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Bac philo 2016, 1ère session (2/4) : Explication de texte: Bergson extrait de Essai sur les données immédiates de la conscience

54 min
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Replongez-vous dans la véritable vie de la conscience avec l'explication de Brice Faucon, et une lecture très émouvante d'André Breton.

"Chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité tout entière. Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes ; aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme", écrit Bergson dans l'Essai. Si les mots sont les mêmes pour tout le monde, comment traduire les états d'âme singuliers qui nous traversent continuellement? Peut-on les dire sans qu'ils perdent aussitôt ce qui les rend nôtres, sans s'aligner tout de suite sur une compréhension minimale et commune? Replongez-vous dans la véritable vie de la conscience avec l'explication de Brice Faucon, et une lecture très émouvante d'André Breton....

Brice Faucon et Géraldine Mosna-Savoye
Brice Faucon et Géraldine Mosna-Savoye Crédits : MC - Radio France

« Le moi touche au monde extérieur par sa surface et comme cette surface conserve l’empreinte des choses, il associera par contiguïté des termes qu’il aura perçus juxtaposés : c’est à des liaisons de ce genre, liaisons de sensations tout à fait simples et pour ainsi dire impersonnelles, que la théorie associationniste convient. Mais à mesure que l’on creuse au-dessous de cette surface, à mesure que le moi redevient lui-même, à mesure aussi ses états de conscience cessent de se juxtaposer pour se pénétrer, se fondre ensemble, et se teindre chacun de la coloration de tous les autres. Ainsi chacun de nous a sa manière d’aimer et de haïr, et cet amour, cette haine, reflètent sa personnalité tout entière. Cependant le langage désigne ces états par les mêmes mots chez tous les hommes aussi n’a-t-il pu fixer que l’aspect objectif et impersonnel de l’amour, de la haine, et des mille sentiments qui agitent l’âme. Nous jugeons du talent d’un romancier à la puissance avec laquelle il tire du domaine public, où le langage les avait fait descendre, des sentiments et des idées auxquels il essaie de rendre, par une multiplicité de détails qui se juxtaposent, leur primitive et vivante individualité. Mais de même qu’on pourra intercaler indéfiniment des points entre deux positions d’un mobile sans jamais combler l’espace parcouru, ainsi, par cela seul que nous parlons, par cela seul que nous associons des idées les unes aux autres et que ces idées se juxtaposent au lieu de se pénétrer, nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage. »

Henri Bergson

Essai sur les données immédiates de la conscience , 1888, Chpitre 3, In : Oeuvres, PUF, 1991, pp 108-109.

Explication

Ce texte est consacré aux rapports que le langage entretient avec l'intériorité de la personne, ou comme Bergson le dit en conclusion, avec la pensée. Bergson y présente la thèse selon laquelle les mots n'entretiennent avec les sentiment et les pensées qu'un rapport équivoque, les retranscrivant de manière imparfaite, dans la mesure où ils renvoient à des vécus psychiques qui sont à chaque fois spécifiques à la personne, en d'autre termes qui sont individuels, alors que les mots sont de l'ordre du collectif et partant, de l'impersonnel.

L'intérêt du texte est alors non seulement de penser les rapports qui relient la pensée au langage, mais aussi ceux qu'entretient la personne, avec son vécu intérieur riche et à chaque fois unique, et la collectivité, au sein de laquelle cette même personne ne se connaît que de l'extérieur.

L'auteur commence par une brève évocation de l'associationnisme, lequel comprend la vie de l'esprit sur le mode d'une addition ou d'une combinaison d'informations, et auquel une certaine conception du langage correspond. Il montre ensuite pourquoi cette compréhension échoue à saisir l'unité à l'œuvre dans nos vécus de conscience, c'est à dire le tout de ce que nous sommes présent dans les parties de ce que nous vivons. Il explique en particulier à quel point nos sentiments nous sont personnels, et de ce fait uniques, malgré l'unité apparente que leur confère le mot qui les désigne, et qui pourrait nous faire croire qu'un sentiment pourrait être le même chez deux personnes distinctes. De ce fait, le langage apparaît à l'auteur de l'*Essai sur les données immédiates de a conscience * comme impersonnel, dans la mesure où, du fait de son caractère commun, il échoue à rendre compte de la nature intrinsèquement unique de chaque parcelle de vécu. Exception à ce caractère commun du langage, le romancier de talent parvient à conférer aux mots une tonalité particulière, qui les fait résonner de cette intériorité absente du langage ordinaire, lui faisant transcender son régime commun. Malgré ces dons occasionnels, Bergson conclut que le langage, de par ce qu'il contient de nécessairement figé, demeure impuissant à rendre la richesse et la subtilité d'une pensée par nature vivante.

