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Cuisine et politique ce matin en studio

"Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir"

5 min
À retrouver dans l'émission

Portrait ce matin d'un anarcho-gastronome et recette de la "grimoulle au pommes"

Cuisine et politique ce matin en studio
Cuisine et politique ce matin en studio Crédits : MC - Radio France

Vive l’anarchisme en cuisine !

Sachant que la liberté est le plus précieux des ingrédients, avec les amis, aux fourneaux et à table. Et si on a ni Dieu, ni Maître quand on fricasse les patates sautées, on a pourtant un bréviaire gourmand qui n'est ni le Larousse gastronomique, ni le petit livre rouge de Mao.

Non, il s'agit de « Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir », une saillie signée Benoist Rey, le plus anar’ des cuistots. C'est bien sûr publié, dans une nouvelle cuvée, aux éditions libertaires et franchement, c'est autrement plus gourmand que le programme commun ou un dîner avec Laurent Wauquiez.

Dès la couverture signée par feu Siné, on plonge dans le court-bouillon libertaire puisqu'on y voit un gâte-sauce débraillé en train de touiller une marmite où se trouvent un militaire et un curé. Après avoir passé à la casserole le sabre et le goupillon, on souscrit des deux louches au postulat de Benoist Rey : « Un bon libertaire a trois positions dans la vie. Une position debout pour se battre, manifester, aller de l'avant. Une position couchée pour que le corps exulte. Une position assise, pour la tortorre, la jaffe, la bouffe, la ripaille, le casse-croûte ». Par tous les saints anars et Dieu Bakounine, que l'on aime se régaler de tels mots.

Benoist Rey est né en 1938 à Paris. Il semble avoir eu mille vies ponctuées, le matin, de café fort, d'oeufs au plat ou à la coque avec le pain de la veille grillée. Il a appris le beau métier de la typographie avant de plonger dans le grand merdier de la guerre d'Algérie où il fut infirmier dans un commando de chasse. A son retour, il a écrit l'horreur de la guerre dans « Les égorgeurs », publié une première fois aux Éditions de Minuit, et qui fut saisi dès sa sortie, en avril 1961. Benoîst Rey a également fricassé sa vie dans « Les trous de mémoire » en racontant notamment ses années dans les casseroles à l'auberge des Traouquès à Montfa en Ariège où « les jours de grand vent, les buveurs du midi croisaient parfois ceux du soir ». Tous ses livres sont publiés aussi aux Editions Libertaires.

C'est peu dire que « Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir » est « une profession de foie » avec un E bien sûr, comme l'écrit Besnoit Rey qui vous donne envie de passer à la moulinette tous les charlatans vous promettant le bonheur sans chlorestérol et les marchands de graines miraculeuses. La cuisine libertaire passe par le marché de Saint-Girons et l'inévitable apéro. En l'occurence, Besnoit Rey a été bien formé puisque dans les années 50, son maître ès-cuites s'appelait Guy Debord. « On écumait les rades de Saint-Germain et des Halles. Avec peu d'argent, on buvait tout et n'importe quoi. L'aube nous surprenait souvent à la frontière du raisonnable »

De « l'oeuf cocotte » à la « grimoulle aux pommes » en passant par le « maquereau à la moutarde » et « le bœuf à la menthe », la cuisine de Benoist Rey est un pavé joyeux et gourmand dans la marre du despostime des modes culinaires. C'est un manifeste en faveur du simple, du bon, du généreux qui bannit la cocotte-minute « qui rend fou » et ce « Satan » de micro-ondes. Sa table est indémodable car universelle comme la commensalité, chaque plat étant une histoire d'amitié et un mijotage d'anecdotes. Il faut goûter, par exemple, le récit savoureux de la confection d'un chili con carne pour « trois cents anarchistes affamés et menaçants » avec trente kilo de haricots rouge secs, dix kilos d'oignons jaunes, vingt kilo de poitrine de bœuf désossée et dix kilos de poitrine de porc...

La recette de la semaine : la grimoulle aux pommes :

Vous mélangez deux œufs avec huit cuillères à soupe de sucre, une de farine, six de lait, quatre d'huile, un sachet de levure, un sachet de sucre vanillé, un filet de calvados. Coupez des pommes en fines tranches avec lesquelles vous garnirez un moule que vous aurez huilé. Ajoutez le mélange et enfournez à 180 degrés pendant 35 minutes. Durant cette cuisson, faites ramollir 60 g de beurre, ajoutez deux cuillères à soupe de sucre et un œuf. Versez sur le gâteau et remettez-le au four 25 minutes.

Et comme dit Benoist Rey : « Oubliez la composition de ce gâteau, l'adresse de votre médecin, la prochaine sortie en vélo. Fermez les yeux et dégustez. On n'est pas loin de l'orgasme ! »

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