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Saitn Pierre

Le tourisme à visage humain

3 min
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Dans un message publié par le Saint-Siège en août dernier, le cardinal Peter Tur a porté l'idée d'un tourisme à visage humain, en accord avec la doctrine sociale de l'Eglise catholique. L'emploi des termes n'est pas anodin et porte en creux une sévère critique du tourisme de masse.

Saitn Pierre
Saitn Pierre Crédits : LARS HALBAUER / DPA - AFP

Le Vatican a présenté en août dernier, un message visant  à intégrer la question de la responsabilité et de la durabilité dans le phénomène touristique.

Equivalent d’un ministère dans le gouvernement du Vatican, ce dicastère créé en 2016 par le Pape François a pour compétence les questions de justice sociale et de promotion de la paix, en rapport avec les enseignements de la doctrine sociale de l’Eglise. Il s’occupe ainsi notamment des questions relatives aux migrations, à la santé ou aux oeuvres caritatives. 

Il est donc intéressant de voir que l’institution a souhaité se saisir de la question du tourisme, comme s’attachant à cette mission de promotion de la paix et de développement humain. Dans ce message, délivré à la fin de l’année dernière, le Vatican exprime ainsi sa volonté de s’intégrer à la démarche portée par l’ONU et l’Organisation Mondiale du tourisme, de faire de l’année 2017, année internationale du tourisme durable pour le développement. 

Lutte contre la pauvreté et développement humain

Le cardinal Peter Turkson, qui signe ce texte, commence par rappeler que le tourisme peut-être un formidable outil de lutte contre la pauvreté, grâce aux retombées et à la croissance économique qu’il engendre. Mais, dès la deuxième ligne, il rappelle également que le développement ne saurait se réduire à la simple croissance économique. Il estime ainsi que « selon la doctrine sociale de l’Église, le développement véritable ne se réduit pas à la simple croissance économique»  et que « pour être authentique il doit être intégral ». 

Et de poursuivre : « De fait, le temps des vacances ne peut être un prétexte ni à l’irresponsabilité, ni à l’exploitation : au contraire, ce doit être un temps noble, dans lequel chacun peut ajouter de la valeur à sa propre vie et à celle des autres. Ainsi le tourisme durable, parce qu’il conjoint les durabilités écologiques, économiques et sociales, contribue à un véritable développement durable ». 

Pour le Saint Siège, notre manière de voyager, ou plutôt notre manière de faire du tourisme, est une fonction essentielle de notre rapport à la terre et à l’autre. Il entre donc en plein dans ce qu’il appelle le développement humain, qui ne se limite pas à sa composante économique. Il rend compte également d’une dimension éthique et politique. 

Une critique sévère des dérives du tourisme de masse 

Le simple fait de parler de tourisme à visage humain, en dit beaucoup sur la manière d’appréhender cette question. Cet oxymore implicite peut en effet sembler surprenant tant il nous rappelle l’usage de ces mêmes termes pour qualifier soixante ans plus tôt...le socialisme. 

On se rappelle en effet de cette formule, employée en 1968 par le parti communiste tchécoslovaque pour évoquer la rupture idéologique et programmatique qui devait permettre au communisme d’opérer une mue salvatrice. On se rappelle surtout de la manière dont cette tentative de libéralisation, fut réprimée par les chars russes, entrant à Prague pour faire revenir l’ordre et l’orthodoxie. 

Ce qui est intéressant c’est que, cette expression même, en prenant soin de proposer une orientation plus humaine, laisse voir dans le même mouvement, les limites et la dimension inhumaine du socialisme. Il en va de même aujourd’hui du tourisme sous la plume du Cardinal Turkson. 

En prenant la peine de formuler une doctrine spécifique pour ses ouailles, l’Eglise pointe donc en creux les insuffisances et les problèmes posés par le tourisme de masse et son incidence sur les hommes et la planètes. C’est donc une doctrine de l’action que prône le Saint siège, qui enjoint ses fidèles à ne plus se satisfaire d’un tourisme “de l’irresponsabilité et de l’exploitation”. 

C’est aussi une féroce critique de la société de consommation et de ses dérives, à laquelle le Pape François nous a d’ailleurs habitués, et qui se formalise dans ce message par un appel au respect de l’autre et de l’environnement. Le tourisme durable, comme manière authentique d’habiter notre “maison commune”. 

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