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Recycler pour mieux régner

2 min
À retrouver dans l'émission

Des industriels ont lancé une initiative pour lutter contre les déchets plastiques. Le problème c'est qu'en se focalisant sur la question du recyclage, ces industriels parviennent à détourner l'attention de leur rôle dans cette pollution. Car le meilleur déchet, c'est celui que l'on ne produit pas.

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. Crédits : Getty

Une trentaine d’industriels, parmi les plus puissants de la Terre, se sont associés en janvier dernier pour créer une Alliance et combattre la contamination du monde par le plastique.  Il faut dire que la planète s’est retrouvée submergée, dévorée par des quantités indicibles de déchets : plus de 6 milliards de tonnes de plastique, produites en quelques dizaines d’années. L’ONU estime ainsi que si rien n’est fait, il pourrait y avoir plus de plastique que de poissons dans l’océan en 2050. 

Total, Exxon Mobil, BASF ou encore Véolia : trente industriels, d’un bout à l’autre de la chaîne du plastique, se sont donc rassemblés et ont promis d’investir 1,3 milliard d’euros pour développer des procédés de recyclage et de gestion des déchets. Une alliance pour les recycler tous. Une alliance pour les trouver. Tous les déchets plastiques, et dans les poubelles les jeter.

Cette initiative prévoit également de financer des projets de nettoyage de zones polluée. Toute une ribambelle de belles initiatives, qui semblent irréprochables sur le papier. Difficile en effet de reprocher à ces entreprises de s’engager pour la propreté, pour les produits recyclés. Le problème c’est que cette démarche se limite, en réalité, à réparer les problèmes que ces mêmes entreprises ont causés.

A aucun moment, cette initiative ne s’intéresse à la prévention de toutes ces pollutions. A aucun moment elle ne propose de limiter la production de plastiques, pour revenir, par exemple, au système de consigne, abandonné dans les années 1960 sous la pression de ces mêmes industries. 

Le philosophe Grégoire Chamayou explique d’ailleurs dans un article du Monde diplomatique, comment l’empire américain de la boisson s’est démené dans les années 1950 pour développer le jetable, éradiquer le réutilisable.  Mais bien sûr pas question de passer pour de vils pollueurs : les Coca-Cola et autres Budweiser ont donc eu l’idée géniale de lancer de grandes campagnes de publicité, vantant les mérites du recyclage et faisant peser la charge de la faute sur le consommateur. 

Et selon vous, cette « Alliance pour en finir avec les déchets plastiques » procède de la même logique. Il y a ainsi quelque chose de profondément irrationnel à fabriquer des produits à usage unique dans une matière faite pour durer éternellement. Quelque chose de plus absurde encore à faire passer le recyclage pour la panacée : car recycler consomme de l’énergie, de la matière et de l’argent. 

On peut donc saluer les efforts mis en oeuvre pour éviter que bouteilles et sacs plastiques finissent au fond de l’océan. Mais il faut surtout se rendre compte que c’est une manière fort habile de détourner l’attention leur rôle dans cette pollution. 

Des associations, telles que la Surfrider Foundation, relèvent d’ailleurs que ce sont les mêmes entreprises qui se sont battues à Bruxelles pour éviter l’interdiction des produits à usage unique. Des associations qui déplorent surtout qu’à aucun moment le modèle de production dans son ensemble ne soit remis en cause. La directrice de Zero Waste France, Flore Berlingen explique ainsi qu’en France, « le secteur du recyclage est plus soutenu que l’effort en faveur de la prévention ». Et c’est bien là tout le problème. 

Car il sera toujours plus écologique de boire dans un verre en verre que de se désaltérer dans une bouteille en plastique. Mais ce n’est, semble-t-il, pas la volonté des industriels qui, des pétrochimistes, aux entreprises de gestion des déchets, ont tout intérêt à voir le plastique prospérer.

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