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Démbulation au coeur de l'exposition Monumenta de Christian Boltanski

La nouvelle vie des objets oubliés

3 min
À retrouver dans l'émission

Selon la chercheuse Valérie Guillard, chaque français dispose d'une centaine d'objets dont il ne se sert jamais. Ces objets pourraient pourtant être remis dans un circuit de l'échange, du partage ou de la vente, évitant ainsi la production toujours plus importante de produits similaires.

Démbulation au coeur de l'exposition Monumenta de Christian Boltanski
Démbulation au coeur de l'exposition Monumenta de Christian Boltanski Crédits : FRED DUFOUR / AFP - AFP

Les objets oubliés de notre quotidien

Tapis au fond d’un tiroir ou retranchés dans un coin du grenier, ces objets parsèment nos existences, tout en restant cachés, oubliés de nos usages quotidiens. Vêtements trop petits, jouets d’un enfant devenu grand, vieille machine de sport que l’on se promet un jour d’utiliser. On pourrait faire sans fin l’inventaire à la Prévert de ces objets délaissés, que nous entassons sans égards ou entreposons soigneusement en nous jurant qu’un jour, c’est sûr, ils nous resserviront. 

C’est ainsi près d’une centaine d’objets que chaque Français conserve sans jamais s’en servir. On ne parle pas ici du syndrome de Diogène, qui pousse les souffrants à accumuler compulsivement des centaines d’objets formant des montagnes informes, associant sans discernement matière et saleté. 

Non, c’est une maladie bien plus douce qui atteint l’immense majorité des Français : celle de conserver, de garder près de soi, les reliques multiples d’une vie passée. Notre société de consommation compulsive a même créé un terme pour rendre compte de cette accumulation frénétique d’objets inutiles : on parle désormais de syllogomanie. 

Selon la chercheuse Valérie Guillard, qui s’est spécialisée justement dans la seconde vie des objets, les causes sont multiples. La chercheuse vient ainsi de mener une grande enquête afin de percer les causes d’un comportement a priori assez irrationnel. 

La difficulté de se séparer de ces reliques du passé

La première raison est bien souvent sentimentale, on range soigneusement des objets dans des petites boîtes, perdues dans de plus grosses boîtes en se disant qu’on les utilisera avec plaisir quand le temps sera venu. Ce sont les traces d’une période heureuse, les fragments d’une mémoire trop souvent éparse. Ces objets qui n’ont plus d’usage pratique, continuent d’opérer leur statut de doudou affectif, même lorsqu’ils sont cachés. C’est le plaisir ponctuel du déménagement que de traverser ces bribes de souvenirs, enchâssées dans un objet que l’on croyait perdu. 

Vient ensuite l’excuse d’un usage prochain. Tous ces objets que l’on entasse en se disant qu’ils finiront bien par servir un jour. En réalité, l’enquête de Valérie Guillard nous révèle que rares sont les personnes interrogées, qui déclarent conserver ces objets afin de les réutiliser

La pénurie ancrée dans les mémoires

Mais les stocker reste une manière de s’assurer contre les vicissitudes du lendemain. La chercheuse explique ainsi que “le risque de pénurie est resté gravé dans les mémoires. La nécessité de s’en prémunir s’est transmise d’une génération à l’autre”. Une sorte d’impératif du “on ne sait jamais”, qui se serait sédimenté dans notre conscience collective. Enfin, le fait de stocker est perçu comme une manière de ne pas gaspiller. 

Alors que l’effet est tout à fait inverse, car tous ces objets, enfermés dans nos placards, sont autant de ressources potentielles qui pourraient être utilisées par d’autres personnes, si elles étaient valorisées, remises sur un circuit d’échange, de don ou même d’achat. Comme le formule Valérie Guillard, “des richesses considérables sont stockées dans des millions de mines domestiques, bien cachées à l’abri des regards”.

Chaque objet enfermé, accumulé, dans une cave ou un placard, prive ainsi une autre personne de son usage et entraîne la production, l’emballage, la vente et l’accumulation d’un objet équivalent. Il est donc impératif de recréer ces liens informels de l’échange, qui permettent de dépasser les logiques traditionnelles du marché.

Les nouveaux espaces de l'échange

Un certain nombre d’espaces ont ainsi vu le jour pour répondre à ce besoin.Oui exactement. On connaît bien sûr les lieux traditionnels de l’économie solidaire, Emmaüs et autres magasins de seconde main, qui sont cependant de plus en plus concurrencés par les plateformes de vente en ligne entre particuliers, comme eBay ou Leboncoin. 

Enfin avec l’émergence de l’économie du partage, un certain nombre d’applications numériques ont vu le jour, proposant de mettre en lien voisins et membres d’une communauté afin de connaître les besoins de ceux qui nous entourent. Ces applications proposent ainsi de louer ou de prêter pour quelques heures, quelques jours, ou sur le long terme des objets du quotidien, perceuse, machine à coudre ou jeux de société.

On passe ainsi de la propriété à l’usage, multipliant les vies des objets de notre quotidien. On retrouve d’ailleurs cette dimension affective dans des formes plus traditionnels d’échange que sont par exemple les vide-greniers et qui sont une manière, pour le chercheur Octave Debary, de mettre en scène le rituel de séparation avec ces objets familiers. C’est un échange symbolique et tacite qui nous aide à accepter le départ des objets familiers, contre l’assurance, pour eux, d’une nouvelle vie. 

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