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Statue d'Adam Smith devant la cathédrale St Giles Cathedral, à Edimbourg

Des nouvelles d'Adam Smith

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Statue d'Adam Smith devant la cathédrale St Giles Cathedral, à Edimbourg
Statue d'Adam Smith devant la cathédrale St Giles Cathedral, à Edimbourg Crédits : Getty

Près de 230 ans après la mort d’Adam Smith, on ne peut que s’interroger sur la réaction qu’aurait eu l’économiste écossais face aux velléités d’indépendance de son cher pays. Comme on a pu le voir, l’auteur de la Théorie des sentiments moraux était en effet un fier partisan d’une plus grande liberté politique et économique de l’Angleterre vis à vis de la couronne d’Angleterre. 

Or le plébiscite écossais en faveur de l’Union européenne pourrait bien aujourd’hui changer la donne. Alors que les Anglais se sont prononcés à plus de 53% en faveur du Brexit, ce sont 63% des Ecossais qui ont voté pour rester au sein de l’Union européenne. Un résultat périlleux pour Royaume-Uni puisqu’il ne fait que souligner les profondes dissensions qui existent toujours au sein du Royaume de sa majesté. 

Des différends dont les indépendantistes écossais entendent bien tirer parti. Le Parlement écossais a ainsi voté en mars dernier en faveur d’un nouveau référendum sur son indépendance vis à vis du Royaume-Uni. Un projet porté par le Parti national écossais, dont est issue la Première ministre, Nicola Sturgeon. 

Mais cette nouvelle consultation devait être validée par le gouvernement britannique et la Première ministre Theresa May, qui a opposé une fin de non-recevoir, expliquant qu’il faudrait attendre que le Brexit soit passé avant de redonner la paroles aux Ecossais. 

Une réponse inacceptable pour Nicola Sturgeon qui entendait profiter de cette dynamique pour obtenir son indépendance et rester dans l’Union européenne avant que le Brexit n’entre en vigueur. 

D’autant que la Première ministre écossaise s’estime lésée par les négociations en cours. A l’issue de la rencontre avec son homologue anglaise, Nicola Sturgeon a dénoncé les conséquences désastreuses du Brexit sur l’investissement et l’emploi en Ecosse. Elle estime ainsi que son pays serait désavantagé par un retrait du marché unique et de l’Union douanière. 

Elle dénonce également le fait que le projet de Brexit met en concurrence l’Ecosse et l’Irlande du Nord. Celle-ci serait en effet favorisée par un mécanisme de « filet de sécurité » visant à éviter le retour d’une frontière entre Dublin et Belfast. Il permettrait surtout à l’Irlande du Nord de rester dans les normes européennes jusqu’à ce qu’un accord définitif soit trouvé. L’Ecosse, elle, devrait brutalement suivre le Royaume-Uni dans sa sortie de l’Union. 

On ne pourra que relever l’ironie de voir les Irlandais se battre pour éviter que le Brexit ne trace une frontière au milieu de leur île, au moment où l’Ecosse tente de s’en servir pour se détacher de l’Angleterre. Mais dans les deux cas, l’Irlande du Nord et l’Ecosse jouent sur le ressentiment anti-britannique dans l’espoir de gagner une plus grande indépendance vis à vis de Westminster. 

En réalité, cette volonté d’indépendance de l’Ecosse est très ancienne et ne fait que ressurgir dans un moment historique qui lui est favorable. Il faut dire que les relations anglo-écossaises furent pour le moins tumultueuses, marquées depuis des siècles par les conflits de successions et les rancunes héréditaires. Des tumultes qui semblent s’apaiser au début du XVIIe siècle lorsque Jacques VI d’Ecosse, un Stuart, succède à Elisabeth d’Angleterre, restée sans héritiers. Pour autant, les deux royaumes restent indépendants et un siècle plus tard, l’Angleterre rejette son roi Stuart, catholique, pour le remplacer par un protestant. 

Cette décision ouvre une période particulièrement troublée où les partisans de l’ancien Roi, les fameux jacobites, tentent désespérément de remettre un Stuart sur le trône. Mais cette tentative s’achève dans le sang et la couronne d’Angleterre se venge en interdisant toutes les composantes de l’identité écossaise : le gaélique, le système clanique et le port du tartan sont proscrits. Le nom même d’Ecosse est prohibé : il faut désormais parler de « North of Britain ». 

Adam Smith, lui-même, prend alors parti contre l’impérialisme anglais et l’on ne peut que s’interroger, deux siècles et demi plus tard, sur la réaction qu’il aurait eue face à la perspective d’une Ecosse libre. 

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