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Lucrèce- De natura rerum
Épisode 3 :

Le clinamen, des atomes en liberté

51 min
À retrouver dans l'émission

Quand les atomes dévient de leur trajectoire...

Lucrèce- De natura rerum
Lucrèce- De natura rerum

"D'où vient cette liberté accordée sur terre à tout ce qui respire, d'où vient, dis-je, cette volonté arrachée aux destins, qui nous fait aller partout où le plaisir entraîne chacun de nous, et, comme les atomes, nous permet de changer de direction ?", demande Lucrèce dans son poème De la nature.Réponse aujourd'hui avec Jean Salem, qui nous parle du clinamen - cette légère déviation des atomes hors de la trajectoire rectiligne qui est la leur, et qui introduit l'indétermination dans l'univers de la nécessité.

Le texte du jour

"[…] Il est un fait que nous désirons te faire connaître : dans la chute en ligne droite qui emporte les atomes à travers le vide, en vertu de leur poids propre, ceux-ci, à un moment indéterminé, en un endroit indéterminé, s’écartent tant soit peu de la verticale, juste assez pour que l’on puisse dire que leur mouvement se trouve modifié. Sans cette déclinaison, tous, comme des gouttes de pluie, tomberaient de haut en bas à travers les profondeurs du vide ; entre eux nulle collision n’aurait pu naître, nul choc se produire ; et jamais la nature n’eut rien créé.

Que si l’on va croire que les atomes plus lourds peuvent, grâce à la vitesse plus grande qui les emporterait verticalement à travers le vide, tomber d’en haut sur les plus légers, et produire ainsi des chocs capables de provoquer des mouvements créateurs, on s’écarte et se fourvoie bien loin de la vérité. Sans doute tous les corps qui tombent à travers l’eau ou le fluide rare de l’air doivent accélérer leur chute à proportion de leur pesanteur ; car les éléments de l’eau et la nature de l’air subtil ne peuvent retarder également tous les corps, et cèdent plus vite à la pression victorieuse des plus pesants. Mais pour le vide, en aucun lieu, aucun temps il ne saurait se trouver sous aucun corps, sans continuer de lui céder, comme l’exige sa nature. Aussi tous les atomes, emportés à travers le vide inerte, doivent se mouvoir avec une égale vitesse malgré l’inégalité de leur poids. Les plus lourds ne pourront donc jamais se précipiter d’en haut sur les plus légers, ni engendrer par eux-mêmes les chocs qui déterminent les mouvements divers que le nature emploie pour accomplir sa tâche.

Aussi, je le répète encore, il faut que les atomes s’écartent un peu de la verticale ; mais à peine et le moins possible, que nous n’ayons pas l’air d’imaginer des mouvements que réfuterait la réalité. "

Lucrèce, De la nature, II

Lecture

- Lucrèce, De la nature, II, vers 114-141, trad. Alfred Ernout (Les Belles Lettres, 2009), pp. 93-95

- Lucrèce, De la nature, II, 216-250, trad. Alfred Ernout (Les Belles Lettres, 2009), pp.101-102

- Lucrèce, De la nature, II, 251-293, trad. Alfred Ernout (Les Belles Lettres, 2009), pp.103-107

Références musicales

- Stars Of The Lid ,The Atomium part 1

- Gridlock, Atomontage

- Paul Braffort, Le petit atome

- Such Great Heights, The Postal Service

Jean Salem
Jean Salem Crédits : MC - Radio France

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Intervenants
  • Professeur d'Histoire de la Philosophie à l'Université Paris 1 / Panthéon-Sorbonne
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