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L'ancien empereur japonais Hirohito

Japon : une nouvelle ère pour les femmes ?

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L'absence de femmes lors de l'abdication de l'empereur Akihito est symbolique et symptomatique de la place des femmes dans la société japonaises et notamment sur le marché du travail.

L'ancien empereur japonais Hirohito
L'ancien empereur japonais Hirohito Crédits : AFP

La cérémonie d'abdication de l'empereur Akihito a semble-t-il marqué les esprits par-delà les rives du Japon. Ainsi, les médias occidentaux n’ont pas manqué de relever l’absence flagrante de femmes au cours de cette cérémonie d’intronisation. 

Il faut dire que l’étiquette de la cour est particulièrement rigide en la matière. Plus généralement, le trône du chrysanthème réserve une place pour le moins limitée aux femmes de la famille impériale. Ainsi, dès lors qu’une princesse épouse un roturier, elle doit quitter la famille et renoncer à son statut princier. Et bien sûr, pas question qu’une femme accède au pouvoir.

Mais comme bien souvent, cette règle n’a rien d’immémoriale et ce qui est présenté comme une tradition de la maison impériale ne remonte en réalité… qu’à 1947. Alors que le Japon a déjà connu huit impératrices, le nouveau code adopté au lendemain de la guerre impose la succession patrilinéaire et écarte durablement les femmes du pouvoir.

Mais, pour la professeure et psychiatre Rika Kayama, interrogée par Libération, cette situation des femmes dans la famille impériale est largement symbolique et symptomatique de la place des femmes dans la société japonaise

Le Japon se positionne ainsi actuellement à la 110e place sur 145 dans le Global Gender Gap, du Forum économique mondial. Ce classement prend en compte un ensemble de critères liés à l’économie, l’éducation ou encore la santé pour mesurer les efforts d’un pays en faveur de la parité. Et si les femmes ne sont exclues au Japon, ni de la santé ni de l’éducation, c’est en matière économique que le bât blesse et notamment en ce qui concerne leur intégration sur le marché du travail. Ainsi, en 2012, seul 68% des femmes occupaient un emploi.

Face à cette situation, mais surtout confronté au vieillissement de la population et à la baisse du taux de natalité, le gouvernement japonais mené par Shinzo Abe s’est fixé pour objectif d’atteindre 77% de taux d’emploi des femmes d’ici à 2020. 

On entendait ainsi le Premier ministre Shinzo Abe, lors d’une conférence de presse en avril 2017, expliquer sa décision d’embaucher 30% de femmes dans les services publics. Il encourage également les entreprises côtées en bourse à nommer au moins une femme à leur conseil d'administration, expliquant que ce type de décision favorise leur la stabilité de long terme.

Une politique qui a, en partie, porté ses fruits, grâce à une série d’incitations le gouvernement a permis l’entrée sur le marché du travail de plus de 2 millions de femmes en cinq ans. Le problème c’est que la plupart des postes créés sont des emplois précaires. Ainsi, plus de 55% des travailleuses japonaises occupent un emploi à temps partiel, contre une moyenne de 30% au sein de l’Union européenne. 

Mais surtout les femmes demeurent très largement sous-représentées dans les postes d’encadrement et de direction. A l’heure actuelle, seuls 15% des cadres du secteur public et 18% du secteur privé sont des femmes. Pour la sociologue Chizuko Ueno, interrogée par l’Express, cette situation est largement due à la mentalité nippone et aux places auxquelles sont immanquablement assignées les femmes japonaises. 

Ainsi, le manque structurel d’espaces de garde d’enfants et de crèches, est l’un des facteurs principaux de la relégation féminine à des postes à temps partiel. Résultat, seule 1 mère sur 4 était employée à temps plein en mars 2018. Une situation encore aggravée par le vieillissement de la population qui a conduit nombre de femmes à abandonner, partiellement ou totalement, leur travail pour s’occuper de leurs aînés. 

Notons que l’action du gouvernement a tout de même permis de féminiser la cérémonie d’abdication de l’empereur Hirohito puisque la seule femme présente à cette passation de pouvoir n’était autre que l’unique femme ministre du gouvernement Abe, en charge de l’égalité hommes-femmes.

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