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Remplacer la viande par des lentilles, la solution pour manger moins cher.. et équilibré ?

A table citoyens !

6 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin, Jacky Durand revient sur les états généraux de l'alimentation et les ordonnances d'Emmanuel Macron pour améliorer le revenu des agriculteurs

Remplacer la viande par des lentilles, la solution pour manger moins cher.. et équilibré ?
Remplacer la viande par des lentilles, la solution pour manger moins cher.. et équilibré ? Crédits : Pixabay

Sonnez hautbois, résonnez musettes : « Nous modifierons la loi pour inverser la formation du prix qui partira du coût de production », a dit mercredi le président de la République. En clair, ça veut dire que les paysans français ne crèveraient plus de faim quand ils vendent leur lait, leur viande à l'industrie agroalimentaire et à la grande distribution. Ça semble si évident que l'on se demande pourquoi on ne l'a pas fait plus tôt.

Pourtant, le boire et le manger est une équation à beaucoup trop inconnues pour être résolue par une poignée d'ordonnances. Parmi ces X, Y, Z sur lesquels il est urgent de plancher, il y a la question de la qualité de notre alimentation, de son écologie, de sa distribution, de ses conséquences sur notre santé.

Il faut bien sûr que tout le monde se mette autour de la table pour mijoter sur ces sujets, les acteurs des différentes filières agricoles, ceux de l'industrie, du commerce, des collectivités locales. Emmanuel Macron leurs demande de « s'organiser dans les territoires pour changer les modèles productifs ».

Soit. Mais où sommes-nous, nous, mangeurs dans ce chaudron de bonnes intentions ? Plus que jamais, c'est à nous de mettre le couvert de nos doléances et de nos choix sans attendre lois, ordonnances et autres annonces.

On a bien trop souvent hélas l'assiette que l'on mérite quand on achète un mauvais jambon sous plastique, un fromage blafard et plâtreux, des légumes détrempés en conserve ou surgelés.

Si dès aujourd'hui, nous repensons notre façon de nous nourrir et de cuisiner en disant aux industriels et à la distribution « on n'achète plus votre merde », ils seront obligés d'évoluer parce que le rapport de force, c'est celui du tiroir-caisse. Alors bien sûr, cela demande de notre part un peu d'huile de coude, d'inventivité mais franchement dix minutes à équeuter des haricots verts frais en famille, puis les cuire à la vapeur et les manger avec un peu de beurre et de persil frais, ça a une autre gueule sur les papilles et dans l'assiette qu'une boite ou un sachet de haricots verts surgelés.

Changer de modèle alimentaire.. cela a un coût !

Oui mais c'est là aussi qu'il faut repenser notre assiette dans son contenu et sa philosophie. Quand on parle coût, on voit l'entrecôte à trente euros le kilo, le filet de merlan à 20 euros le kilo, la fraise à 5 euros la barquette en octobre. Il faut en finir avec le diktat des trente glorieuses : de la viande à tous les repas ; faire l'effort d'acheter un poisson entier, donc souvent moins cher et respecter les saisons qui font que fruits et légumes sont meilleurs et moins chers quand ils consommés à bon escient.

Le goût est un choix très politique : à quoi, ça sert d'acheter une côte de porc industriel qui fera de la flotte dans la poêle quand un morceau de porc fermier en cocotte avec des cocos de Paimpol, c'est un plat entier, savoureux et qui se prépare en cinq minutes et cuit sans vous. La viande, le poisson apportent des saveurs en cuisine, ce n'est pas la peine d'en mettre trois tonnes, donc de dépenser beaucoup. Vous allez me dire, et les protéines donc nous avons besoin ? Pensez aussi aux nourrissants légumes secs que sont les lentilles, les pois et les haricots.

Au fond, il faut regarder nos aliments sous tous les angles pour nous en inspirer et changer de paradigme. Tiens, pour reprendre le bœuf, nous nous focalisons sur les steaks du train arrière alors que le paleron, la macreuse de l'avant de la bête offrent d'infinis recettes de mijotages avec des légumes pour pas cher.

Il faut également remodeler notre horizon d'approvisionnement : en vente directe à la ferme, on trouve de la viande charolaise à 10 euros le kilo en colis de dix kilos avec de la côte de bœuf, du pot-au-feu, des morceaux à braiser. Et si vous êtes seul à table, vous pouvez acheter et partager à plusieurs une commande.

Pour assurer cette proximité entre le consommateur et le producteur, il faut repenser les circuits logistiques afin de démocratiser la vente directe, comme le dit « La ruche qui dit oui ! » dans le manifeste qu'elle vient de publier. Lancée en 2011, cette plateforme met aujourd'hui en relation plus de 8000 producteurs avec plus de 270000 membres qui passent commandent via l'Internet. Plus de 800 ruches organisent chaque semaine en France des marchés éphémères où les consommateurs viennent retirer leurs commandes et rencontrer les producteurs. Et le concept essaime un peu partout en Europe.

En conclusion, comme le dit « La Ruche qui dit oui », il faut en finir entre le cloisonnement entre ceux qui produisent et ceux qui mangent.

Intervenants
  • Journaliste culinaire à Libération et chroniqueur le samedi sur les Matins de France Culture
L'équipe
Production
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