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Le goût de la friche

4 min
À retrouver dans l'émission

Chronique de rentrée sur les chemins buissonniers.

On ne peut rien vous cacher Caroline même après deux mois de petites fugues sur le Mont-Lozère, sous les oliviers de Montfrin dans le Gard et j’en passe.

Alors, ouvrez grands les yeux Caroline. Nous sommes sur un petit sentier de sable sur la Côte Atlantique. On joue à la pétanque entre une poignée de frites et un verre de blanc. On s’y perd aussi entre la digue derrière laquelle l’océan murmure et des champs fanés par la canicule.

Et là Caroline, comme je vous l’ai déjà souvent raconté, la vie, la nature sont plus intelligentes que nous. Ce qui après tout ne doit pas si être compliqué quand on voit le nombre de conneries que l’homme a été capable de commettre depuis la nuit des temps pour dézinguer sa terre natale. Mais, présentement, peut-on parler de bêtise quand on découvre un figuier qui croule sous les fruits et que personne ne ramasse ? Ou plutôt d’ignorance, d’indifférence à ce qui nous entoure ? 

Vous allez me dire mais c’est de la maraude, du vol de récolte que de remplir son panier de ces figues-la ? Je plaide non coupable Caroline car ce figuier est planté en plein friche sans clôture, ni mur de ceinture. Et surtout, il s’étale à n’en plus finir en arbrisseaux ornés de fruits d’or quand les figues sont bien mûres. 

Alors, imaginez, Caroline, il est six heures du soir. Pas encore l’heure de l’apéro pour tartiner des rillettes de maquereaux. Mais vous avez un petit creux après avoir pris un bain revigorant dans l’océan. Vous croquez alors dans une figue qui est de miel. 

Vous êtes heureuse comme une promeneuse gourmande qui sait regarder autour d’elle. Car ce que se joue sincèrement dans ce coin de verdure, c’est notre relation à l’environnement. Certes, nous ne sommes plus des cueilleurs chasseurs depuis un bail. Quoique qu’aujourd’hui, il fait mieux être chasseur quand on voit les ristournes sur le permis de chasse promises par le gouvernement. Mais nous ne voyons plus les mûres et les noisettes des haies bocagères ; les fruits des arbres oubliés le long des chemins ; les pissenlits et autres herbes comestibles des prés.

Et pourtant, pourtant, nous partageons les inquiétudes de monsieur Hulot, nous frémissons sur les conséquences du réchauffement climatique pour nos mômes, nous mettons le cap sur le bio et le local. Mais nous ne voyons plus suffisamment ce que nous pouvons sentir, toucher, cueillir, goûter dans la nature.  Pourtant, c’est une sacrée école de la vie que cette école buissonnière-la. Je ne sais pas si elle peut changer le monde, elle le rend en tout cas moins môche.

Des glaneurs inspirés
Rendons-nous cette fois passage du Gois, ce cordon ombilical historique qui relie l’ile de Noirmoutier au continent. A marée basse, on y vient en famille pratiquer la pêche à pied. On gratte le sable, on scrute les rochers pour remplir son panier des fruits de la mer : bigorneaux, huitres, palourdes, crépidules, berniques… Et c’est franchement un spectacle réjouissant, rassurant même de contempler cette leçon de choses et de goûts en plein air qui embaume les parfums de l’océan.

Il faut lire et relire « Récits et recettes du ressac » de Patrick Cadour, une bible de la pêche à pied publiée aux éditions de l’Epure. Vous y trouverez tout sur les espèces et les saisons, les techniques de pêche responsable et la façon de cuisinier coques et étrilles. L’auteur conte magnifiquement le bord de mer dans une langue iodée savoureuse. Il écrit ainsi : « On peut penser que découper ou cuire un crabe vivant est plus horrible que d’écrabouiller un moustique entreprenant, ou des centaines de moucherons sur un pare-brise de voiture, voire partager son lit avec des punaises. Au moins le crabe, je vais le manger, et ainsi perpétuer le lien charnel qui s’est établi entre l’homme et la nature depuis les origines ».

Tout est dit je crois. Et pour prolonger le goût de l’été, je vous propose la recette de « Moules au romarin et au citron » de Patrick Cadour.

Pour un kilo de moules, hachez une cuillère à café rase d’aiguilles de romarin frais (le sec ne convient pas). Pressez la moitié d’un citron jaune.

Dans une cocotte, chauffez de l’huile d’olive, puis versez les moules et le romarin. Couvrez et remuez de temps en temps, la cuisson se fait à feu vif. Lorsque les premières moules commencent à s’ouvrir, ajoutez le jus de citron et du poivre blanc de Muntok, moulu (c’est un poivre d’Indonésie), et brassez pour bien répartir le tout.

La cuisson est atteinte quand la plupart des moules sont ouvertes. N’insistez pas si certaines restent fermées, vous surcuiriez les autres. Prévoyez des petits couteaux pour finir de les ouvrir à table, mais repassez en cuisson s’il y en a trop.

Intervenants
  • Journaliste culinaire à Libération et chroniqueur le samedi sur les Matins de France Culture
L'équipe
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