L'extrait commence donc par une évocation d'une certaine conception des opérations de l'esprit, telle que défendue par l'associationnisme. Pour les partisans de ce dernier, l'esprit fonctionne en associant des informations reçues de l'extérieur, généralement selon trois principes essentiels: la contiguïté, la ressemblance et la causalité. L'esprit fonctionne pour ainsi dire comme un computer, travaillant à mettre de l'ordre dans le flot de perceptions reçues par lui du monde extérieur. Mais une théorie de l'esprit de ce type ne convient pas à Bergson. Selon lui, ce que nous trouvons quand nous nous penchons sur notre intériorité, ce en quoi consiste notre expérience première, et que nous donne à constater l'examen des* données immédiates de la* conscience , n'est en rien ressemblant à des résultantes d'assemblages, de calculs et d'associations, comme cela pourrait être le cas si notre esprit était un boulier géant. Au coeur de notre intériorité se trouve une réalité d'un autre type: une unité qui n'est pas la résultante composite de ces opérations, comme leur somme en quelque sorte. Cette unité, ce que nous sommes, la conscience, apparait au contraire comme première par rapport à tels ou tels éléments isolables et que d'autres théories souhaiteraient comprendre comme premiers, faisant découler d'eux la conscience.

Cette position, Bergson ne la donne pas comme un postulat. Il pense la trouver au contraire en se penchant sur les données immédiates de la conscience . En effet, quand nous nous penchons sur ce qui se passe en nous même, ce ne sont pas des fragments assemblés que nous trouvons, mais au contraire des éléments se fondant les uns dans les autres. Ce ne sont pas des éléments séparés, juxtaposés, et ainsi associés, comme des briques dans un mur, et formant à partir de là l'édifice de notre personnalité ou de notre esprit, mais au contraire des éléments aux limites floues, qui s'interpénètrent, qui se fondent en nous-mêmes et rejoignent la totalité de ce que nous sommes. De la même manière que, de façon organique, chaque atome de l'univers, chaque parcelle de matière, entretient un rapport même infime, avec toutes les autres, aussi éloignées soient-elles, de la même manière, en nous, chaque fragment de vie, d'esprit, se diffuse dans tous les autres et en reçoit les innombrables influences. Cela, c'est le regard que nous portons en nous-mêmes qui nous l'apprend. Aussi, l'esprit ne saurait être produit par une composition, une association d'opérations parallèles: la manière dont il fonctionne est trop dissemblable à un tel processus additionnel pour qu'une conception de cet ordre soit tenable. La pensée de Bergson est une pensée du tout, en psychologie comme en cosmologie: dans chacun de nos états de conscience, de manière latente, c'est la totalité de ce que nous sommes qui se trouve présente. Et c'est précisément cela, c'est précisément ce tout qui fait notre personnalité. C'est la totalité de ce que nous sommes qui est présente et qui affleure à chacun de nos états de conscience, et par là c'est la totalité de ce que nous avons été. La totalité de notre vécu nous est présente, du fait que notre mémoire est totale. Même l'infime, même l'insignifiant, même l'inaperçu, tout est là, c'est notre richesse, et c'est ce qui fait que nous sommes absolument uniques, ou tout au moins, c'est une des dimensions par quoi cela se manifeste.

