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Portrait d'Ayn Rand par Oscar White

Des nouvelles d'Ayn Rand

3 min
À retrouver dans l'émission

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Portrait d'Ayn Rand par Oscar White
Portrait d'Ayn Rand par Oscar White Crédits : Getty

Ayn Rand connaît aujourd'hui une postérité multiple et protéiforme puisque si l’auteure de la Grève reste quasiment inconnue en France, elle atteint aux Etats-Unis une impressionnante renommée, notamment après sa mort. Ses ouvrages sont ainsi devenus des classiques, lus par des générations d’étudiants, et son visage lui-même s’est retrouvé téléporté dans des épisodes des Simpsons ou de South Park, piliers de la culture populaire américaine. 

Au-delà de ces apparitions, révélatrices mais néanmoins anecdotiques, elle est aujourd’hui perçue aux Etats-Unis comme l’une des principales intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle et rayonne bien au-delà des cercles libertariens auxquels on tente souvent de la réduire avec un peu de facilité. 

Atlas Shrugged, son livre principal a même été classé par la Bibliothèque du Congrès comme l’ouvrage le plus influent aux Etats-Unis… derrière la bible. Pas certain que ce classement l’eût vraiment ravi, elle qui professait dès 13 ans un athéisme résolu. 

Certains voient même en elle la prophétesse du déclin irrémédiable de l’Amérique. Des lecteurs contemporains n’hésitent pas à voir dans la description apocalyptique de la ville de Starnesville, dans Atlas Shrugged, le destin prophétique d’une ville comme Detroit. 

Ayn Rand écrit ainsi : « Les bâtiments vides étaient en ruines, ils avaient été mangés, non par le temps, mais par les hommes : des planches arrachées au hasard, des tuiles manquantes, des trous laissés dans des caves brûlées. [...] Au delà de la ville, sur une colline éloignée, se tenait l’usine de la Twenty Century Fox Motor Company. Ses murs, toits et cheminées semblaient solides, impénétrables comme une forteresse. L’usine paraissait intacte, à l’exception d’une citerne argentée, renversée sur le côté ». 

Difficile, donc, de ne pas voir dans cette vision hallucinée de Starnesville, la version alternative d’une ville comme Detroit, avec son industrie automobile, jadis prospère, et démolie par la crise financière de 2008, entraînant l’exil de centaines de milliers de ses habitants. 

Certains poussent même l’analyse libérale jusqu’à voir dans cette faillite pourtant manifeste du laisser-faire capitaliste, la banqueroute d’une ville nécrosée par la dette et la toute puissance des syndicats. En clair, trop de place laissée à l'État et aux corps intermédiaires. Bien loin du sacro-saint égoïsme rationnel prôné par Ayn Rand. 

Un égoïsme rationnel qui a également d’ailleurs eu une incidence profonde sur l’économie américaine. C'est ce que l’on peut effectivement postuler quand on sait que l’un des principaux thuriféraires de la pensée randienne n’est autre que l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, le très libéral Alan Greenspan. 

Celui-qui professait dès sa prime jeunesse une admiration sans borne pour l'instigatrice de l’objectivisme, fut l’un des premiers membres de The Collective, ce groupe de proches d’Ayn Rand qui se réunissait  dans les années 1550 et 1960 au domicile de la philosophe pour refaire le monde en bonne compagnie. 

Celui-ci évoquera plus tard, le souvenir ému de ses conversations avec Ayn Rand, comme des moments de profonde émulation intellectuelle, des « parties d’échec où il se retrouvait, je cite, immanquablement échec et mac » face aux fulgurances de la philosophe.

Le futur économiste retiendra surtout de ses longues conversations avec Ayn Rand, l’impératif absolu de liberté et les vertus d’un égoïsme bien ordonné. Préceptes qui guideront son action pendant les vingt ans qu’il passe à la tête de la Fed et durant lesquels il ne cessera d’accompagner et de militer pour une plus grande dérégulation financière. Une action inspirée qui aboutira, comme on le sait, à la plus grande crise économique survenue aux Etats-Unis depuis 1929.

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