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La carte de France des 27 restaurants "3 étoiles" Michelin

Le meilleur restaurant c'est le vôtre

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À retrouver dans l'émission

Choisir un restaurant sans guide ni comparateur, en sommes-nous encore capables ?

La carte de France des 27 restaurants "3 étoiles" Michelin
La carte de France des 27 restaurants "3 étoiles" Michelin Crédits : Kun TIAN, Sabrina BLANCHARD, Paul DEFOSSEUX - AFP

"Sonnez hautbois résonnez musette, on a la tête dans les étoiles, dans le caviar de la gastronomie mondiale. Les classements, les tableaux d'honneur, c'est chic, hein ? Prenez votre invité de ce matin, Michel Troisgros, il est aussi médaillé qu'un maréchal de l'Union soviétique. Trois étoiles au Michelin, 18 sur 20 au Gault & Millault, meilleur chef du monde 2018 pour le magazine Chef et j'en passe....

Est-ce parce qu'il est aussi titré qu'un normalien passé par Sciences-Po, l'ENA et Polytechnique qu'on aime Michel Troisgros ? Mais non, nous ce qu'on aime chez lui, c'est son humilité, son goût de la transmission, sa sensibilité quand il évoque ses racines italiennes et son goût pour l'amertume et l'acidité dans l'assiette.

Pour tout vous dire, on s'est toujours méfié des premiers de la classe, en cuisine et ailleurs. Bon d'accord, c'est un peu facile vu qu'on a toujours été plus près du radiateur que du tableau noir. Mais, il règne souvent sur les marmites comme sur les cahiers d'écolier, un parfum de conformisme, de la reproduction sociale qui nous coupe l'appétit. Sans parler de cette foutue culture du résultat, du classement, du chiffre bien dans notre époque et boostée par les résaux sociaux.

Aujourd'hui, on ne peut plus soulever une fourchette sans consulter une application, un blog qui nous dira grand-bien de la dernière cantine healthy à la mode ou du burger où l'on se doit de faire la queue. La queue au restaurant, c'est le Dow Jones du succès du moment mais aussi la métaphore moutonnière du troupeau qui va à la mangeoire.

Et c'est mal de faire la queue pour aller au restaurant ?

Libre à vous d'avoir les crocs dans la froidure avant de dévorer votre "poke bowl". Mais franchement, nous, on a assez tapiné comme ça devant la cantoche du lycée. Et puis, que diable, sortez des sentiers battus de la prescription à tous les étages de notre quotidien. On crève à sentir obligés de suivre les diktats et les palmarès. Oui, je préfère le gras du cochon à la spiruline ; oui je préfère ma miche à l'orge de la rue Crimée à la dernière boulangerie hype qui ressemble à un dressing de haute couture. Non, je n'ai pas envie de consulter des oracles pour bien manger. Je vous dirai Caroline que le meilleur restaurant, c'est celui que vous préférez. Peu importe qu'il soit étoilé ou pas, qu'il caracole ou pas sur les sites de notations.

Se régaler, c'est une histoire d'humeur, d'affinités, de couleur du ciel, d'envie de l'instant. Tenez, mercredi, j'ai déjeuné au Vol Terre, place Voltaire à Lyon, un restaurant qui cuisine en direct des producteurs locaux. C'était drôlement bon à cause de la canette avec des légumes d'hiver et d'un fabuleux dessert au chocolat et à la reine-des-prés. Mais pas seulement. On a aimé aussi tailler une bavette avec le chef, l'écouter raconter pudiquement sa vie. Et puis le café était bon dans cet après-midi glacé mais en pente douce...

Si on vous comprend bien, il faut d'abord se fier à ses envies ? À ses intuitions ?

Evidemment. Et surtout, il faut de la curiosité que diable ! Sortons des rails de la prescription, de l'autoroute de la conformité pour emprunter les chemins buissonniers. Oubliez les GPS gastronomiques et allez-donc le nez au vent vers une blanquette, une sole meunière avec toute votre subjectivité.

C'est aussi notre rapport au temps qu'il faut interroger. Arrêtons de nous précipiter sur nos portables pour chercher un endroit où manger.

Le bonheur quand on débarque dans l'inconnu, c'est justement de dévorer des yeux les menus accrochés dans les rues ; de humer un parfum de pizza chaude ; de mâter un banc de fruits de mer ; de s'installer à une terrasse pour rêvasser devant un verre de Viognier.

Peut-être qu'ainsi, on peut sortir de cet air du temps ahurissant où un journaliste a réussi à faire d'un faux restaurant la table la mieux notée de Londres en bricolant des avis bidons sur le Net.

Intervenants
  • Journaliste culinaire à Libération et chroniqueur le samedi sur les Matins de France Culture
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