De ce fait, chacun des contacts que nous aurons avec le monde va se trouver hautement individuel, hautement personnel. Chacun aura une manière qui lui sera propre et qui ne sera propre qu'à lui d'aborder une expérience de vie quelle qu'elle soit, comme une rencontre, une attente, une situation de tension ou autre. Mais sous cette évidence, une autre réalité découle de cette présence totale de ce que nous sommes à chacun des vécus particuliers que nous rencontrons: de la même manière que les situations ne nous signifient pas la même chose selon qui nous sommes et ce que nous avons vécu, de la même manière les mots n'ont pas exactement le même sens. Selon que j'ai passé mon enfance dans un mas provençal ou en HLM, selon que mes souvenirs d'enfances sont lumineux et heureux ou au contraire marqués par les scènes de violence domestique, le mot maison, le mot famille, le mot noël n'auront pas le même sens pour moi. De la même manière, le mot courant n'éveillera pas les mêmes images à un pêcheur, à un électricien ou à un athlète.

Les mots sont une réalité commune, servant à l'échange d'informations relativement à ce que nous pouvons mettre en commun - y compris d'ailleurs dans une certaine mesure des émotions : il ne s'agit pas de faire une critique d'un langage qui ne serait pensé que comme utilitaire – mais en tant que véhicules, en ce qu'ils ont de commun, les mots comportent un peu de ce caractère impersonnel qui parfois nous gêne dans les transports en commun, justement. Ils nous sont extérieurs, nous sommes avec eux aussi comme en contact par une extériorité, la plupart du temps. Ils sont entre nous , et ne parviennent pas à restituer totalement, à correspondre totalement à cette dimension extrêmement fine, infiniment riche de l'intériorité, qui fait que le mot haine * et le mot *amour ne désignent pas la même réalité chez un homme et chez un autre. Derrière une réalité nommée, se trouve la totalité de ce que nous sommes, en lien avec cette réalité telle que nous la vivons. Par exemple, si je nomme mon amour actuel, ce à quoi il renvoie, c'est mon actualité auprès de le personne que j'aime, mais aussi ce qui dans cette actualité affleure de mes actualités passées, de mes amours passées, qui par un effet d'ombre et de lumière rendent mon amour présent d'autant plus heureux, ou d'autant plus signifiant pour moi. Mais cela, le terme qui désigne le sentiment en question reste incapable de le retranscrire. Le mot amour , l'expression je t'aime , restent sur le seuil, restent extérieurs à cette richesse invisible.

Le mot, écrit Bergson de manière peut-être un peu provocatrice, n'a pu fixer que l'aspect objectif et impersonnel de l'amour, de la haine , etc. Ici, Bergson prend à contrepied nos habitudes intellectuelles: nous sommes habitués à une conception valorisante de ce qui est objectif. Ce qui est objectif est généralement pensé comme ce qui est plus proche de la vérité. La vérité, pensons-nous ordinairement, ne peut être qu'objective, et le subjectif, la subjectivité ne nous fournissent que des témoignages de seconde catégories, des opinions, pour ainsi dire. Ici, la donne est renversée. C'est toute la méthode Bergson qui se fait jour: pour étudier la conscience il faut demander à la conscience elle-même de se dire, et le témoignage le plus valeureux est celui de la subjectivité, qui se situe au cœur de la question, aux premières loges pour se penser. Quand il s'agit d'exprimer l'âme, l'objectivité arrive une fois la messe dite, comme en impromptue. Ce qui peut dire la vérité de la conscience, de l'âme, ce n'est pas l'objectivité des mots, ou des concepts comme ceux du déterminisme associationniste, par exemple, désireux de parler de l'esprit au moyen de termes fixes, de concepts étant les plus extérieurs possibles à la façon dont se vit l'esprit: au contraire. Le mieux à même pour connaître l'esprit, c'est l'esprit lui-même, c'est la subjectivité, dans l'attention qu'elle porte à ce qui se fait jour en elle. Aussi l'objectivité des mots, quand il s'agit de rendre compte des mouvements de l'âme, est-elle une pauvreté, tout comme l'objectivité conceptuelle ou technique s'avèrent de seconde main quand il s'agit de comprendre l'esprit.

