Repas de Noël durant la Grande Guerre (14-18) 	Paul Popper/Popperfoto
Repas de Noël durant la Grande Guerre (14-18) Paul Popper/Popperfoto Crédits : Getty

Il y a un siècle, le 11 novembre 1918, à 11 heures, la première guerre mondiale prenait fin au son du clairon. A 11h30, à Flize dans les Ardennes, le sergent Robardet du 142e régiment d’infanterie vit s’avancer des soldats allemands avec un drapeau blanc, des confitures et des cigares. «Mais nous, nous n’avions rien à leur donner, nous n’avions même pas eu un quart de vin supplémentaire », racontait ce poilu dans un interview télévisée archivée par l’INA. C’est peu dire que le boire et le manger ont hanté la survie de ces millions d’hommes jetés dans la première boucherie mondialisée du XXe siècle. Les poilus retrouvent les saveurs de leurs villages dans les colis familiaux et mitonnent un peu de convivialité autour du « rata » et du « pinard » du front. Ils ont quitté les campagnes pour être jetés dans ce conflit de l’ère industrielle qui leur fournit boîtes de conserves comme le pâté Hénaff et viandes congelées comme le lapin d’Amérique. L’armée distribue aussi aux tirailleurs sénégalais leur dessert préféré : la noix de cola. La hiérarchie est soucieuse du bien-être alimentaire des troupes car on obéit mieux le ventre plein, pense-t-elle. Que le pain et le vin viennent à manquer et c’est toute l’organisation militaire qui est fragilisée.

Tout cela, c’est l’histoire de mon grand-père, petit paysan du Morvan parti à l’âge de 20 ans à la guerre en 1914. De ses quatre années dans l’enfer des obus, de la boue et de la chair à canons, il me reste une tranche de mémoire liée à la nourriture. Chaque Noël, mon grand-père nous préparait le «brûlot » qu’il partageait avec ses camarades de tranchées : quelques fruits enrobés de sucre qu’il flambait avec un peu d’eau-de-vie. Nous regardions alors les flammes bleues de la gnôle lécher les quartiers d’orange tandis qu’il égrenait ses souvenirs de « rata » de poilu : la gamelle de lentilles truffée de cailloux et de bouts de ferraille ; le sempiternel « singe » comme il appelait le bœuf en boite. Blessé, il avait été envoyé en convalescence à l’hôpital de Carcassonne où il avait découvert un fruit inconnu, jaune et courbé : la banane. Ses compagnons de chambrée l’avaient recrachée avec dégoût après l’avoir avalée la peau. Mon grand-père, lui, avait épluché sa banane en regardant faire « Un Parisien » comme il disait en riant.

De ses années de guerre, mon grand-père avait gardé sa gamelle qui servit ensuite à faire le caramel des gâteaux de riz familiaux. Mais surtout, il nous avait transmis que la nourriture, c’est la vie, le goût de la vie. Il faut aussi se souvenir que pour que leurs frères d’armes trouvent un peu de réconfort autour d’un quart de soupe, des soldats sont morts sur le chemin de la cuisine roulante où ils allaient se ravitailler.

La guerre a aussi transformé l’alimentation des Français de l’arrière

Il n’est pas question de faire bombance en ce 11 novembre 1918. Quand les produits de première nécessité ne sont pas introuvables, ils sont hors de prix. Un porc gras (100 kilos) qui valait 120 francs en 1914 en Charente vaut 800 francs, quatre ans plus tard. Durant la même période, la livre de beurre est passée de 1,60 francs à 8 francs ; le litre de lait de 0,10 francs à 0,60 francs. Quand les ménagères ne se sacrifient pas pour envoyer des colis de nourriture à leur mari, leur fils au front, elles doivent composer avec les « jours sans viande » et les réquisitions du gouvernement sur les œufs, le sucre… C’est l’ère du système D en cuisine pour accommoder le peu que l’on a. 

La recette !

Dans « La grande guerre des civils 1914-1919 » publié aux éditions Perrin, l’historien Eric Alary cite une recette de rôti sans viande: « A bas de mie de pain, de 50 grammes d’œuf (un œuf), 100 grammes de lait, 60 grammes de gruyère, 50 grammes de crépinette, une carotte, un bouquet, sel et poivre. ». Pour les amoureux du potage, les conseillères en cuisine de guerre suggèrent le « potage de guerre à la Crécy » préparé avec 3 carottes, 3 pommes de terre, 3 litres d’eau, 30 grammes de margarine familiale – le beurre est devenu quasi introuvable dans la dernière partie de la Grande Guerre -, du sel et un bouquet garni »

Bibliographie

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