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Genre et sexualité : le grand chambardement ?

59 min

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Anne Emmanuelle Berger et François Buot.

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« Promis, si on se marie, on s’habillera pas en drag queen », ce slogan, un parmi cent, choisi parmi le recueil édité par les Editions Tchou en guise de célébration pour le vote de la loi autorisant le mariage pour les couples de même sexe signe-t-il l’essoufflement de « la politique de visibilité » apparue dans les années 1960 dans l’espace américain ? Est-il le signe d’une normalisation à venir ou d’une démocratisation en douceur de nos mœurs et coutumes en matière de relations amoureuses et sexuelles? Il nous autorise au moins – ce slogan – à nous interroger à nouveaux frais sur ce qu’une auteure avertie – Anne Emmanuelle Berger – appelle « les paradoxes de la visibilité » dans son livre « Le grand théâtre du genre » (1). Voilà un ouvrage qui remet les pendules à l’heure et que l’on conseille de lire de concert avec celui de François Buot, consacré au Paris interlope entre 1900 et 1940 (2). Pourquoi ? Parce que la comparaison entre le Paris de Genet et de Carco, de René Crevel, de Roger Stéphane et de bien d’autres, avec les Etats-Unis des années 1960 à nos jours, permet de se faire une idée précise des allers et retours entre nos deux pays. Avant 194O, la ville de tous les plaisirs s’appelait c’est au choix Paris ou Berlin. Dans les années 1970, elle s’appellera San Francisco. Et depuis les années 2000, le choix est ouvert : de Madrid à Tel-Aviv. Et ceci n’est pas sans rapport avec le devenir folklore de la pétition de visibilité contemporaine. Et ce pas seulement parce qu’il serait concurrencé par une révolution rampante néoconservatrice. Nous ne sommes plus à l’époque des grands jours d’Act Up et il n’est pas impossible que la Gay Pride, comme à Berlin aujourd’hui, ne soit plus qu’un défilé sans âme où la fierté se banalise en un narcissisme du corps de faible intensité.

La politique – laquelle ? – a certes besoin de scène, de théâtre, de représentation, mais elle a aussi besoin de lieux. De vrais lieux. D’espaces communs à réinventer. Il ne suffit pas de se montrer, de clamer sa différence, pour renouveler la parole politique. Faire sa propre publicité ne suffit pas. Tel est l’enseignement de ce qui continue de s’appeler depuis la parution en 1952 de « L’homme invisible » du noir américain Ralph Ellison – pas celui de Wells – de la politique de la visibilité qui est la mère des réflexions sur le genre, et les manières de vivre la différence sexuelle, voire les différentes manières de se voiler et de se dévoiler ! Telle est peut être la limite de la politique d’affirmation, qu’elle soit sexuelle, sociale, ou simplement citoyenne.

Nous allons demandé des éclaircissements à ce sujet à nos deux invités.

Intervenants
  • agrégé d’histoire, spécialiste de la période surréaliste.
  • Professeur d'études du genre et responsable du Centre d'études féminines et d'études de genre de l'université de Paris 8

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