Les mots sont donc pauvres par rapport au vécu, par rapport à la vivacité subtile des ressentis, à la finesse de nos motions intérieures. D'ailleurs nous ne savons tous. Nous savons tous combien certains mots peuvent être plats, comme certaines expressions de nos sentiments peuvent faire un flop, du fait de la difficulté qu'il y a à se dire, difficulté parfois éprouvé au moment même de la l'expression, et qui empire tout encore. A tel point que parfois l'on recule devant le dire. A cette condition qui nous est commune, un type d'homme échappe parfois, que Bergson envisage ici -et qu'il est lui-même- et c'est l'écrivain de talent. Le romancier de talent est celui qui parvient justement à tirer les mots de leur condition ordinaire, à en faire un usage qui imite assez bien notre vie intérieure, pour parvenir à tirer du domaine public , où le langage les avait fait descendre, des sentiments et des idées , qu'il veut nous faire comprendre ou éprouver. Comment y parvient-il ? Par une multiplicité de détails qui se juxtaposent , nous dit Bergson. De fait, l'écrivain accède à un usage du langage par lequel il parvient à faire passer un peu de son âme, pour ainsi dire. Il parvient à mettre le langage en mouvement, à lui insuffler de sa vie, jusqu'à le rendre à son tour communicatif. Là où le langage ordinaire fonctionne, chez l'écrivain, il s'anime, il reçoit quelque chose de lui. Il faut se souvenir de Ion , ici, et de la métaphore du fluide magnétique employé par Socrate pour imager ce qui se transmet de la muse au poète, de celui-ci au rhapsode, et de ce troisième au public. Il y a véritablement quelque chose comme un souffle ou un fluide qui passe à travers le langage, comme un acoup initial donné à une corde couchée sur le sol va se transmettre à toute sa longueur. L'écrivain parvient à cela avec le langage. L'expression juxtaposition de détails peut d'ailleurs être trompeuse ici: il ne s'agit pas d'un processus d'énumération de détails visant à l'exhaustivité: on ne parviendra jamais à tout dire. Il s'agit, comme chez le peintre habile, de fixer ce qui du contours rend possible la vision saisissante. Le choix des mots, du fait de la manière dont ils sont investis, vécus par l'écrivain, permet cela, et précisément cela fait sortir les mots de leur condition commune, de leur emploi commun. De fait, ce n'est pas seulement les sentiments que l'écrivain fait sortir de la banalité objective, mais ce sont aussi les mots eux-mêmes.

Cela étant, malgré cette aptitude merveilleuse du romancier talentueux, la vie de l'esprit est encore trop fine pour que tout puisse être dit, pour que le tout de ce qui en constitue la vie puisse en être dit. Les sentiments sont si fins, les pensées sont si évanescentes, il peut s'intercaler entre deux états d'âme tant d'états d'âmes pour ainsi dire intermédiaires, leur ressemblants par tel aspect mais contenant quelque chose d'autre par ailleurs, qu'on ne saurait épuiser toute cette vie, tout ce mouvement, toute cette labilité de surface et de profondeur qui se joue dans une âme humaine. Les mots, quel que puisse être le talent de l'écrivain de talent, demeurent des réalités fixes et séparées, aux contours plus ou moins définis, qui leur donnent une réalité pour ainsi dire spatiale, définie dans l'espace sémantique, de sorte que tout ne leur est pas possible au regard de la fluidité propre aux choses de l'âme.

Certes, les mots ont leur propre plasticité; c'est pour cela qu'ils conviennent dans une certaine mesure pour parler de l'âme aussi, et de tout ce qui s'y joue. Ils en sont d'ailleurs l'expression, il faut donc bien qu'ils en portent jusqu'à un certain point les caractéristiques. Les mots ne sont pas des atomes stricts de signification. Ils sont vecteurs d'images, ils se renvoient les uns aux autres, non seulement au sein d'une langue, comme l'expliquait Saussure, mais encore au sein d'une phrase, et c'est ainsi que peut jouer leur juxtaposition, dont il était question précédemment. Ils ont donc une certaine manière organique -et non mécanique- de fonctionner. Ils jouent ensemble; la lumière des uns fait l'ombre des autres. Leur sens revêt une certaine élasticité. Quand Rimbaud évoque Le bain dans la mer, à midi , achevant sur ce vers la bonne pensée du matin , ces mots résonnent de tout autre chose que si je les lis sur un dépliant de voyage. L'ensemble du poème résonne dans le vers final, y déversant sa plénitude, déversant la présence auguste des figures évoquées, la transparence de l'aube, toute chose qui dure encore . Les mots ont aussi leur vie, portent en eux quelque chose de la conscience qui les profère et de celle qui les investit. Ils ne sont donc pas de pures briques de sens, fixés de manière définitive. Sans quoi l'écrivain ne pourrait les faire jouer, ni le poète les faire ondoyer.

