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Pour l'amour d'une gousse

Pour l'amour d'une gousse

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À retrouver dans l'émission

Eloge inconditionnel de l’ail avec recette de soupe monastique.

Pour l'amour d'une gousse
Pour l'amour d'une gousse Crédits : Yulia IMages - Getty

Je dois l’avouer, j’ai la gousse facile. Je me réjouis quand elle chante et embaume, écrasée, ciselée, émincée dans la poêle, la cocotte ou qu’elle fleure, telle une brise goûteuse, sur la tranche de foie de veau ou dans les escargots de Bourgogne, avec son inséparable compère, le persil, plat, s’il vous plait. Dans les préliminaires des petits plats comme des grands, l’ail déclenche un frisson de bonheur sur les papilles.

Il faut dire qu’il a la tête de l’emploi. On se régale déjà en caressant ses caïeux blancs et parcheminés sur le marché. On se réjouit quand revient le temps de l’ail rose de Lautrec qui fait de jolies «manouilles» (grappes), comme on dit dans le Tarn. Mais plus encore, on a un faible pour l’ail fumé d’Arleux qui fait d’élégantes tresses rousses après avoir été fumé à la sciure de chêne et de hêtre. C’est peu dire qu’il nous affriole cet ail chti durant les longues soirées d’hiver quand on le contemple, suspendu dans la cuisine avant d’éplucher une poignée de gousses. L’effeuillage de l’ail tient du strip-tease culinaire tant on a plaisir à dévoiler ces bulbilles laiteuses qui vous collent aux doigts et les parfument pour un bail, cette persistance odorante étant même réconfortante les jours d’ennui et de réunions à rallonge.

Il est vrai que l’ail, on l’adule, on l’exècre, mais il ne laisse jamais indifférent. Pour les mauvais coucheurs, l’ail qui rissole chez le voisin est une infraction grave, un outrage, un acte de rébellion qui dépasse le tapage nocturne. Pour les bons camarades, l’abus d’ail se propageant à tout le voisinage est, au contraire, un appel à la ripaille collective.

Mais, je vous vois venir chère Caroline. C’est une question quasi existentielle : « Ail or not ail ?» pour un premier dîner en tête à tête. A moins de poser la question avant de se mettre en cuisine, je dirais « jamais le premier soir » même si vous pensez ruser en glissant quelques aulx en chemise autour du filet mignon ou de la pintade. Sur le sujet brûlant de l’ail, c’est à l’invité(e) de prendre l’initiative. C’est pareil pour le chèvre archivieux, l’harissa ou la langue de bœuf sauce piquante, il faut y aller mollo et jauger la ou le convive.

Et n’allez surtout pas commettre cette erreur fréquente consistant à proposer des trucs plus ou fantaisistes pour adoucir l’haleine après le gigot truffé d’ail. C’est aller droit dans le mur. Imaginez, c’est un peu comme si vous serviez des pastilles Valda en dessert ou du citrate de Bétaïne après un verre de côte-rôtie. Non seulement, c’est une faute de goût mais c’est la rupture assurée avant l’heure». 

La recette de la «soupe à l’ail du monastère»

Je vous propose  une recette de «soupe à l’ail du monastère» très populaire dans les monastères et les couvents de l’Europe méditerranéenne (Italie, France, Espagne et Portugal), dixit le recueil gourmand et savant Minestrones et soupes du monastère, de Frère Victor-Antoine d’Avila-Latourrette (éditions Marabout). 

Pour six personnes, il vous faut : 

  • 7 cuillères à soupe d’huile végétale, au choix ; 
  • 16 grosses gousses d’ail, hachées ; 
  • 1,5 litre d’eau ou de bouillon ; 
  • 40 cl de vin blanc ; 
  • 3 jaunes d’oeufs, battus ; 
  • 6 tranches de pain de blé entier ; 
  • 3 blancs d’oeuf montés en neige ferme ; 
  • noix de muscade ; 
  • sel.

1. Versez l’huile dans une cocotte ; ajoutez l’ail et le faire revenir pendant quelques secondes en remuant constamment. 

2. Ajoutez l’eau ou le bouillon, le vin, le sel et un peu de noix de muscade, puis portez à ébullition. 

3. Baissez à feu moyen-doux et laissez cuire trente minutes. 

4. Ajoutez les jaunes d’oeuf en remuant constamment. 

5. Couvrez la cocotte et laissez mijoter durant quinze minutes de plus. 

6. Juste avant de servir, réchauffez jusqu’à ébullition. Déposez une tranche de pain dans six bols à soupe, étalez-y les blancs en neige, puis arrosez chaque bol de deux louches et demie de soupe chaude. Servez immédiatement.

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