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Portrait de Michel de Montaigne (1533-1592).
Épisode 5 :

L'expérience

50 min
À retrouver dans l'émission

Frédéric Brahami vous parle de l'expérience, qui constitue le sujet du dernier des chapitres des Essais, le plus long mais peut-être aussi le plus léger.

Portrait de Michel de Montaigne (1533-1592).
Portrait de Michel de Montaigne (1533-1592). Crédits : ullstein bild Dtl. - Getty

L'expérience chez Montaigne ne nous sert qu'à prendre la mesure de notre insuffisance :

Celui qui se souvient de s'être trompé tant et tant de fois selon son propre jugement, n'est-il pas un sot de ne pas se mettre à s'en défier pour toujours ? Quand je me trouve convaincu par le raisonnement d'autrui d'avoir une opinion fausse, je n'apprends pas tant ce qu'il m'a dit de nouveau, et le point particulier que j'ignorais - ce serait peu de profit -, que j'apprends d'une façon générale ma faiblesse et la trahison de mon intelligence. De là je tire l'amendement de toute la masse.                            
Dans toutes mes autres erreurs, je fais de même, et je sens que cette règle est d'une grande utilité pour la vie. Je ne regarde pas l'espèce et l'individu comme une pierre qui m'a fait trébucher, j’apprends à me méfier de mon allure partout, et je m'applique à la régler. Apprendre que l'on a dit ou fait une sottise, cela n'est rien, il faut plutôt apprendre que l'on n'est qu'un sot, instruction bien plus ample et plus importante. 

Le professeur Frédéric Brahami insiste sur le caractère très anti-cartésien de cette conception montaignienne de l'expérience. En effet, pour Descartes prévaut la règle d'évidence : nous devons tenir pour vrai ce qui est évident, c'est-à-dire clair et distinct. Montaigne a une autre méthode, qui ne conduit pas tant au vrai qu'elle permet de se méfier justement des évidences. Pour lui, le sot est précisément celui qui s'en tient aux évidences et croit savoir en s'appuyant sur elles. Il faut au contraire être conscient que nous n'avons jamais accès qu'à la surface des choses, comme l'explique ici Frédéric Brahami :

Notre accès à l'être n'est jamais en réalité qu'un accès à des fantasia, à des représentations. La bêtise consiste à ignorer que ces représentations ne sont que des projections de l'esprit, et à les prendre au sérieux. 

Ainsi, la connaissance chez Montaigne passe par le refus du "moi", de tout ce que mon identité dépose sur la réalité. Il faut pour connaître réussir à se déposséder de soi-même. Aussi Montaigne est-il pour une constante remise en cause de soi, mais jamais du monde, comme le souligne Frédéric Brahami :

Montaigne est quelqu'un qui a une position vis-à-vis de sa propre vie extrêmement exigeante. Vous ne trouverez rien chez lui qui ressemble à une excuse. Il estime que nous sommes responsables de nos réussites comme de nos échecs. 

En même temps, il existe aussi une sorte de dolorisme montaignien. Non pas un goût de la douleur, mais une école de la douleur, que le philosophe décrit comme la "certaine science". Frédéric Brahami rappelle ainsi que le corps est pour Montaigne la matière de la connaissance :

Le corps est l'occasion de développer l'acuité de la conscience que nous avons de notre rapport au monde. 

Le professeur nous éclaire ainsi sur la conception complexe de l'expérience de Montaigne, entre scepticisme et empirisme. 

Par Raphaël Enthoven. Réalisé par Daniel Finot. 

Lectures : Montaigne, Essais, Livre III, Chapitre XIII.

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