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Jair Bolsonoro, le nouveau président du Brésil

Bolsonaro : une violence sur les corps brésiliens

3 min
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Le nouveau président brésilien, par sa rhétorique haineuse, réactive et légitime une violence qui fracture profondément la société brésilienne. Au-delà du discours, c'est aussi la promesse d'un tournant ultralibéral qui menace les Brésiliens, jusque dans leur intégrité physique.

Jair Bolsonoro, le nouveau président du Brésil
Jair Bolsonoro, le nouveau président du Brésil Crédits : Mauro PIMENTEL / AFP - AFP

Le candidat Jair Bolsonaro s’est fait connaître, notamment, par ses outrances sexistes, racistes et homophobes. Loin de l’accident langagier, ces déclarations participent d’une stratégie de l’outrance, d’une mise en verbe de la violence qui irrigue la société brésilienne. 

En réalité, Jair Bolsonaro incarne, personnifie même, une violence bien réelle qui s’apprête à fondre sur le Brésil et à affecter les Brésiliens, dans leurs corps, dans leur chair, au plus profond de leur intimité.

Une violence du verbe : la stratégie de l'outrance permanente

Il a ainsi multiplié les déclarations violentes et dégradantes à l’encontre des femmes. Lançant à une députée brésilienne qu’elle était trop laide pour qu’il la viole ou qualifiant sa fille de “moment de faiblesse”, après avoir eu ses quatre garçons. Il s’en est également pris aux homosexuels, ajoutant, toujours inspiré, qu’il préférait que son “fils meure dans un accident plutôt que de le voir apparaître avec un moustachu”.

Une violence univoque contre les minorités et les dominés d’un système blanc, violent et masculin dont il est l’incarnation absolue et qui agit comme une forme de validation, au plus haut de l'état, des violences quotidiennes dans les rues brésiliennes.

On connaît ainsi la puissance du langage et le pouvoir performatif d’un acharnement exprimé aussi ouvertement par un personnage qui dirige désormais la première puissance d’Amérique latine. Alors que le Brésil fut le dernier pays du monde à abolir l’esclavage et que les fractures sociales recoupent encore largement les fragmentations raciales, tenir de tels propos revient à encourager les passions tristes d’une société profondément divisée.

Des agressions qui se multiplient

Une violence qui commence d’ailleurs à se traduire dans la population. Avec la montée en puissance du candidat d’extrême droite, les agressions physiques et verbales se sont multipliées à l’encontre de ces marges détestées par un pouvoir et des militants qui leur promettent des temps de terreur à venir.

Lucas, etudiant noir et homosexuel, interrogé par France Info, explique ainsi, je cite, "dimanche il faudra rentrer plus tôt à la maison si Bolsonaro l’emporte. C’est triste à dire mais je dois restreindre ma liberté pour protéger ma vie”.

Une violence attisée par un ancien militaire qui n’hésite d’ailleurs pas à se faire le chantre de l’époque bénie où la dictature recourait librement à la torture pour punir les dissidents et les opposants au régime. Engagé dans une croisade pour la réhabilitation de la force comme mode de pouvoir, il a ainsi déclaré en 2016 que “l’erreur de la dictature avait été de torturer sans tuer.”

Mais il n’y a pas que les déclarations de Bolsonaro qui posent problème. Au-delà d’un discours savamment élaboré pour correspondre au fantasme de l’homme fort, c’est aussi le programme du nouveau président qui laisse augurer le pire en matière de contrôle et de violence envers les corps.

Des promesses de campagne qui affectent les plus pauvres, les plus faibles

Bolsonaro, qui entend sortir de l’accord de Paris, a également déclaré que sous sa présidence, “l’Indien n’aurait plus un centimètre de terre”. Il fait donc de l’Amazonie, plus grande forêt du monde, un bien comme les autres, vendu au plus offrant, dépecé hectare par hectare par les bulldozers de l’agrobusiness.

Les Indiens, qui peuplent ce territoire sont vus, quant à eux, comme une simple variable d’ajustement, renvoyés de fait à une citoyenneté de seconde zone, inféodées aux logiques néolibérales de captation des richesses de l’Amazonie.

Et ce sont les Brésiliens dans leur ensemble qui vont subir les conséquences de la politique de Bolsonaro. A l’exception des plus riches d’entre eux, qui ont d’ailleurs voté dans leur immense majorité pour le candidat d’extrême droite. Car Bolsonaro, qui avouait sans rougir ne rien comprendre à l’économie, a promis par ailleurs de restaurer au Brésil, un ultralibéralisme digne des Chicago Boys des années 1980.

Une politique économique de réduction drastique de la dette, de privatisation et de coupes sociales qui se fera aux dépens des plus pauvres, des plus précaires, de ceux qui avaient bénéficié des politiques sociales de l’ancien pouvoir et qui auront désormais à subir les violences économiques du nouveau régime.

Edouard Louis : remettre en évidence l’origine politique des corps brisés

Des politiques économiques dont les conséquences bien réelles, se manifestent dans l’usure des corps, la destruction des hommes. Comme le rappelle l’écrivain Edouard Louis dans son dernier ouvrage, il faut retracer le lien, remettre en évidence l’origine politique des corps brisés. 

En s’adressant à son père, victime de violences du même ordre, Edouard Louis écrit : “L’histoire de ta souffrance porte des noms. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique.”

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