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Le portrait de Dorian Gray
Épisode 2 :

Fifty shades of Dorian Gray

51 min
À retrouver dans l'émission

Dorian Gray, et son éternelle jeunesse, incarne-t-il l'idée du Beau socratique, ou s'incarne-t-il, nietzschéen, dans le visible ?

Le portrait de Dorian Gray
Le portrait de Dorian Gray Crédits : Ben Barnes, Oliver Parker/ Copyright Ealing Studios

Qui n'a jamais rêvé de l'éternelle jeunesse ? Sûrement pas Dorian Gray dont les belles boucles blondes, les yeux bleus, les lèvres rouges, les traits si purs s'affaisseront avec le temps... à moins que son vœu ne se réalise : ce ne serait pas lui qui prendrait la marque du temps, mais son portrait. Dorian incarne-t-il l'idée du Beau socratique, ou s'incarne-t-il, nietzschéen, dans le visible ? Cinquante nuances de Dorian Gray, aujourd'hui avec Pascal Aquien

Le texte du jour

« En voyant le portrait, Dorian eut un mouvement de recul et ses joues s’empourprèrent un instant de plaisir. Un éclair joyeux parut dans son regard comme s’il se reconnaissait pour la première fois. Il resta ainsi immobile et songeur, vaguement conscient qu’Hallward lui parlait mais sans saisir le sens de ce qu’il lui disait. Le sentiment de sa propre beauté le pénétrait comme une révélation. Il ne l’avait jamais encore éprouvé. Les compliments de Basil Hallward lui avaient paru n’être que de charmantes exagérations dictées par l’amitié. Il les avait écoutés, en avait ri, les avait oubliés. Ils ne l’avaient pas marqué. Lord Wotton avait alors surgi avec son étrange panégyrique de la jeunesse, sa terrifiante admonition sur la brièveté de celle-ci. Il en avait été, sur le coup, bouleversé et maintenant qu’il était là à fixer l’ombre de sa propre beauté, la réalité de la description de Lord Henry prenait subitement pour lui tout son sens. Oui, viendrait un jour où son visage serait ridé et parcheminé, ses yeux sans éclat et ternes, ses traits gracieux défaits et déformés. L’incarnat de ses lèvres s’effacerait et l’or de sa chevelure s’évanouirait. La vie qui enrichirait son âme ruinerait son corps. Il deviendrait horrible, hideux, grotesque.

A cette pensée, une vive douleur le transperça comme un couteau et fit frémir chacune des fibres délicates de son être. Ses yeux prirent la nuance profonde de l’améthyste et se voilèrent de larmes. Il sentit une poigne de glace se refermer sur son cœur. […]

– Que c’est triste ! murmura Dorian Gray, les yeux toujours rivés sur son portrait. Que c’est triste ! Je vais devenir vieux, horrible et épouvantable. Mais ce portrait, lui, demeurera toujours jeune. Il gardera à jamais l’âge de cette journée-ci de juin… Si seulement ce pouvait être le contraire. Si seulement c’était moi qui devais rester éternellement jeune et le portrait qui devait vieillir ! Pour cela – pour cela – je donnerais tout ! Oui, il n’y a rien au monde que je ne donnerais pas ! Je donnerais mon âme ! »

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray

Lectures :

- Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray, 1890, trad. Richard Crevier (GF, 2006)

- Clément Rosset, Le Réel et son double, (Gallimard, 1993)

Extrait :

- Archive : André Gide « Entretiens avec, » RTF, 1949

Références musicales :

- Chopin, Prélude en si bémol Majeur

- Inde Rajasthan…, Fanfare timbales nagara et hautbois shanai

- Chopin, Nocture n°2

- The Kinks, Dandy

-Annie Lennox, Keep young and beautiful

Pascal Aquien
Pascal Aquien Crédits : MC - Radio France

Chroniques

10H50
2 min

Deux minutes papillon

"Discours de la servitude volontaire" d’Etienne de la Boétie
Intervenants
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Production
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