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Une casserole parmi d'autres

Histoires de casseroles (présumées)

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin, on a envie d'un bon gros chou farci avec un hachis baroque de porc, de veau, d'aromates, d'épices, d'herbes. Notre célébration du chou farci, c'est à cause de François Fillon ? Entre cuisine et politique, il est un trait d'union évident : les casseroles.

Une casserole parmi d'autres
Une casserole parmi d'autres Crédits : Godong - AFP

On a envie d'un bon gros chou farci, le tout ficelé comme un paquet cadeau et longuement mijoté dans l'antique cocotte en fonte noire qui fait de la buée sur les carreaux de la fenêtre givrée. A l'arrivée, ce chou-là, c'est Broadway sur la table quand on le découpe comme un millefeuille beau comme une nature morte de Cézanne. Je sais, vous allez nous dire, une envie aussi vorace, c'est la faute à l'hiver quand on a besoin de se réchauffer avec de bons gros plats consensuels. Mais présentement, ce ne serait pas aussi la faute de François Fillon ?

A chaque nouveau numéro du Canard enchaîné, on a le sentiment que le Pénélogate ressemble à un chou cabus ou à un chou de Milan dont les feuilles sont autant de révélations que l'on découvre en épluchant ce légume pommé. C'est à se demander si on ne va pas bouffer ce chou-la jusqu'au trognon avec le sentiment, une fois de plus, de s'être faut rouler dans la farine, bourré le mou, d'être pris pour un cornichon alors que les personnes mis en en cause sont dans la bouillabaisse, pédalent dans la choucroute et nous servent des défenses et des justifications qui ressemblement à un flan pâtissier.

Tant que la justice instruit, la présomption d'innocence s'impose. On sait que bon nombre d'affaires politico-judiciaires s'achèvent en eau de boudin. Mais il arrive aussi qu'elles atterrissent sur le grill d'une salle d'audience, comme dans le cas de Claude Guéant. L'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy a été condamné le 23 janvier à deux ans d’emprisonnement dont un an ferme, dans l’affaire des primes en liquide du ministère de l’Intérieur. La justice n'a d'ailleurs pas fini de faire mijoter Nicolas Sarkozy puisque l'ancien Président de la République est renvoyé en procès dans le cadre de l'affaire Bygmalion. Certes, ce n'est pas encore la fin des haricots pour lui mais on imagine que la moutarde a dû monter au nez du bouillant Nicolas.

Il faut bien reconnaître qu'entre la cuisine et la politique, il y a un trait d'union évident : les casseroles. Celles que l'on traîne derrière soi et qui font bouillir les citoyens qui sont dans la bouillasse. Celles aussi où mijotent les stratégies, les remaniements, les alliances et les désunions, les ambitions et les vacheries.

En cette période de fricassage électoral, il y a comme un avant-goût de soufflé au fromage dans les cuisines des partis. A y regarder de près, le soufflé et la campagne présidentielle procèdent du même geste : brasser le maximum d'air en battant les blancs en neige et en multipliant les meetings, les déplacements et les déclarations. Après, il faut mélanger délicatement à la béchamel qui au soufflé ce que le programme est au candidat : la base de leurs recettes, la principale difficulté étant d'éviter les grumeaux et les couacs. Mais bon, il y a toujours une armée de gâte-sauces et de conseillers pour rectifier la sauce et le tir.

Mais pour manger, ou voter, patientez un peu, car c'est maintenant que ça se complique vraiment. Quand trop content de contempler votre soufflé gonfler dans le four et votre candidat monter dans les sondages, vous vous demandez comment le maintenir au top jusqu'à dégustation et aux deux tours de l'élection présidentielle.

Pour le soufflé, vous pouvez toujours attacher vos convives sur leurs chaises à l'heure H de la sortie du four. Pour les candidats, c'est plus difficile de faire coïncider au mieux leur cote d'amour avec le temps de l'isoloir. Ainsi, le gros grumeau du soupçon d'emploi fictif de son épouse a fait dégringoler le soufflé Fillon dans les sondages. Et ses explications pour tenter de reconquérir l'opinion semblent bien moins efficaces que le beurre manié (beurre farine) que l'on incorpore à une sauce pour la rattraper.

On saura au soir du 23 avril, à l’issue du premier tour de la présidentielle pour qui les carottes seront cuites avant la seconde fournée du 7 mai.

Mais ce matin, on se dit que la politique, c'est un peu comme l'andouillette : plus ça pue, plus les uns s'en délectent, plus les autres s'en dégoûtent.

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