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La cuisine de l'Exil de Stéphanie Schwartzbrod

Recettes sans frontières

4 min
À retrouver dans l'émission

Avec la « Cuisine de l’exil », Stéphanie Schwartzbrod explorent les goûts et les sentiments de femmes et d’hommes qui ont posé leurs valises en France.

La cuisine de l'Exil de Stéphanie Schwartzbrod
La cuisine de l'Exil de Stéphanie Schwartzbrod

« Cuisine de l’exil », c’est le titre du livre de Stéphanie Schwartzbrod, publié chez Actes Sud. Elle est comédienne et l’autrice de six livres de cuisine, dont « La cuisine bio » et « Saveurs sacrées ». Cette fois, Stéphanie Schwartzbrod raconte l’histoire de Nicolas, Talila, Salvina, Nazli, Long Meng…

Tous ces femmes et ces hommes ont en commun d’avoir quitté un jour leur pays natal pour accomplir leurs rêves, pour fuir la guerre ou échapper à la misère. Des années 20 jusqu’à nos jours, ils ont laissé derrière eux leur enfance, leur famille, leurs repères pour découvrir des horizons inconnus, parfois fantasmés et se confronter à des réalités nouvelles. Alors quelle place occupent la cuisine, les goûts du passé mais aussi les nouvelles saveurs dans leur exil ?

Stéphanie Schwartzbrod répond à sa question à la juste distance de l’écoute de ces femmes et de ces hommes et en restituant leur récit sans fard, ni apitoiement, avec une approche quasi-clinique. 

Elle écrit : « J’ai eu envie d’écrire un livre de témoignages d’hommes et de femmes venus d’ailleurs, avec dans leurs bagages les recettes de leur pays, de leur enfance, de leur famille. Parler de leur cuisine, pour eux, c’est livrer des petits bouts de leur histoire et du chemin qui les a menés de là-bas à ici…Un chemin de vie pour nous faire réfléchir sur l’ici et l’ailleurs, les liens qui se tissent de l’un à l’autre, leur entente possible ou impossible, ce qui forme peu à peu cette drôle d’identité… Celle d’exilés. (…) Ce qui m’intéresse, c’est le rapport à l’exil, à cette dualité, cette vie comme raturée… »

Stéphanie Schwartzbrod nous donne aussi à voir et à entendre la France de ces émigrés, telle qu’ils l’ont abordée pour la première fois, telle qu’ils l’ont, peu à peu, intégrée, absorbée, dans leur vie quotidienne, y compris dans leur cuisine.

Yamina

Nous sommes en 1974 en Kabylie. Yamina habite un petit village perdu dans la montagne qu’elle va bientôt quitter. Sa famille vit dans une seule pièce sans eau, ni électricité. Yamina va prendre l’avion. Elle répète « On va monter au ciel ! ». Ce qui la frappe le plus quand elle arrive en France, c’est l’ascenseur pour accéder à son nouvel appartement. Elle dit « J’avais l’impression que c’était de la magie. On venait du dehors, et soudain, on était au cinquième étage, on se regardait, on se disait : « Mais ce n’est pas possible ! ». Et puis il y a l’eau courante, la chaleur dans la maison, le gaz dans le mur. « Le gaz dans le mur, c’était quelque chose d’incroyable pour nous. » Yamina avait peur de toucher les interrupteurs pour allumer la lumière. « Mon père, paix à son âme me rassurait, il me disait : « Mais non ! Ne t’inquiète pas ! Touche-le, il ne t’arrivera rien. »

Quand on part vers l’inconnu, on a besoin d’emmener un peu du chez soi que l’on quitte dans son sac à dos. La famille de Yamina avait apporté en France des couvertures, de la viande séchées, des épices, des tomates, des fèves et des pois chiches. Tout ça par peur de manquer alors qu’ils allaient trouver de tout sur les marchés de leur nouvelle vie. Mais ce qui leur a manqué, c’est ce sentiment de convivialité attaché à leur quotidien en Kabylie. Là-bas, ils mangeaient souvent tous ensemble en famille, faisaient des veillées. Elle a gardé de son enfance le goût des lasbannes, des boulettes de semoule servies avec un bouillon, de l’agneau et des légumes. C’est une spécialité que sa mère fait toujours même si, dit Yamina, la viande, les légumes, les épices n’ont pas le même goût qu’en Algérie. Elle dit aussi que la cuisine française s’est immiscée dans sa cuisine mais qu’elle y met toujours des influences orientales comme le ras el hanout et la coriandre.

Transmettre sa culture et ses traditions à ses enfants est très important pour Yamina. « Pour le reste, dit-elle, ils vivent leur vie comme ils veulent, maintenant, on est en France ». On la sent très fier d’avoir réussi à transmettre sa cuisine.

La recette ! La salade Méchouia, dont voici la recette qui appelle les beaux jours.
Il vous faut six poivrons (rouges et verts) ;
trois tomates ;
trois gousses d’ail ;
6 cuillères à soupe d’huile d’olive ;
une demi-cuillère à café de graines de coriandre ;
du sel et du poivre.
Faites cuire les poivrons au four en mode gril.
Retournez-les pour qu’ils grillent bien de tous les côtés.
Peu avant la fin, ajoutez les tomates.
Sortez tout du four et ôtez la peau puis hachez les poivrons et les tomates à la main, ajoutez l’ail haché, salez, poivrez et faites revenir dans une poêle, durant cinq à dix minutes.
Versez dans un saladier et ajoutez l’huile d’olive et les graines de coriandre.
Rectifiez l’assaisonnement, laissez refroidir et placez au réfrigérateur.
Servez bien frais.

Bibliographie

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