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John Stuart Mill, au bord de la Tamise

Des nouvelles de John Stuart Mill

3 min
À retrouver dans l'émission

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John Stuart Mill, au bord de la Tamise
John Stuart Mill, au bord de la Tamise Crédits : Getty

150 ans après la sortie de son célèbre ouvrage, De l'assujettissement des femmes, il était intéressant de revenir sur la pertinence et l’avancée des thèses défendues alors par Mill. Car non content de pourfendre l’asservissement des femmes, l’auteur anglais explique cette injustice par une volonté de la part des hommes de maintenir leur domination, en particulier sur le marché du travail. 

L’auteur nous interroge ainsi avec verve dans son ouvrage en interrogeant : « Y a-t-il un si grand excès d’hommes propres aux hautes fonctions, que la société soit en droit de rejeter les services d’une personne compétente ? Sommes-nous si assurés d’avoir toujours un homme sous la main pour toutes les fonctions sociales importantes, que nous n’ayons rien à perdre à frapper d’incapacité la moitié de l’espèce humaine ? ».  

Un siècle et demi plus tard, les femmes ne sont plus écartées aussi directement du marché du travail. Les mécanismes de domination et d’exclusion s’expriment par des pratiques et des méthodes bien plus insidieuses. Ainsi en 2008, les femmes ne représentent que 7% des équipes dirigeantes des entreprises. Et bien sûr les écarts de salaire se perpétuent jusque dans la fonction publique qui enregistre un écart moyen de 18% entre hommes et femmes. 

Des différences de traitement qui sont tout de même de plus en plus médiatisées. Depuis trente ans, les études et les politiques publiques se multiplient pour mettre un terme à cette injustice de traitement. Le gouvernement actuel a même fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause de son quinquennat. 

Pourtant les chiffres de l’inégalité salariale ont stagné au cours des quinze dernières années. Après une impressionnante remontée de 1950 à l’aube des années 2000, le rattrapage moyen des salaires semble désormais à l’arrêt. 

Il faut dire qu’après une hausse mécanique provoquée par l’augmentation du nombre de femmes sur le marché de l’emploi ainsi que par l’élévation du niveau de scolarisation des filles, les évolutions sont désormais d’ordre politique. Il faudrait désormais une politique volontariste d’augmentation des salaires féminins jusqu’à rattrapage parfait de leurs homologues masculins. Autant dire que c’est autrement plus difficile. 

La situation pourrait cependant évoluer grâce à des études qui pointent explicitement le coût économique des discriminations entre les femmes et les hommes. On a vu fleurir ces dernières années les études et les travaux visant à démontrer la nécessité économique de traiter égaler les femmes et les hommes. A gauche comme chez certains libéraux, on développe cet argument afin de convaincre les entreprises -agents économiques rationnels- de leur intérêt objectif à mettre en oeuvre de telles mesures. 

Si ce type de discours peut sembler louable puisqu’il concourt à favoriser l’égalité entre hommes et femmes, il pose néanmoins problème sur plusieurs aspects. Tout d’abord parce que nombre de ces études s’appuient sur l’idée selon laquelle la présence de femmes dans l’entreprise aurait un effet bénéfique sur ses résultats. Cela équivaut pour l’économiste Hélène Périvier à une forme de perpétuation d’un sexisme bienveillant. Les femmes étant vues comme apportant des compétences ou qualités spécifiques. On n’est d’ailleurs plus très loin des intuitions et principes soi disant « innés » dénoncés par Mill il y a un siècle et demi.

Mais c’est surtout le fait de justifier l’égalité de traitement par des logiques économiques qui pose problème. Pour reprendre les termes du sociologue Geoffroy de Lagasnerie, « c’est la performance économique et sociale qui justifie l’inclusion des différents sexués ». En réalité, cela révèle une soumission des logiques d’émancipation à des impératifs de profits et de croissance. Une logique ancienne qui peut néanmoins s’avérer à double-tranchant. Que se passerait-il le jour où une étude prouverait le rôle économiquement négatif des femmes dans l’entreprise ?

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