Mais pour Bergson, cette qualité n'est pas suffisante. Malgré ce qu'ils peuvent comporter d'esprit – et nous sommes ici allé peut-être un peu plus loin que Bergson lui-même – ils demeurent tributaires de cette fixité, de cette caractéristique pour ainsi dire spatiale, de cet emplacement occupé dans l'espace sémantique, et qui fait qu'ils ne peuvent pas rejoindre l'esprit dans sa richesse. De la même manière qu'entre deux points sur une droite on peut toujours en intercaler d'autres, on peut toujours descendre dans une subtilité plus grande, dans une impression plus furtive, dans une pensée plus infra, une réalité du dedans où le langage n'accède pas. De sorte que l'espace du dicible est condamné à demeurer toujours plus pauvre que l'espace de l'indicible, le milieu d'existence commune, plus pauvre que là où se trouve effectivement l'intériorité, là où la subjectivité donne à s'éprouver. On a là une critique sociale en germe, qu'on verra explicitée dans Le rire , par exemple. La dimension collective, extérieure, est toujours plus pauvre, et par ailleurs susceptible de peser sur la richesse intérieure de la personne, au risque de l'appauvrir si l'individu y succombe, c'est-à-dire dans la mesure où l'individu se laisse aller à s'identifier à du collectif, faute de trouver en lui-même la force de maintenir cette individualité furtive et riche. En un sens, si nous n'avons pas la vigilance qui s'impose, si nous ne bénéficions pas pour les mots de l'amour que l'homme de lettres éprouve à leur endroit, nous sommes ordinairement soumis à un risque analogue avec le langage: le risque que son emploi ordinaire ne contribue à l'érosion de notre pensée individuelle.

Ce dernier constat est corollaire du fait que La pensée demeure incommensurable avec le langage . Par rapport à l'attention que nous pouvons porter à nos processus de pensée, l'emploi du langage est toujours déficitaire, pour ainsi dire en tension, par rapport à ce qui se joue en dedans. De sorte qu'un emploi pauvre des mots, un parler approximatif, une soumission à certains codes langagiers qui sont de l'ordre de la répétition pour des motifs de facilité, tirent vers le bas la connaissance que nous pouvons avoir de notre vie intérieure. Mais au-delà de cette réflexion sans doute banale, l'inverse doit être vrai aussi : un trop grand pouvoir conféré aux mots, une préséance que nous leur octroierions par paresse d'esprit ou sous l'effet de modèles intellectuels, pourrait porter préjudice à notre vigilance à nous reconnaitre en nous-mêmes. De la même manière que certains, à force d'avoir entendu que les tournesols se tournaient toujours vers le soleil, oublient d'observer qu'en fait ils s'en détournent à toute heure du jour, le piège est possible pour chacun, à force de penser l'esprit au travers des mots – des mots ou autre chose : concepts, préceptes, nombres, modélisations – d'oublier ce qu'il est avant toute chose : vie, vie connue de nous par en dedans.

Des élèves du lycée Louis Pasteur
Des élèves du lycée Louis Pasteur Crédits : MC - Radio France

LECTURES :

*- Bergson, *Essai sur les données immédiates de la conscience , 1888, chapitre 3, PUF, 1991, p. 108-109 **

EXTRAIT :

*- Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander), * film de Woddy Allen (1972).

- Britgh Star , film de Jane Campion (2009)

  • Lecture du poème de Rimbaud « Bonne pensée du matin » par André Breton

  • 1984, Film de Michael Radford (1984)

REFERENCES MUSICALES :

  • Benjamin Faugloire , Yayem blues

  • *Christophe, * Les mots bleus

*- Alain Delon et Dalida, * Paroles Paroles

Par Géraldine Mosna-Savoye

Réalisation: Nicolas Berger

Prise de son: Jean-Pierre Zing et Alex James

Lectures: Olivier Martinaud

Retrouvez nos Tutos philo ! Les invités des Nouveaux chemins se rappellent de leur premier contact avec la Philosophie et vous prodiguent leurs conseils pour bien réussir au bac.

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