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La statue de Colbert devant le Palais Bourbon

Des nouvelles de Jean-Baptiste Colbert

3 min
À retrouver dans l'émission

On trouve aujourd’hui l’un des meilleurs exemples du colbertisme d’Etat en Chine.

La statue de Colbert devant le Palais Bourbon
La statue de Colbert devant le Palais Bourbon Crédits : Getty

Comme nous avons pu le voir au cours de cette émission, on trouve aujourd’hui l’un des meilleurs exemples du colbertisme d’Etat en Chine. Le pays a en effet opéré un tournant historique avec l’arrivée au pouvoir de Den Xiaoping, à la fin des années 1990, et la volonté renouvelée de grands plans de développement stratégiques, alliés à un protectionnisme offensif.

Une stratégie politique de reconquête économique qui s’est manifestée dans de nombreux domaines industriels par une promotion de la recherche publique, transférée vers les acteurs industriels, ainsi que par une stratégie nationale de commande publique visant à permettre l’émergence de nouveaux champions nationaux.

L'Etat chinois a également mis en œuvre une stratégie de partenariats et de rachat des industriels étrangers. A l’image d’un Colbert qui avait su se tourner vers les meilleurs artisans et fabricants d’Europe pour constituer ses puissantes manufactures, l'Etat chinois a appliqué une politique de collaboration et de captation des technologies étrangères afin de nourrir son rattrapage économique.

Cette politique de verrouillage industriel s’est particulièrement illustrée dans le secteur automobile. Ainsi la plus importante décision prise par le pouvoir chinois a été d’imposer à tout constructeur étranger souhaitant s’implanter en Chine de le faire via une coentreprise avec une société chinoise.

Ainsi, l’Etat chinois s’assurait qu’aucun industriel étranger ne pourrait venir se servir de son impressionnante capacité manufacturière sans en tirer profit dans le même temps. Par ailleurs, ces contrats d’association industrielle prévoient bien souvent une clause de transfert de technologie qui permet par la suite aux entreprises chinoises de capitaliser sur ces partenariats stratégiques.

Le pays a ainsi développé le concept fondamental de « ré-innovation ». Un procédé extrêmement favorable à ces transferts des technologies occidentales, puisque cette « perle d’inventivité » pour reprendre le terme chinois, permet de déposer des brevets à partir d’inventions étrangères, modifiées, transformées, même à la marge.

Enfin cette stratégie s’est concrétisée par une multiplication des mariages et des rachats de constructeurs étrangers. Dès 1985, Volkswagen opère un rapprochement avec le numéro un chinois, Shanghai Automative Industry Corporation ou SAIC, avant que ces derniers ne s’unissent avec les concurrents américains de General Motors.

En 2004 SAIC achète ainsi les constructeurs coréens Ssangyong alors en faillite, avant de racheter en 2007 les brevets et la marque britannique MG Rover, avant de relancer la production de copies conformes, rebaptisées pour l’occasion Roewe et exportées jusqu’en Grande-Bretagne.

On se rappelle ainsi de l’émoi provoqué par l’entrée du constructeur Dongfeng au capital de PSA en 2014. Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif se faisait le chantre du Made in France et d’un colbertisme à la française. Quelques mois plus tôt les industriels chinois avaient déjà signé un accord de coentreprise avec le groupe Renault, débouchant sur l’ouverture d’une usine en Chine.

Le cas de Dongfeng est d’ailleurs particulièrement éclairant pour comprendre cette stratégie de profonde transformation de l’industrie chinoise. L’entreprise naît en pleine révolution culturelle, alors que Mao Zedong, craignant une attaque soviétique, décide de rapatrier les industries lourdes vers le cœur du pays, et notamment vers la ville de Wuhan. Dongfeng est alors spécialisée dans la construction de bus et de camions, dont la révolution a besoin.

Le constructeur bénéficie aussi de solides appuis au sein du parti communiste et du gouvernement, qui poussent au développement et à la transformation de l’entreprise, ainsi qu’à la croissance du marché automobile, avec les ravages en matière de pollution que l’on connaît.

C’est aujourd’hui à Wuhan que Dongfeng et Renault ont ouvert leur première usine. Une usine largement dévolue à la production de véhicules électriques, une adaptation logique, colbertiste presque, aux ambitions économiques et écologiques de la Chine.

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