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Carottes et poireaux

Plaidoyer pour la saisonnalité

4 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui, on va vous parler d'une pub dans le métro parisien. Une affiche sur le quai qui nous a laissé songeur pendant plusieurs jours. De quoi s'agit-il ? D'une pub pour QUITOQUE.FR, un site qui propose de vous ravitailler à domicile avec pleins de bonnes choses et des fiches pour les cuisiner.

Carottes et poireaux
Carottes et poireaux Crédits : Magdalena Niemczyk - AFP

Le slogan de QUITOQUE ? « Nous vous livrons, vous cuisinez ».

C'est plutôt une bonne idée, non ? Car tout ce qui peut encourager le monde à fricasser est une bonne chose. Sauf que là, on est un peu fâché. Et vous savez quoi ? C'est la faute à l'affiche. Qu'est-ce qu'on y voit ? Un petit couple, la trentaine aux fourneaux. Lui coupe une tomate avec un couteau maous sur une planche en bois. Elle goûte une tomate que l'on devine cuite dans une cuillère en bois tout en soulevant le couvercle d'une casserole. Devant eux, il y a un bocal contenant des pâtes, un bon gros pain et toute une tripotée de légumes : des radis, des pommes de terre, du choux, des poivrons, des aubergines, des asperges, des avocats et des tomates cerises. Ca donne faim, mais il n'y a rien qui vous choque ?

Ca nous fâche que sous le slogan « Souriez, tout est dans le panier », on nous refile des tomates, des aubergines, des poivrons en mars. Et c'est d'autant plus dommage que sur son site, QUITOQUE.FR propose des recettes et des ingrédients de saisons, comme un « poulet glacé à l'orange et au cumin » avec « orange, échalote, carotte, topinambour, ciboulette, boulgour » ; une « Pizza-tortilla aux légumes d'hiver et crème de féta » ou encore une « Polenta crémeuse au beurre d'ail, tomates séchées et champignons ». Et là, il n'est plus question de tomates perfusées sous serre en culture hors-sol mais de ces bonnes vieilles tomates séchées qui ensoleillent et acidulent les plats hivernaux. C'est là qu'on ne comprend plus la démarche de ce site qui prêche la saisonnalité mais affiche le contraire dans le métro. Enfin, on ne comprend pas, c'est plutôt qu'on a du mal à admettre une évidence.

Qu'une tomate à la morte saison sera toujours du plus bel effet en vitrine qu'un navet ou un poireau. Ca nous fait mal au fondement mais l'affiche du métro en hiver avec ses légumes d'été, c'est un peu le miroir de nos petites lâchetés, de nos renoncements à concilier panier et saison, de nos difficultés à dire et faire. Regardez les magasins bio qui s'entêtent à vendre des tomates en janvier. Vous les avez déjà goûtées ? Franchement, c'est de la « merde » en bouche comme aurait dit feu Jean-Pierre Coffe. Et pourtant, fleur bleue qu'on est, on continue de penser que le bio, ça doit être aussi le respect des saisons. Ben, non, au mépris du bon sens, il est du bio qui s'adresse d'abord à notre égoïsme, notre individualisme alimentaire. Et puis assurément, ça fait du bien au tiroir-caisse ces tomates décalées. Pourtant, la saisonnalité en cuisine, c'est déjà se faire du bien à soi, non ?

Manger des légumes et des fruits de saison participe à la diversification de notre alimentation et aussi à stimuler notre curiosité dans l'assiette. Prenez les salades. Pourquoi vouloir se gaver 365 jours sur 365 de mornes laitues, alors que la mâche et la chicorée scarole résistent bien au froid et offrent des goûts qui changent de la feuille de chêne et de la batavia ? C'est bon pour les papilles mais aussi pour le reste du corps.

Nos besoins nutritionnels ne sont pas forcément les mêmes pendant l’été ou l’hiver, comme l'explique Patrick Serog, médecin nutrionniste, dans un article pour l'Observatoire des cuisines populaires. Il dit : « Pendant l’hiver, pour mieux nous défendre contre les virus, nous avons besoin de zinc que nous trouverons dans les huîtres, les morceaux de bœuf pour pot-au-feu ou encore le pain de seigle. Nous avons aussi besoin de la vitamine C présente dans les agrumes et le kiwi. Cela ne veut pas dire que les fruits et légumes d’été ne contiennent pas ces nutriments, mais notre comportement alimentaire, transmis par nos ancêtres, favorisera la consommation d’aliments dont nous avons besoin au moment ad hoc ».

C'est ainsi que nous, on va aller chasser le pissenlit qui est une excellente salade de printemps, et qui, au passage, va nous permettre de nous débarrasser de toutes les toxines de l'hiver.

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