LE DIRECT
La bêtise est à la fois l'absence de connaissance, donc dans un premier sens c'est l'ignorance, mais aussi la bêtise environnante, ce que Barthes appellera plus tard la bêtise de la culture de masse
Épisode 2 :

Barthes, lecteur de Flaubert

58 min

Roland Barthes, aidé de Gustave Flaubert, nous fait comprendre que personne, y compris celui qui le dit, ne peut triompher de la bêtise, et que bien loin d'être un défaut dont il suffirait d'avoir conscience pour le résorber, elle est indissociable du langage même.

Roland Barthes en 1978
Roland Barthes en 1978 Crédits : Sophie Bassouls / Contributeur - Getty

La bêtise est un territoire étranger que l'on croit si bien connaître quand il est loin de nous, mais qui nous devient totalement étranger lorsqu'on commence à entrevoir qu'on pourrait peut-être, par moments en tout cas, en faire partie. 

Si la bêtise est indissociable du langage comme semble le dire Barthes, comment trouver la force de continuer à écrire ? Et comment se servir de notre propre bêtise pour continuer malgré tout à produire de l'intelligence ? 

La bêtise pour Barthes, c'est du langage, c'est du stéréotype qui est donné dans le langage. Le problème de l'écrivain n'est pas la page blanche, c'est le stéréotype qui colle. Le stéréotype empoisse, c'est ce qui colle à la peau, il fait une métaphore avec la méduse en tant que masse gélatineuse qui colle au fond de la rétine, parce que ce n'est pas seulement ce qui colle à la peau, c'est ce qui est au fond de l’œil et que l'on ne voit pas. Dans le double sens de Méduse, la gorgone qui pétrifie, et de la méduse dans la mer qui empêche de voir qu'on est en train de répéter le langage cuit, celui de tout le monde.      
Anne Herschberg-Pierrot

Anne Herschberg-Pierrot
Anne Herschberg-Pierrot Crédits : S.Marchand - Radio France

Barthes affirme par exemple, qu'amoureux, ce que l'on dit est bête mais vrai. Du coup, on peut se dire qu'amoureux on est bête, mais et alors ? Si ce que l'on dit quand on est amoureux ne fait pas sens pour les autres ou en tant que tel, et n'est que la répétition de discours déjà utilisé, dans tous les cas, quand cela s'applique à une personne en particulier, on a là un mélange de lieux communs et de singularité. Ce qui montre bien que la bêtise, il faut juste faire avec, et que parfois s'empêcher d'être bête s'est s'empêcher de vivre certaines situations.

Il y a dans les Fragments d'un discours amoureux l'idée d'un abandon de l'étagement des précautions, de la prise en considération du regard de l'autre. Il y a une acceptation d'une forme d'innocence, d'un entêtement, comme l'âne de Zarathoustra, cet âne qui dit oui, qui s'entête, qui est innocent ne serait-ce que parce qu'il ne connaît même pas la notion d'innocence. Face au regard de l'autre et au jugement qui consiste à considérer comme obscène le sentimentalisme ou toute sorte de réaction naïve. Il définit à ce moment-là la bêtise comme le fait d'être surpris par le regard de l'autre. 

Extraits : 

  • Summertime , par Miles Davis
  • Summertime , par Janis Joplin
  • Love me,  interprété par Nicolas Cage dans Sailor and Lula  de David Lynch, avec Nicolas Cage et Laura Dern.
  • Something stupid , par Frank et Nancy Sinatra.
  • Quand les cons sont braves  de Georges Brassens, interprété par Maxime Leforestier
  • Publicité "Lapins crétins" pour Renault-Scenic
  • Un grand seigneur , réalisé par Georges Lautner et Gilles Grangier avec Louis de Funès, Bernard Blier et Mireille Darc (1965)
  • Thème du Troisième homme, par Anton Karas
  • Quand Harry rencontre Sally , réalisé par Rob Reiner avec Billy Crystal et Meg Ryan (1989)
  • Interview de Jacques Brel à propos de la bêtise
  • La cave se rebiffe , réalisé par Gilles Grangier et dialogué par Michel Audiard (1961)

Lecture des textes : Georges Claisse.

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......