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Une scène du film "Vol au dessus d'un nid de coucou"
Épisode 3 :

L'Anti-Oedipe de Deleuze et Guattari

51 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui, avec Florent Gabarron-Garcia, lisez l'Anti-Oedipe de Deleuze et Guattari comme un chapitre supplémentaire de L'Histoire de la Folie de Foucault.

Une scène du film "Vol au dessus d'un nid de coucou"
Une scène du film "Vol au dessus d'un nid de coucou" Crédits : NANA PRODUCTIONS - Sipa

Par delà la critique de l'internement, de la psychiatrie asilaire, de la psychanalyse, comment continuer à penser la pratique clinique ? De la clinique de La Borde à la schizo-analyse de Deleuze et Guattari, l'enjeu de la folie se trouve à l'articulation de la clinique et de la politique : c'est que le schizophrène résiste à l'oedipianisation forcée, et qu'il oblige à concevoir un inconscient immédiatement branché sur le social. S'ouvre alors le problème d'une redéfinition complète de la pratique thérapeutique.

Le texte du jour

« Peut-être qu’un jour, on ne saura plus bien ce qu’a pu être la folie. Sa figure se sera refermée sur elle-même ne permettant plus de déchiffrer les traces qu’elle aura laissées. Ces traces elles-mêmes seront-elles autre chose, pour un regard ignorant, que de simples marques noires ? Tout au plus feront-elles parties de configurations que nous autres maintenant ne saurions pas dessiner, mais qui seront dans l’avenir les grilles indispensables par où nous rendre lisibles, nous et notre culture. Artaud appartiendra au sol de notre langage, et non à sa rupture ; les névroses aux formes constitutives (et pas aux déviations) de notre société. Tout ce que nous éprouvons aujourd’hui sur le mode de la limite, où de l’étrangeté, ou de l’insupportable, aura rejoint la sérénité du positif. Et ce qui pour nous désigne actuellement cet Extérieur risque bien un jour de nous désigner, nous.

Restera seulement l’énigme de cette Extériorité. Quelle était donc, se demandera-t-on, cette étrange délimitation qui a joué depuis le fond du Moyen-Age jusqu’au XXe siècle et au-delà peut-être ? Pourquoi la culture occidentale a-t-elle rejeté du côté des confins cela même où elle aurait pu aussi bien se reconnaître – où de fait elle s’est elle-même reconnue de manière oblique ? Pourquoi a-t-elle formulée clairement depuis le XIXe siècle, mais aussi dès l’âge classique, que la folie c’était la vérité dénudée de l’homme, et l’avoir pourtant placée dans un espace neutralisé et pâle où elle était comme annulée ? Pourquoi avoir recueilli les paroles de Nerval ou d’Artaud, pourquoi s’être retrouvée en elles, et pas en eux ?

Ainsi se flétrira la vive image de la raison en feu. Le jeu bien familier de nous mirer à l’autre bout de nous-mêmes dans la folie, et de nous mettre à l’écoute des voix qui, venues de très loin, nous disent au plus près ce que nous sommes, ce jeu, avec ses règles, ses tactiques, ses inventions, ses ruses, ses illégalités tolérées, ne sera plus et pour toujours qu’un rituel complexe dont les significations auront été réduites en cendres. »

Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, (Gallimard, 1972) p.575

Extraits

- La Maison qui rend fou, Les 12 travaux d’Astérix, 1976

- Deleuze : la psychanalyse, « coup de génie et coup de gangster » (Atelier de la création radiophonique ,22 Octobre 1972)

- A la clinique La Borde, Guattari sur l’inconscient

Références musicales

- John Hassel, Map of dusk

- Max Richter, Kierling/Doubt

- Max Richter, In Louisville At 7

- Higelin, Tom Bonbadilom

Florent Gabarron-Garcia
Florent Gabarron-Garcia Crédits : MC - Radio France

Chroniques

10H50
2 min

Deux minutes papillon

" Postscript " de Gérard Genette
Intervenants
  • psychanalyste, chercheur associé en philosophie à l'université de Toulouse et membre de la revue Chimères fondée par Deleuze et Guattari
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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