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Mine d'or près de Cayenne

Les boues toxiques de la Montagne d'or

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La nomination de F. de Rugy relance la polémique autour de la construction de la mine Montagne d'or en Guyane. Un projet qui menace de détruire une zone naturelle protégée, mais qui bénéficie toujours de puissants soutiens qui y voient une opportunité de développement et de création d'emplois.

Mine d'or près de Cayenne
Mine d'or près de Cayenne Crédits : JACK GUEZ - AFP

Ne vous laissez pas abuser par ce nom merveilleux qui semble tout droit sorti d’une féérie de Thomas Mann ou de Charles Perrault. La montagne d’or renvoie en réalité à un gigantesque projet industriel d’extraction de minerai au coeur de la forêt amazonienne. Projet qui suscite, en Guyane comme en métropole, de violentes oppositions entre protecteurs de l’environnement et défenseurs revendiqués de l’emploi. 

Il faut dire que l’exploitation d’une mine d’or pose un certain nombre de problèmes écologiques, à commencer par l’usage de cyanure pour rendre l’or soluble. Ce sont ainsi des quantités phénoménales de boues, chargées d’or et de cyanure, qui sont stockées dans des bassins de rétention, en attendant la récolte des pépites merveilleuses. En cas de débordement, ou même de rupture des digues à cause des pluies diluviennes notamment, le cyanure se déverse directement dans la nature. 

Et le problème c’est que ce type d’accident est en réalité assez fréquent. On se rappelle ainsi de la rupture en 2000, du barrage de Baia Mare en Roumanie, qui avait déversé ses eaux polluées jusque dans le Danube, à des centaines de kilomètres de là. Et ce sont depuis plus de 25 digues qui ont cédé à travers le monde. 

Des zones protégées, au cœur de la forêt primaire

Or la mine se trouve située entre deux réserves naturelles, protégées pour leur diversité exceptionnelle. On peut donc seulement imaginer les conséquences terrifiantes qu’aurait une pareille catastrophe sur un site tel que la montagne d’or. Mais au delà des problématiques de pollution, on sait que les mines d’or sont également une source très importante de déforestation. Des chercheurs de l’université de Porto Rico avaient ainsi montré qu’au lendemain de la crise de 2008, qui avait vu s’envoler la demande en or considéré comme une valeure refuge, la déforestation s’était, elle aussi, accélérée dans une même ampleur.

Le projet guyanais nécessiterait ainsi de déboiser près de 600 hectares de forêt primaire pour construire le site et la ligne à haute tension pour alimenter la mine en électricité. Pour vous donner une idée, c’est l’équivalent de 820 terrains de football de forêt détruite pour extraire environ 85 tonnes d’or sur les douze ans du projet. 

On a donc vu se multiplier les oppositions à ce projet. Des associations locales de protection de l’environnement, aux autorités coutumières amérindiennes qui ont voté unanimement contre, jusqu’à l’ancien ministre de l’environnement, farouchement opposé à ce qu’il considère comme un désastre écologique en puissance. 

Mais la démission de Nicolas Hulot a semble-t-il remis le sujet sur la table, son successeur au ministère de l’écologie étant bien plus favorable à ce dossier. Le président de la République lui-même s’est déclaré à plusieurs reprises favorable au projet, arguant de la nécessité de développer économiquement la région d’outre-mer.  

Court-terme économique vs long terme écologique

Or la Guyane est particulièrement touchée par le chômage. C’est ainsi près de 22% de la population guyanaise qui se trouve actuellement au chômage. Un chiffre qui atteint 45% lorsque l’on s’intéresse aux jeunes. Et le consortium russo-canadien a bien compris qu’il était de son intérêt de miser sur ce sujet en promettant pas moins de 750 emplois directs et 3000 emplois induits. 

En réalité ce n’est pas la première fois que l’on fait primer les intérêts économiques de court terme en brandissant l’argument de la sauvegarde de l’emploi. On se rappelle de ainsi de Manuel Valls, alors premier ministre, donnant le feu vert au déversement de boues rouges dans la Méditerranée sous prétexte de préserver l’activité économique. On se rappelle également de Nicole Bricq, évincée du ministère de l’écologie pour s’être opposée aux permis de forage du pétrolier Shell en Guyane. 

Le problème c’est qu’on nous présente toujours la même alternative : court terme économique contre long terme écologique, emploi contre environnement. Cette opposition artificielle est en réalité un prêt-à-penser, qui renvoie chacun à une position d’affrontement, interdisant de réfléchir à de nouveaux modèles économiques, qui permettent de concilier développement local et protection de l’environnement. 

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