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Image extrait du film L'Argent, de Robert Bresson (1983)
Épisode 3 :

"On a volé ma cassette !" : l'argent ridicule chez Molière

59 min

Si la comédie est le miroir de l'être humain, la relation des personnages à l'argent de celle-ci est déterminante et le vrai reflet de leur âme.

L'avare de Moliere avec Michel Bouquet
L'avare de Moliere avec Michel Bouquet Crédits : LAINE Frederique - Maxppp

Troisième pièce d’or aujourd’hui déposée le long de cette semaine où l’argent se pense et se dépense. Après Georg Simmel, lundi, et la chrématistique d’Aristote à Marx, hier, aujourd’hui, finit la cure d’austérité et les politiques de rigueur, desserrons la ceinture et les mâchoires : si le ridicule ne tue pas, l’argent, lui, engendre suspicion, paranoïa, emphase et traquenard, ce qui pourrait faire peur, mais, sous la plume de Molière, suscite le rire avant les larmes.

Je crois que l'argent a avec la comédie, un lien absolument formidable. Dans Le Malade imaginaire, le personnage à ce souci d'entrer en rapport avec son corps et avec les autres par l'intermédiaire de l'argent. Il n'y a pas d'outil plus comique que l'argent. C'est merveilleux d'abord pour l'accessoiriste, il a un sac de jeton et un pupitre, rien de plus, pour les accessoires vous avez tout, tout est dit. Et l'argent par là symbolise ce qui est la base de la comédie, c'est-à-dire l'intrigue, c'est-à-dire le lien entre les gens. Qu'est-ce qu'un comédie sinon un passage de pouvoir entre des personnages, symbolisé par des signes ? La comédie ce n'est que signes et ici, le signe de l'argent. Patrick Dandrey

Patrick Dandrey
Patrick Dandrey Crédits : MC - Radio France

A la fin de L'Avare, Harpagon cite Valère parce qu'on lui a fait croire que c'était lui le voleur de sa cassette. Et Valère, mis devant le commissaire croit qu'on lui en veut pour avoir enlevé Marianne, alors qu'Harpagon croit qu'il a enlevé l'argent. Ce quiproquo permet de mettre en parallèle la folie saine, celle d'amour et la folie malsaine, celle de rétention.        
Et le parallèle est révélateur de la difformité et du critère. Tout ce que dit à cet endroit : Valère est à la fois beau et touchant. Et tout ce qu'Harpagon comprend est absurde et déformé. Dans ce clivage de langage, on comprend que l'argent a créé dans l'esprit d'Harpagon une telle mutilation qu'il ne peut plus entendre que ça. Et qu'en même temps, il est évidemment amoureux de son argent, cet argent est dans un rapport avec lui de désir et de concupiscence, qui ne peuvent être qu'égoïstes.        
C'est évidemment les deux conceptions de l'amour que l'on trouve dans la comédie : l'amour partagé et généreux que l'on retrouve chez les jeunes gens et puis l'amour possessif, déformé, amoral et anormal des vieillards. 

Références musicales :

  • Kurt Weill , L'avarice
  • Chapelier fou, Le tricot
  • Christian Roux, Monnaie

Extraits :

  • Le malade imaginaire (Michel Galabru dans une adaptation de 1964 réalisée par Georges Hacquard)
  • Les fourberies de Scapin (pièce enregistrée en 1956 avec François Périer dans le rôle de Scapin et Louis de Funès dans celui de Géronte)
  • L'avare, Monologue d'Harpagon, acte IV, scène VII (adaptation cinématographique de 1980 avec Louis de Funès)
  • L'avare, Le fils et le père face à face chez le notaire , acte II, scène II (adaptation cinématographique de 1980 avec Louis de Funès)

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Marie-Laure Ciboulet

Lectures Georges Claisse

En partenariat avec le magazine Marianne

Marianne
Marianne

Bibliographie

L'avare

L'avare MolièrePocket, 2009

Intervenants

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