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Manifestation le 30 décembre 2019 devant une banque à Beyrouth pour protester contre la limite aux retraits et transferts à l'étranger en dollars imposée par le gouverenement

2019 : révolte mondiale des classes moyennes

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Cette année 2019 a été marquée par une vague de contestations diverse de l'Amérique Latine jusqu'au Moyen Orient. Ces mouvements divers révèlent tous la colère d'une « classe moyenne » fragilisée et désenchantée, voire acculée ?

Manifestation le 30 décembre 2019 devant une banque à Beyrouth pour protester contre la limite aux retraits et transferts à l'étranger en dollars imposée par le gouverenement
Manifestation le 30 décembre 2019 devant une banque à Beyrouth pour protester contre la limite aux retraits et transferts à l'étranger en dollars imposée par le gouverenement Crédits : Mahmoud Zayyat - AFP

Soudan, Algérie, Argentine, Equateur, Liban, Chili en octobre et Iran en novembre : dans tous ces pays en 2019, des manifestations massives ont fait trembler les autorités. Ces mouvements divers et spontanés ont en commun de révéler les attentes de nouveaux acteurs : la jeunesse, et plus largement des populations non pas pauvres, mais économiquement fragilisées. 

« Réveil des classes moyennes » comme le titrait Marianne, dans ces pays autrefois « émergents » ? Dans trois d'entre eux au moins, la population sortie dans la rue n'est pas « la fameuse armée de réserve du Lumpenproletariat » explique le journal dans son style lapidaire : des jeunes, femmes et hommes, chômeurs ou sous employés, généralement plutôt connectés, déguisés ou non en superhéros, et défilant avec les « corps constitués », enseignants, médecins, magistrats... 

Des facteurs déclencheurs économiques précisément identifiables... 

Dans chacun de ces cas, l'étincelle a été déclenchée par des mesures politiques qui touchent directement au pouvoir d'achat des populations. C'est ce qui frappe quand on regarde de près les événements : le triplement du prix du pain au Soudan, la fin des subventions à l'essence en Equateur, le refus du président Macri d'augmenter les aides alimentaires en Argentine, et surtout en la taxe WhatsApp au Liban et l'augmentation du prix du ticket de métro au Chili. 

Ce sont objectivement des mesures anodines (5,7 € par mois pour la taxe Whatsapp au Liban et 30 pesos de hausse pour le ticket de métro au Chili en heures de pointe) ; mais elles interviennent dans un contexte d'hyperinflation et de paupérisation croissante. 

Certains de ces pays engagés dans des plans d'austérité sévères 

Ces mesures ont toutes été demandées par le FMI, créancier de plusieurs d’entre eux qui étaient à courts de liquidités après 2008. C’était le cas au Soudan, en Argentine avec sa méga-dette de 57 Mrd $ envers le FMI, celle de 4,2 Mrd $ pour l’Equateur ; c'était aussi le cas du Liban pour lequel le prêt de 11 Mrd $ du groupe de soutien international ne pouvait être débloqué sans des mesures d’ajustement… 

Ce sont ces ajustements choisis qui ont provoqué l'explosion sociale et politique, alors que cette année l'accroissement des inégalités est devenu une préoccupation politique majeure à l'échelle mondiale. C'était le thème du G7 de Biarritz, et Oxfam avait déjà marqué le Forum de Davos avec un rapport montrant que les 26 personnes les plus riches au monde possèdent autant que les 3 milliards les plus pauvres. 

Généralement la classe moyenne se situe dans une fourchette de /- 25 % autour du revenu médian. Or dans tous ces pays cités, selon la World Inequality Database, les 1 % les mieux rémunérés captent entre 15 % et 25 % des revenus, les 50 % les plus pauvres entre 10 % et 20 %. 

Le FMI n’y est pas insensible : dès décembre dernier, sa présidente d'alors Christine Lagarde s'inquiétait de la survenue d'un « âge de la colère », craignant que d'ici à 2040 « les inégalités ne surpassent ce qu’elles étaient pendant l’âge d’or du capitalisme »

Quelle solidité au capitalisme ces 30 dernières années ? Une hypercroissance hyperfragile? 

« Capitalisme de connivence » écrit Le Monde qui cite le spécialiste des inégalités (auteur de la courbe de l'éléphant) Branko Milanovic... Le problème étant non seulement le creusement des inégalités matérielles, mais aussi « la convergence entre élites politiques et économiques » qui s'accélère. 

Cette convergence est elle-même l'objet d'études. L'économiste à la Banque Mondiale Caroline Freund compare l'augmentation entre 1996 et 2014 de la part du patrimoine de milliardaires proches du pouvoir et dépendants de l'Etat : 16,7 % au Chili, 33 % au Liban mais aussi une percée au dessus de 20 % dans l'ensemble de l'Europe. 

Or cette convergence est parallèle à l'intégration de ces économies dans la mondialisation, souvent avec l'appui du FMI : avec pour résultat aujourd’hui, « un état de désenchantement vis à vis de tout un système, d'une économie néolibérale qui provoque des ravages surtout parmi les jeunes »... 

Désenchantement ? « Gilet-jaunisation » du monde ? Si l’évolution des classes moyennes est un peu le baromètre du climat social, les années à venir seront tempétueuses. 

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