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Des photos de victimes au Mémorial du génocide rwandais à Kigali
Épisode 2 :

L'ère de la négation

30 min
À retrouver dans l'émission

Le XXe siècle a aussi été celui des génocides (des Arméniens, des Juifs, au Cambodge, en ex-Yougoslavie, au Rwanda...). Tous ont en commun d'être atteints par des phénomènes de déni ou de négationnisme, organisés au besoin par l'État. Catherine Coquio parle ainsi d'une "ère de la négation".

Des photos de victimes au Mémorial du génocide rwandais à Kigali
Des photos de victimes au Mémorial du génocide rwandais à Kigali Crédits : Yasuyoshi CHIBA - AFP

Selon Catherine Coquio, Présidente de l'Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides, le XXe siècle signe l'inauguration des violences génocidaires, qui correspondent à un tout nouveau type de violence, inédit. Avec cette inauguration se fait simultanément celle du négationnisme : 

Toute violence génocidaire porte en elle sa propre négation.

La professeure, qui codirige l’axe "Écrire et penser l’histoire" au sein du laboratoire de recherches Cerilac, explique que cette tendance négationniste comporte une méthodologie propre, bien évidemment totalement distincte de la méthode historique :

Le fait qu'on apporte des preuves, qu'on établisse des faits, dans le travail historiographique et le travail juridique, ne permet pas du tout d'en finir avec la négation. La négation provient d'une autre dynamique, qui résiste à l'administration des preuves.

Il y a une demande de preuves sempiternelle, en même temps que l'occultation des vraies preuves, ou leur disqualification. [...] Il y a le refus de la "thèse" des victimes, qui sont toujours diabolisés. Il y a négation des massacres et justification des massacres à la fois. 

En somme, le négationniste est pour Catherine Coquio un "sceptique aggravé", selon la définition du sceptique que donne l'historien italien Carlo Ginzburg :

Le sceptique ne s'intéresse pas à la preuve, il s'acharne contre le témoin.

Or, le témoin peut s'avérer être un faible appui. Comme l'explique la professeure, le négationnisme se fonde avant tout sur le travail du temps, qui peut facilement devenir altération de la réalité - y compris pour ceux qui l'ont vécue ! En effet, les victimes mêmes de génocides en viennent parfois à remettre en cause leur propre expérience, qui a été d'une violence trop radicale. C'est la que réside toute la fragilité du témoignage, dont peuvent aisément profiter les négationnistes :

Le négationnisme est ce bavardage nouveau né du mutisme du meurtre. 

Catherine Coquio revient pour finir sur l'exemple du génocide du Rwanda, afin d'illustrer le problème de la thèse du double génocide, officialisée dans ce cas précis à partir de la fin de l'année 1994 : le génocide est alors certes reconnu, mais l'événement est en même temps noyé dans sa réduplication. 

Par Jacques Munier. Réalisé par Céline Ters. Mixage : Martin Delafosse.

Extrait lu : Dans le nu de la vie : récits des marais rwandais, Jean Hatzfeld (2000)

Extrait audio : José Kagabo dans l'émission "Le Rwanda, un génocide oublié" sur France Culture (2003)

Intervenants
  • professeure de littérature comparée à l’université Paris-Diderot.
L'équipe
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