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Baruch Spinoza
Épisode 3 :

Parties III et IV: Affects et servitude

53 min

"L'effort par lequel chaque chose s'efforce de persévérer dans son être n'est rien en dehors de l'essence actuelle de cette chose" L'Ethique, III, 7. Cet effort, c'est le désir. Le philosophe Bernard Pautrat nous éclaire sur l’épineuse question du désir chez Spinoza.

Baruch Spinoza
Baruch Spinoza Crédits : DR - Radio France

Géraldine Mosna-Savoye s'entretient avec Bernard Pautrat, philosophe, traducteur de L'Ethique de Spinoza (Seuil, 1988), responsable d'un séminaire consacré à cette oeuvre à l'EHESS.

L’esprit, en tant qu'il a, tant des idées claires et distinctes que des idées confuses, s'efforce de persévérer dans son être pour une certaine durée indéfinie, et est conscient de cet effort qu’il fait. Scholie : Cet effort, quand on le rapporte à l’esprit seul, s'appelle volonté ; mais quand on le rapporte à la fois à l’esprit et au corps, on le nomme appétit. Et il n’est, partant, rien d’autre que l'essence même de l'homme, de la nature de qui suivent nécessairement les actes qui servent à sa conservation. Et par suite, l'homme est déterminé à les faire. Ensuite, entre l'appétit et le désir, il n'y a pas de différence, sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes, en tant qu'ils sont conscients de leurs appétits ; et c'est pourquoi on le peut définir ainsi : Le désir est l'appétit avec la conscience de l’appétit. Il ressort donc de tout cela que quand nous nous efforçons à une chose, quand nous la voulons, ou aspirons à elle, ou la désirons, ce n'est jamais parce que nous jugeons qu’elle est bonne mais au contraire, si nous jugeons qu’une chose est bonne c’est précisément parce que nous nous y efforçons, nous la voulons, ou aspirons à elle, ou la désirons.      
Spinoza, L'Ethique, livre III, 9e proposition

Cet effort, que Spinoza appelle conatus, constitue le dynamisme de l’Esprit. Cette force qui nous mène non pas vers des choses non parce qu'elles sont bonnes mais que notre désir rend bonnes parce qu’on tend vers elles et qu’elles nous permettent de persévérer dans notre être. Or, le fait de boire, ou de fumer par exemple, ne nous fait pas persévérer dans notre être et pourtant nous y tendons souvent. Comment articuler l’idée que notre désir définisse à la fois les choses comme bonnes et que l’on puisse à la fois tendre vers des choses qui sont objectivement mauvaises ?

Bernard Pautrat : C’est le phénomène que Spinoza appelle les "joies passives". Il y a des joies qui sont mauvaises. Comment expliquer cela ? Pour Spinoza, dans sa théorie du corps, le corps se trouve envahi par une de ses parties. Si l’on reprend l’exemple de l’alcoolisme, certaines parties du corps trouvent de la joie dans la boisson et persévèrent dans cet effort. L’ivrogne boit la bouteille mais en vérité c’est la bouteille qui le boit, il devient esclave de la chose extérieure. Il va essayer de trouver le moyen d’en finir avec les joies passives, plus traîtresses que les tristesses, que l’on a tendance à éviter. 

Pour Spinoza, il s’agit de suivre son désir, de "persévérer dans son être" puisque cela relève de la nécessité. Mais d’un autre côté, toute L’Ethique est une entreprise de libération, il condamne la servitude que l’on a à l’égard des affects. Comment à la fois se ranger du côté de la nécessité du désir, en même temps lutter contre la servitude à laquelle nous réduisent les affects ?

Bernard Pautrat : Pour moi, il ne s’agit pas de suivre le désir. Nous le suivons de fait, parce qu’il est le plus fort. Comme le désir de boire de l’ivrogne. Mais ce n’est en aucun cas de libération du désir, au sens où le désir serait captif et que la bonne règle serait de le suivre. Dans l’appendice de la quatrième partie de L'Ethique, Spinoza fait la distinction entre les bons désirs – ceux dont nous savons avec certitude qu’ils nous sont utiles – et les mauvais. 

Textes lus par Vincent Schmitt

  • Baruch Spinoza, L’Ethique, partie III, Préface, traduction de Bernard Pautrat (Seuil, 1988)
  • Baruch Spinoza, L’Ethique, III, proposition 9 et Scolie, traduction de Bernard Pautrat (Seuil, 1988) p.219-220
  • Baruch Spinoza, L’Ethique, III, proposition 51 et Scolie, traduction de Bernard Pautrat (Points, 1999) p.298-299

Extraits diffusés

  • Nous ne vieillirons pas ensemble, de Maurice Pialat (1972)
  • Archive Bukowski (source : documentaire de Taylor Hackford sur Charles Bukowski, 1973)
  • Into the wild, de Sean Penn (2008)

Musiques diffusées

  • Laurent Voulzy et Véronique Jeannot, Désir Désir
  • Chapelier fou, Luggage
  • Nina Simone, Feeling Good
Bernard Pautrat
Bernard Pautrat Crédits : MC

Baruch Spinoza, L’Ethique III, proposition 9 et Scolie, extrait lu par Vincent Schmitt:

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1 min
La lecture des Nouveaux chemins de la connaissance : Mercredi 13 avril 2016
Chroniques

Bibliographie

Intervenants
  • philosophe, spécialiste de Spinoza. Il a animé à l’ENS pendant les vingt dernières années un séminaire consacré à une lecture suivie de l'Éthique de Spinoza.
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