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Des Magnolias

L'union fait la Food !

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À retrouver dans l'émission

Un week-end très occupé sur le front de la gastronomie.

Des Magnolias
Des Magnolias Crédits : Karl-Josef Hildenbrand - Getty

On ne va plus savoir où donner des papilles face à l'abondance de raouts culinaires. A Paris, se déroule en effet la deuxième édition de Food Temple au Carreau du temple. Il y en a pour tous les goûts avec des plats cuisinés par des chefs, des banquets, des masterclass et aussi un grand marché de petits producteurs. Vous pouvez aussi vous rendre à Dole dans le Jura pour le Week-end gourmand du chat perché qui vous permettra de déguster toutes les bonnes choses de la Franche-Comté et de la Bourgogne mais aussi la cuisine du Japon, invité d'honneur. On pourrait également vous parler des animations gourmandes qui ont lieu à Marseille, à Cassis et ailleurs dans le cadre de la Fête de la gastronomie-Goût de France.

C'est peu dire que l'hexagone met le couvert du boire et du manger chaque week-end à travers des manifestations qui se déroulent de janvier à décembre. C'est dans l'air du temps la bouffe à tous les étages mais au fond cela rejoint un penchant bien naturel de nos compatriotes : parler de bouffe en mangeant.

On attaque la blanquette de veau en débattant des mérites de la bière et du vin blanc dans la choucroute. On découpe le cheesecake en révisant la recette de la tarte tatin. On boit un pommard en racontant notre dernier verre de vacqueyras. Il faut dire que parlez du cassoulet ou du kébab avant de l'engloutir, c'est déjà le déguster avant l'heure. C'est la jouissance du désir qui monte, qui monte. 

Et ce qui est fou, c'est que nous autres mangeuses et mangeurs somment capable de parler bouffe pour le meilleur et le pire de l'existence. Tiens, avant de saliver sur le programme gourmand du Week-end du chat perché, on a remâché les mots crus et brûlants de Zakhar Prilepine dans « Pathologies » publiées aux éditions Syrtes. C'est l'histoire d'un jeune soldat russe dans la boucherie tchétchène. Et vous savez de quoi ils parlent entre deux combats ? De bouffe. Ils se régalent ainsi de « volba », un gardon de la Caspienne, salé et séché qu'ils mangent avec de la bière. Le narrateur dit : « Ce poisson séché est ici une pure merveille. Me barbouillant de graisse odorante, je déchire le poisson, je détache un gros morceau de laitance rouge, les côtés charnus, je jette la tête. Je m'humecte le gosier d'une demi-bouteille de bière... »

« Autour d'une bonne table »

Tous les romans qui parlent de nourriture ne le font pas heureusement de façon aussi brute mais ils nous rappellent combien la culture des mets est aussi nourrie de mots. C'est ce qui manque hélas souvent dans les manifestations culinaires où les marchands de frites sont plus nombreux les griots de la cuisine. Pourtant, c'est facile de marauder du savoir sur la bouffe. Tenez, regardez cette petite pépite intitulée « Autour d'une bonne table » publiée aux éditions culinaires Liebig en 1961.

C'est dans une farfouille, une brocante, appelez cela comme vous voulez que j'ai déniché cette antiquité. Deux euros pour une mine culinaire qui nous décrit toutes les variantes du beefsteak entre le filet, la culotte, la pièce parée et le jumeau. On y apprend aussi qu'il ne faut jamais couper au couteau la queue des artichauts car le fond prendrait une saveur amère. Et il y a tous ces mots comme seule la cuisine inspire. Connaissez-vous le verbe « chiqueter » ? Il s'agit de taillader une pâte feuilletée, avant cuisson, avec la lame d'un couteau. Et puis, on y déguste aussi les conseils pour savoir comment placer ses invités autour d'une table. Ainsi, si parmi vos invités « figure une personne de très haut rang : évêque, prince ou princesse de sang royal, roi ou chef d'Etat, le maître ou la maîtresse de maison s'efface pour lui laisser la présidence » de la table. « Si votre mère ou votre belle-mère ou votre grand-mère habite chez vous : Placez-la à la droite de votre mari si vous recevez de la jeunesse, à sa gauche si vous recevez des gens d'âge moyen. »

Ce n'est pas beau toute ce langue de bouche ? Allez une petite recette de notre livre pour la route. Aussi insolite que planante. De quoi s'agit-il ? De pétales de magnolia. « Trempez dans une pâte à frire légère et sucrée des pétale frais de magnolia. Laissez-les s'imprégner. Jetez-les dans la friture chaude. Saupoudrez de sucre et servez. On peut remplacer les magnolias par des fleurs d'acacia ou d'oranger. »

Bibliographie

PathologiesZakhar PrilepineEditions des Syrte, 2018

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