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Affiche du festival "Tous azimuts!" de Dieppe

Tous à Dieppe !

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce week-end, il faut aller à Dieppe en Normandie, où se tient le festival "Tous azimuts" : la nourriture se met en scène, et ce n'est pas la première fois.

Affiche du festival "Tous azimuts!" de Dieppe
Affiche du festival "Tous azimuts!" de Dieppe

Nous, la première fois qu'on est allé à Dieppe, c'était la faute à Georges Simenon.Dans son roman « l’Homme de Londres », il est question d’un certain Malouin, aiguilleur de son état, à la gare maritime en plein cœur de Dieppe. «Les bateaux qui arrivaient d’Angleterre deux fois par jour, à une heure et à minuit, se rangeaient le long du quai. Le rapide de Paris, quittant la gare ordinaire, à l’autre bout de Dieppe, traversait les rues comme un tramway et s’arrêtait à quelques mètres du navire» , écrit Simenon. Ça nous avait donné de manger une fameuse sole beurre citronnée.

Ce week-end, il est encore question de nourriture à Dieppe et de culture avec le festival « Tous Azimuts » qui met en scène "performances artistiques et dîners fantastiques". Au menu, du jeu, de l'écriture, de la musique, de la danse avec Ingrid Astier, Denis Lavant et une vingtaine d'autres artistes et auteurs. Pour les embuscades culinaires, on retrouve Bruno Verjus, le chef de « Table » à Paris. Il est allé humer le port et la plage de Dieppe pour concocter un parcours pour les papilles, pour les sens, pour célébrer l'art et le vivant. Bruno Verjus dit : « De la façon dont l'on se nourrit décide du monde dans lequel on vit ». Et ça nous cause ce qu'il dit ce cuisinier qui rôtit si bien des poireaux fins comme un doigt.

Ce n'est pas la première fois que la nourriture se met en scène, on a tous en tête les agapes insensées de « La Grande bouffe » de Marco Ferreri. « Voir la Grande bouffe et vomir ? » s'interrogeait Paris-Match en juin 1973 avec en Une Michel Piccoli portant une tête de veau. Cela dit, la bouffe a toujours été un formidable fil rouge pour dérouler des histoires, intimes comme universelles. On songe à la pomme d'Adam et Eve, à la Cène, ultime gueuleton réunissant Jésus et ses apôtres.

Et puis n'oublions pas que dans notre fort intérieur, boire et manger est l'un des premiers actes de notre vie et aussi l'un des derniers. C'est pour cela que boire et manger racontent beaucoup plus que des festins et des beuveries. Au-delà des souvenirs, des rites, des terroirs, la cuisine comme la culture nourrit l'esprit avec « la passion du juste, du beau, du sensible, du vivant », explique Bruno Verjus.

Souvent les mets et les mots se conjuguent dans la même grammaire pour composer des tranches de vie, des choix de vie. Lisez le déjeuner de pêche raconté par Camille Labro dans sa lumineuse « Cuisine des marins » aux éditions Gründ. Il s'agit d'un frichi fricassé à quatre mains par Boris Obolensky, pêcheur et le chef Pierre Giannetti. Camille Labro le raconte ainsi : « Pendant que le pêcheur s'occupe du barbecue, le chef mitonne un jus de poisson diablement concentré. Bientôt, sur la table de jardin qui domine la Côte bleue, les plats apparaissent. Sévereau en ceviche, tartare de pataclet aux tétragones poêlées, pâtes au suc de poissons de roche, rougets grillés sur lit de romarin...Le vin, on ira le chercher chez les voisins. » On en salive...

Et parfois, on ne sait plus si c'est le vin qui fait couler les mots ou l'inverse. Vaste question au fond du verre. Peut-être les deux mon général comme je me dis en lisant et relisant « Savoir enfin qui nous buvons » de Sébastien Barrier, chez Actes Sud. C'est l'histoire d'un buveur errant et gourmand capable d’offrir un marathon sans chronomètre - six heures, dix-sept minutes - aux spectateurs à qui il paie sa tournée générale de gorgeons digressifs ; où ses tranches de vie sont autant de millésimes hallucinants et fantasques. Son livre raconte tout cela et bien plus encore. Sébastien Barrier écrit : «On boit, on boit, on boit. On est braillards, on est brillants, on est philosophes, on est militants, on est inspirés, on est décroissants, on est pathétiques, on est contents. On boit, on boit, on boit».

L'acte du boire et du manger, c'est la marche de monde comme le suggère aussi Didier Nourrisson dans sa passionnante « Histoire du vin » publiée aux éditions Perrin. Cet historien, spécialiste des comportements alimentaires écrit : « Avec le vin, nous consommons du temps, de l'espace, de la culture (religion, art, littérature) pour fabriquer une histoire totale. »

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