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"Les diplomates" par Baptiste Morizot

52 min
À retrouver dans l'émission

Des loups en diplomates, c'est le pari fou de Baptiste Morizot !

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. Crédits : Gary Kramer

ls se rendent invisibles, mais ils sont bien là, ils rodent autour de nos maisons, dans nos forêts et dans nos montagnes... Mais les loups sont-ils les "grands méchants" que notre imagination a construite ? Ni éradication ni sacralisation, comment imaginer un autre récit avec eux ? Comment cohabiter avec eux, et plus largement, avec les vivants, avec la nature et ce qu'elle a de sauvage ? Et comment revoir, grâce à eux, notre conception du partage ?

Le texte du jour

« Un hurlement surgi des profondeurs résonne entre les parois rocheuses, dévale la montagne et s’évanouit dans le noir. C’est un cri de douleur primitive, plein de défi, et plein de mépris pour toutes les adversités du monde. Chaque être vivant (et bien des morts aussi, peut-être) prête l’oreille à cet appel. (…) Pourtant, (…) seule la montagne a vécu assez longtemps pour écouter objectivement le hurlement du loup. Ceux qui sont incapables d’en déchiffrer le sens caché ne peuvent cependant en ignorer la présence, car on la sent partout, et elle suffit à distinguer un territoire à loups de n’importe quel autre territoire. Cette présence résonne dans la moelle de ceux qui entendent les loups dans la nuit, ou scrutent leurs traces pendant le jour. Même si on ne les entend pas, même si on ne les voit jamais, leur présence est sous-entendue par mille petits incidents : le hennissement nocturne d’un cheval de bât, un éboulis de pierres, un cerf qui s’enfuit en bondissant, la position des ombres sous les épicéas. Seul un irréductible novice peut ne pas sentir la présence ou l’absence des loups, ou le fait que les montagnes ont une opinion secrète à leur sujet. Ma propre conviction sur ce chapitre remonte au jour où j’ai vu mourir une louve. (…) En ce temps-là, nous n’avions jamais entendu parler de la possibilité de ne pas tuer un loup si l’occasion s’en présentait. (…) Quand nous eûmes vidé nos chargeurs, la vieille louve était à terre, et un louveteau se traînait vers le sanctuaire des éboulis. Nous atteignîmes la louve à temps pour voir une flamme verte s’éteindre dans ses yeux. Je compris alors, et pour toujours, qu’il y avait dans ces yeux-là quelque chose de neuf que j’ignorais – quelque chose que la montagne et elle étaient seules à connaître. J’étais jeune à l’époque, et toujours le doigt sur la gâchette ; pour moi, à partir du moment où moins de loups signifiait plus de cerfs, pas de loups signifierait à l’évidence paradis des chasseurs. Après avoir vu mourir la flamme verte, je sentis que la louve pas plus que la montagne ne partageaient ce point de vue. »

Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables (1949), « Penser comme une montagne »

Extrait

- Starship Troopers, Film de Paul Verhoeven (1997)

Lectures

- Jean de La Fontaine, « Le loup et les bergers », in Fables, Livre X (1678-1679), fable 5

- Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables (1949), « Penser comme une montagne », p.168-170, traduit de l’américain par Anna Gibson (GF Flammarion 2000).

Références musicales

- Prokofiev, Pierre et le loup (avec la voix de Claude Piéplu)

- Les têtes raides, Dans la gueule du loup

- Radiohead, A wolf at the door

Baptiste Morizot
Baptiste Morizot Crédits : MC - Radio France

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Chroniques

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Bibliographie

Intervenants
  • écrivain, philosophe et pisteur, maître de conférences à l’Université Aix-Marseille.
L'équipe
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Production déléguée
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