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Les derviches tourneurs sont une des expressions du soufisme
Épisode 2 :

Qu’est-ce que le soufisme ?

53 min
À retrouver dans l'émission

Explorons la mystique derrière la norme, dévoilons, peut-être, le secret contenu dans chaque verset, en évoquant le soufisme. Cette mystique islamiste qui a pour point de départ le texte du Coran.

Les derviches tourneurs sont une des expressions du soufisme
Les derviches tourneurs sont une des expressions du soufisme Crédits : logosstock - Getty

Qu'est-ce que le soufisme ? La question est si difficile que même Henry Corbin bottait en touche, expliquant qu'il s'agissait de la question la scabreuse qu'on puisse poser à un arabisant. 

Les soufis eux-mêmes disent qu'il y a mille définitions, mille symbolisant l'infini, du soufisme. C'est une discipline subtile, c'est une discipline islamique historique, encore enseignée dans les universités islamiques, sauf en Arabie Saoudite. A la différence des autres disciplines telles que le droit, la théologie, c'est une discipline subtile, paradoxale même, puisqu'elle vise à faire remonter l'être humain du monde de la dualité dans laquelle on vit, vers l'unicité, qui est le principe même de l'islam. On traverse des niveaux d'être et des niveaux de conscience qui ne sont pas ouverts à tout le monde et parfois dangereux à traverser.        
La méthode soufis consiste à dire que la réalité ne se résume pas aux apparences et que nous vivons le plus clair de notre temps dans la superficialité. Or Dieu dit de lui-même qu'il est à la fois l'apparent et l'extérieur. Et comme le dit la Bible et le aussi bien le Prophète, nous sommes l'image de Dieu, ce qui veut dire que nous devons aussi prendre en compte et travailler sur notre intériorité. Et donc le Coran lui-même enseigne, élève, par graduation vers notre intériorité.        
Eric Geoffroy

Tradition islamique, tout en s'en prenant une distance métaphysique avec le texte, les soufis se basent sur le Coran, mais en tirent une substance qui les incitent à la contemplation.

La Charia au sens soufis, c'est la norme cosmique. D'ailleurs, le terme charia veut dire "le chemin qui mène à la source d'eau vive". C'est la norme humaine et au-delà, qui régit le monde des formes. Elle est nécessaire car la création a besoin de normes, de formes, mais elle ne vaut rien, si je puis dire, sans la Hakeka, c'est la réalité intérieure ésotérique ultime, c'est-à-dire sous-jacente à tout ce qui est. La réalité du Coran, de l'Islam, de mon être propre, du monde. Et donc Charia et Hakeka sont indissociables, la première est bien sûr plus importante, puisque la réalité métaphysique universelle est là, mais elle doit être incarnée puisque nous sommes dans le monde de l'incarnation. La vraie Charia bien comprise permet d'incarner, dans le monde des formes, toutes ces réalités spirituelles.      
Tout le soufisme se joue donc dans la cherche permanente d'équilibre entre les aspects ésotériques et exotériques. 

Et l'amour divin est la nature même de leur croyance.

Pour les soufis, mais aussi pour l'islam bien compris, Dieu a créé le monde par amour. Sur ce point, les soufis ne se basent pas sur le Coran mais sur une autre parole divine, dans laquelle Dieu parle souvent à la première personne. Dans un des textes, il dit "j'étais un trésor caché et j'ai aimé être connu. Et c'est pour cela que j'ai créé le monde." Dieu crée le monde par amour pour que nous soyons un miroir, Dieu se mire en nous. Et l'être en réalité, sur le plan spirituel, c'est celui qui est assez transparent en lui-même, en son cœur, pour que Dieu se mire en lui.      
Cet amour est là, mais la plupart des Hommes cherchent à s'anesthésier, c'est-à-dire à vivre dans un état de conscience ordinaire, commun, même s'ils sont croyants parfois. On peut dire "moi je crois en un Dieu unique et puis après je me débrouille, je vis ma vie en ce monde. Les soufis non, il se lance un défi à chaque instant, rien n'est jamais acquis. Alors que le religieux peut se complaire dans une certaine hypocrisie, il est croyant certes, mais il y a une part d'hypocrisie dans sa vie personnelle. Le soufis ne peut pas faire ça, il est toujours dans la présence. 

Musique

  • Mtendeni Maulid Ensemble, Dahala 3 

Lectures :

  • Ibn 'Arabî, Les Chatons de la sagesse, XIIe-XIIIe siècle, trad. Eric Geoffroy, paru dans Le Point, hors-série novembre-décembre 2005.
  • Plotin, Ennéades, Traité VI, 1.

Extraits sonores :

  • Définition du soufisme par Henry Corbin, extrait de l'émission Entretiens avec, production Bernard-Maxime Latour, France Culture, 31/12/1971.
  • Mohamed Kahim , chantre de la confrérie qadiriya d'Alep, extrait de l'émission Les Vivants et les dieux , "Soufis d'Alep", réalisation Isabelle Yhuel, production Michel Cazenave, France Culture, 12/05/2001.
  • Poème de Djalal ad-Din Muhammad Rumi; lecture par Catherine Soulard extraite de l'émission Une Vie, une oeuvre , "Rumi, le saint des derviches-tourneurs", réalisation Jacques Taroni, production Hubert Juin, France Culture, 27/11/1986.
  • Najmuddin Kubra, soufiste persan du XIIIe siècle ; lecture par Catherine Matéli extraite de l'émission Les Vivants et les dieux , "Le soufisme et les éblouissements de la beauté", réalisation Isabelle Yhuel, production Michel Cazenave, France Culture, 19/12/2001.

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Nicolas Berger, Michel-Ange Vinti

Lectures : Georges Claisse

Sartre, un rationaliste romantique
Sartre, un rationaliste romantique Crédits : Radio France

Aujourd'hui deuxième temps de notre semaine consacrée au Coran, en partenariat avec le Hors série de Philosophie magazine.

HS philomag Coran
HS philomag Coran
Intervenants
  • Islamologue arabisant à l’université de Strasbourg, spécialiste du soufisme
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