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"Saint Jérôme écrivant", une vanité du Caravage (1606).
Épisode 1 :

La mort

50 min
À retrouver dans l'émission

Montaigne nous parlait de la mort sans tristesse ni angoisse, mais en nous parlant de la vie. Le professeur Jean-Yves Pouilloux nous éclaire sur le chapitre des Essais intitulé "Que philosopher c'est apprendre à mourir".

"Saint Jérôme écrivant", une vanité du Caravage (1606).
"Saint Jérôme écrivant", une vanité du Caravage (1606). Crédits : Araldo De Luca - Getty

Montaigne est un philosophe du présent. Parler de la mort avec lui, ce n'est pas tant parler de la fin de la vie que de la vie tout entière :

Nous troublons la vie par le souci de la mort, et la mort par le souci de la vie. L'une nous cause du regret, l'autre nous effraie. Ce n'est pas contre la mort que nous nous préparons, c'est une chose trop momentanée : un quart d'heure de souffrance passive sans conséquence, sans dommage, ne mérite pas des préceptes particuliers. À dire vrai, nous nous préparons contre les préparations à la mort.                
(Montaigne, Essais, Livre III, Chapitre XII)

La philosophie nous ordonne d'avoir la mort toujours présente devant les yeux, de la prévoir et de la considérer avant le temps où elle viendra, et elle nous donne ensuite les règles et les précautions pour pouvoir pourvoir à ce que cette prévoyance et cette pensée ne nous blessent pas. Ainsi font les médecins qui nous jettent dans les maladies afin qu'ils aient des sujets sur lesquels ils puissent employer leurs drogues et exercer leur art. Si nous n'avons pas su vivre, c'est une injustice de nous apprendre à mourir et de donner à la fin une forme différente de son tout. Si nous avons su vivre avec constance et tranquillité, nous saurons mourir de même. Les philosophes se vanteront à ce sujet tant qu'il leur plaira, mais il me semble que la mort est bien le bout, non pas pour autant le but de la vie. C'est sa fin, son extrémité, non pas pour autant son objet.                    
(Montaigne, Essais, Livre III, Chapitre XII)

Dans le chapitre XIX des Essais, intitulé "Qu'il ne faut juger de notre bonheur qu’après la mort", Montaigne nous enseigne qu'on ne peut juger du bonheur d'un homme qu'au terme de sa dernière minute de vie : "Le jour de la mort est le maître jour, c'est le jour juge de tous les autres." Aussi, peu importe de vivre peu ou longtemps, seule compte la manière dont on mène notre vie :

L'utilité du vivre n'est pas dans l'espace de temps, elle est dans l'usage. Tel a vécu longtemps qui a peu vécu. Il dépend de votre volonté, non du nombre des ans que vous ayez assez vécu.            
(Montaigne, Essais, Livre I, Chapitre XIX)

Mais comment alors se préparer à la mort si seule la dernière minute compte ? Faut-il se divertir, ou avoir constamment la mort sous les yeux ? Selon Jean-Yves Pouilloux, auteur du Que Sais-je ? sur Montaigne, le philosophe prône plutôt la deuxième solution : pour aimer la vie, il ne faut pas craindre la mort, et oser l'affronter. C'est là la clé d'une vie libre et heureuse :

Tiens pour ton dernier jour chaque jour qui luit pour toi et tu béniras la faveur de l'heure inespérée. Il est incertain où la mort nous attende, attendons la partout. La préméditation de la mort est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir, il a désappris à être un esclave.                
(Montaigne, Essais, Livre I, Chapitre XX)

C'est grâce à la philosophie que nous pouvons effectuer cette réflexion sur la mort, et donc nous affranchir de l'angoisse qu'elle pourrait susciter en nous. D'après Jean-Yves Pouilloux, Montaigne s'inspire ici de Cicéron, pour qui philosopher n'est pas autre chose que s'apprêter à la mort. Le professeur de littérature commente ainsi :

C'est parce que l'étude et la contemplation retirent quelque peu notre âme hors de nous et l'occupent à part du corps, ce qui est une sorte d'apprentissage ou de ressemblance de la mort ; ou bien c'est que toute la sagesse et tous les raisonnements du monde ont ce point d'aboutissement : nous apprendre à ne point craindre de mourir.

À vos livres, donc : philosophons et vivons sans peur !

Par Raphaël Enthoven. Réalisé par Cédric Aussir. Prise de son : Jacques Vinson. 

Lectures :

  • Montaigne, Essais, Livre III, Chapitre XII
  • Montaigne, Essais, Livre I, Chapitre XX (par Michel Piccoli)

Extrait audio : Sacha Guitry parlant du rapport des Hommes à la mort.

Musique : Danse macabre, Liszt. 

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