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Au nom du père

59 min

Crise de la paternité ? Crise de l’identité masculine ? Prises telles quelles, ces expressions font figure de ritournelle. Balzac a justement écrit « qu’en coupant le tête de Louis XVI, la République a coupé la tête à tous les pères de famille » ce qui n’était pas pour lui déplaire, lui, qui n’avait de cesse de dénoncer la prison du mariage qui soumettait les femmes à la loi du mari d’accuser le Code Civil d’avoir mis la femme en tutelle et de critiquer avec vigueur la tyrannie paternelle. Mais l’auteur de « La Comédie Humaine » n’avait encore rien vu. Ce que le XIX siècle n’a pas osé. Le XX siècle l’a fait ! C’est ainsi que la sociologue Evelyne Sullerot a raconté en 1997 dans un livre désormais classique le grand remue-ménage qui s’est produit après le familialisme consensuel des années 1945-1955. Il devait déboucher à ses yeux sur un démaillage systématique de la cellule familial. Dans la maison du père assiégée les murs se fissuraient de partout. La reconnaissance de l’égalité des époux ne pouvait être différée plus longtemps et les lois régissant mariage, divorce, filiation, autorité parentale devaient être profondément modifiées de 1965 à 1975. Ce fut à cette époque le véritable acte de naissance de la parenté sociale. Mais une deuxième brèche fut tout autant essentielle celle qui vit s’effacer la présomption de paternité. Car ce qui importait auparavant n’était pas que la paternité repose sur la vérité biologique, mais qu’elle s’inscrive dans le mariage, seul lieu légitime de la procréation. Or la loi du 3 janvier 1972 a entamé cette fiction en prônant l’idée que l’intérêt de l’enfant serait que sa filiation soit conforme à sa réalité biologique. Idée qui fut confortée ensuite par l’expertise biologique. Chassé par la porte, le père est donc revenu par la fenêtre, et on ne sait plus très bien aujourd’hui sur quoi repose sa fonction, ni sur quoi s’appuie son image et comment circule sa semence. Sa personne est donc aujourd’hui quelque peu bousculée.

Il fallait donc faire le point. Et s’interroger sur la place singulière qu’occupent les pères dans la psychanalyse. Il fallait se pencher sur la représentation du corps paternel, il fallait questionner ses privilèges, suspendre sa stature, scruter son énigme, ses blessures, sa sexualité, sa présence, et ne plus se laisser impressionner par sa Majesté, ou son innocence présumée.

C’est ce qu’a fait Danièle Brun, dans un livre dont le titre, à lui seul, désigne l’ambition : « L’insidieuse malfaisance du père » !!!!

Intervenants
  • psychanalyste, professeur honoraire de l'université Paris-Diderot
  • psychanalyste, professeur émérite à l'université Paris-Diderot. Elle est l'auteur de Mères majuscules paru en janvier 2011 aux éditions Odile Jacob.

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