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Passation de pouvoir pour la présidence de la BCE entre Mario Draghi et Christine Lagarde le 28 octobre : nouvelle présidence, et fin de la politique des taux négatifs ?

Taux négatifs : baguette magique ou baguette maudite ?

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Parmi les quatre tendances remarquables de l'économie cette année : le débat sur les taux négatifs utilisés par les banques centrales. Ces taux, habituels au Japon, longtemps jugés "hétérodoxes", sont pratiqués en Europe depuis 2016. Produit dopant ou poison économique : quelle est la juste dose ?

Passation de pouvoir pour la présidence de la BCE entre Mario Draghi et Christine Lagarde le 28 octobre : nouvelle présidence, et fin de la politique des taux négatifs ?
Passation de pouvoir pour la présidence de la BCE entre Mario Draghi et Christine Lagarde le 28 octobre : nouvelle présidence, et fin de la politique des taux négatifs ? Crédits : Boris Roessler - AFP

Le fait était notable au début du mois : deux banques centrales, la FED et la BCE, venaient de ne pas décider de nouvelle baisse de leur taux directeur. C'était un événement, après 6 mois de baisse du côté américain, et plus de deux ans de diminution pour celui de la BCE qui a atteint – 0,5 % en septembre.

Nous voilà dans le domaine hasardeux des taux négatifs où l’on vous paye pour emprunter : territoires « inexplorés » où « le futur est plus certain que le présent » écrit Nicolas Bouzou dans Les Echos le 12 novembre. 

A quoi correspondent ces « taux » qui deviennent négatifs ?  

Ce sont les taux fixés par les Banques Centrales pour rémunérer les banques ou les institutions qui déposent de l'argent chez elles, principalement le taux de facilité de dépôt (ou de rémunération), qui rémunère les dépôts des banques et institutions. Ces taux influent directement sur les coûts de la possession de l'argent pour les banques, donc sur leurs marges, donc sur les taux de crédit à la consommation : entreprises et ménages. 

Pourquoi fixer des taux négatifs ? Pour produire de l'incitation à ne pas épargner, donc à prêter. Cette attitude des banques centrales depuis 2 ou 3 ans est en partie liée à la conjoncture qui s'installe : la persistance d’une croissance faible, à 1,2 % cette année et 1,1 % l'année prochaine, ou estimée pas assez forte. Aux Etats-Unis et en UE ce sont les mêmes arguments : La FED dit vouloir « stimuler l'expansion », ld Président de la BCE Mario Draghi y voyait en mars un « puissant instrument pour renforcer la reprise ». 

Du côté des investisseurs, il devient plus certain pour une banque ou un établissement de perdre une petite somme en la plaçant à long terme que de risquer d'en perdre une grosse en la plaçant sur un marché actuellement trop incertain. 

Or, en voulant stimuler l'investissement, les autorités monétaire envoient aussi un message d’incertitude sur l'avenir et plus encore sur le présent : « Pariez sur maintenant car l’avenir est plus incertain ». 

La stratégie Draghi : de l'argent gratuit? 

On compte plus d'économistes dubitatifs que de fervents défenseurs des taux bas : « politique périlleuse », titrait Patrick Artus de Natixis, « impasse » des Banques Centrales affirme Mohamed el Erian d'Allianz. Beaucoup soulèvent le problème de la perte de marge pour les banques (on l'observe dans les suppressions d'emploi et la nouvelle course aux clients), plus largement les spécialistes soulignent le risque que font courir les taux négatifs et « l'argent gratuit » au système.  

En fin de compte, les taux négatifs servent à fabriquer de l'inflation artificielle : puisqu'il se substituent à un défaut d'investissement. C'est la raison pour laquelle l'ancien directeur de l'OMC Pascal Lamy de l'OMC les juge « absurde en système capitaliste ». 

La BCE affaiblie ? 

Après de premières critiques de la part des gouverneurs des Banques Centrales autrichiennes et françaises il y a un an, l'affaire a pris un tour de mutinerie au sein du Conseil des Gouverneurs lors de l'avant dernière Réunion du Conseil le 12 septembre qui prévoyait une nouvelle baisse des taux : cette décision malgré l'opposition de trois des gouverneurs a entraîné la démission d'une des membres allemande du Conseil, Sabine Lautenschläger. 

Baisser les taux est donc une stratégie aussi prudente que risquée ; parfois accusée d'être complaisante envers les Etats dont elle favorise le aussi le désendettement. En menant une action double et répétée de baisse des taux et rachats massifs de dettes d'Etat (Quantitative Easing), la BCE a prolongé en stratégie ce qui était au départ un outil. Selon l’économiste belge André Peters « Aujourd’hui, il est de bon ton de critiquer cet assouplissement quantitatif. Pourtant, il a permis d’éviter une récession économique sans précédent » . La prochaine décision du mandat de Christine Lagarde interviendra lors du Conseil des Gouverneurs du 23 janvier 2020.  

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