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Image extraite du film "Les chariots de feu"

"Philosophie de l’effort" d'Isabelle Queval

52 min
À retrouver dans l'émission

Comment penser l'effort aujourd'hui? De quel effort parle-t-on? Le bonheur n'est-il accessible que dans le dépassement de soi? Des questions qu'explore notre invitée, la philosophe Isabelle Queval.

Image extraite du film "Les chariots de feu"
Image extraite du film "Les chariots de feu" Crédits : Sipa

Fais des efforts… Encore un effort… La réussite est une affaire de mérite : on n'a rien sans efforts… Voici des phrases que vous avez sûrement déjà entendues (et peut-être même prononcées !) Mais à qui profite ces efforts que nous faisons ? Le mérite est-il vraiment une affaire d'efforts ? Et surtout, pourquoi l'effort se déploierait-il toujours dans la douleur ?

Le texte du jour

« Quand le boucher du prince Wen-houei dépeçait un bœuf, ses mains empoignaient l’animal ; il le poussait de l’épaule et, les pieds rivés au sol, il le maintenait des genoux. Il enfonçait son couteau avec un tel rythme musical qui rejoignait parfaitement celui des célèbres musiques qu’on jouait pendant la « danse du bosquet des mûriers » et le « rendez-vous de têtes au plumage ».

- "Eh ! lui dit le prince Wen-houei, comment ton art peut-il atteindre un tel degré ?"

Le boucher déposa son couteau et dit : "J’aime le Tao et ainsi je progresse dans mon art. Au début de ma carrière, je ne voyais que le bœuf. Après trois ans d'exercice, je ne voyais plus le bœuf. Maintenant c’est mon esprit qui opère plus que mes yeux. Mes sens n’agissent plus, mais seulement mon esprit. Je connais la conformation naturelle du bœuf et ne m’attaque qu’aux interstices. Je ne détériore pas les veines, les artères, les muscles et les nerfs, à plus forte raison les grands os ! Un bon boucher use un couteau par an parce qu'il ne découpe que la chair. Un boucher ordinaire use un couteau par mois parce qu’il le brise sur les os. Le même couteau m’a servi depuis dix-neuf ans. Il a dépecé plusieurs milliers de bœufs et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. A vrai dire, les jointures des os contiennent des interstices et le tranchant du couteau n’a pas d’épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince dans ces interstices manie son couteau avec aisance parce qu’il opère à travers les endroits vides. C’est pourquoi je me suis servi de mon couteau depuis dix-neuf ans et son tranchant parait toujours comme s’il était aiguisé de neuf. Chaque fois que j’ai à découper les jointures des os, je remarque les difficultés particulières à résoudre, et je retiens mon haleine, fixe mes regards et opère lentement. Je manie très doucement mon couteau et les jointures se séparent aussi aisément qu’on dépose de la terre sur le sol. Je retire mon couteau et me relève ; je regarde de tous côtés et me divertis ici et là ; je remets alors mon couteau en bon état et le rentre dans son étui."

- "Très bien, dit le prince Wen-houei. Après avoir entendu les paroles du boucher, je saisis l’art de me conserver." »

Tchouang Tseu, Œuvre complète, « Connaissance de l’Orient », Gallimard, 1969, p. 46

Extraits

- Les Sous-doués, film de Claude Zidi, 1980

- Oblomov (source : Société des Comédiens Français, France culture, 03/01/1982)

- Le plus beau des combats, film de Boaz Yakin, 2000

Références musicales

- BOF Les chariots de feu

- Ignaz Brull, Feuillets d’album pour la jeunesse

- Générique de l’émission « Gym tonic »

- Xun Chen Zhong, Vent du printemps

Isabelle Queval
Isabelle Queval Crédits : MC - Radio France

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Bibliographie

Philosophie de l'effortIsabelle Quevaléditions nouvelles Cécile Defaut, 2016

Intervenants
  • philosophe, professeure à l’INSHEA et ancienne sportive de haut-niveau
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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