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Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes

Le très attendu rapport de la Cour des comptes

3 min
À retrouver dans l'émission

Chaque année c'est la même chose. La Cour des comptes épingle le gouvernement pour sa gestion laxiste des finances publiques. Mais, sous couvert d'évidence, les avis de la Cour traduisent en réalité une vision et une volonté politiques tout à fait engagées.

Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes
Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes Crédits : AFP

C’est chaque année le même rituel, observateurs économiques, dirigeants politiques et autres experts médiatiques retiennent leur souffle, guettant les prévisions de la pythie de la rue Cambon. Le premier président de la Cour, revêtant ses plus beaux atours, s’est approché du pupitre, pour livrer à la France, sans détour, son verdict.

Et cette année, comme les autres, les nouvelles ne sont pas bonnes. Finances publiques fragiles, déficit public incontrôlé, dépenses publiques trop élevées : tout y est passé. Parant son discours des évidences de la vertu, le premier président de l’institution a rappelé, à l’envi, l’importance d’un budget bien ordonné. Il faut dire que, cette année pour la première fois depuis près de dix ans, le déficit en France, a cessé de baisser.

La cour s’inquiète ainsi des mesures mises en œuvre au mois de décembre dernier pour revaloriser le pouvoir d’achat. Des mesures, prises en réponse au mouvement des gilets jaunes et qui entraîneraient, je cite, « un surcroît de dépenses estimé à 3,5 milliards d’euros et que le Gouvernement entend compenser [...] par des économies annoncées mais non documentées ».

En clair, il est bien beau de prendre des mesures pour calmer la colère sociale, bien beau d’annuler la hausse de la CSG pour les retraités ou d’élargir les bénéficiaires de la prime d’activité, encore s’agirait-il de bien les financer.

Or les magistrats de la Cour sont pour le moins sceptiques en ce qui concerne la crédibilité des équilibres présentés par le gouvernement. Ils ont ainsi exprimé leurs doutes quant aux prévisions de croissances exposées par le gouvernement et sur lesquelles repose toute l’architecture de réduction des déficits.

L’institution a donc formulé une série de recommandations afin de retrouver des finances apurées. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’y est pas allée par quatre chemins. S’armant de son lexique le plus sibyllin, l’oracle de la rue Cambon a décrété qu’une « réduction soutenue des déficits effectif et structurel était impérative de manière à amorcer enfin la décrue du ratio de dette publique au PIB ». 

Et pour cela, pas de mystère, mais une révélation, une évidence venue d’en haut : réduire les dépenses, assainir les finances, mettre fin au gâchis. La parole révélée, se découvre sûre et claire quand il s’agit d’économies.

La Cour rappelle ainsi, que « dans un cadre budgétaire contraint [...], notre pays doit amplifier et systématiser la modernisation de ses services publics pour les rendre plus efficaces ». En clair l’Etat est prié de continuer de raboter les budgets et de limiter la gabegie incessante des services publics. L’objectif d’efficacité servant, depuis longtemps, dans la bouche de nos gouvernants, à masquer celui d’austérité.  

Des recommandations qui sont elles-mêmes l’objet de vives critiques. Sous couvert d’expertise, de technicité, la Cour des comptes formule en réalité des recommandations éminemment engagées, qui ne procèdent pas seulement d’une analyse objective et raisonnée de la situation, mais aussi d’une vision politique, idéologique même, sur les origines du mal et les moyens d’y remédier.

On peut ainsi s’étonner de voir explicitement ciblées les mesures de revalorisation du pouvoir d’achat, comme l’une des causes du dérapage budgétaire à venir. S’interroger aussi sur l’évidence des mesures à prendre pour retrouver l’équilibre. Mesures qui se concentrent, comme toujours, sur une baisse drastique des moyens de l'État. 

Si le rapport prend bien en compte le montant de mesures comme le CICE, qui coûte chaque année 40 milliards d’euros à la communauté. Pas une seconde, il ne vient à l’esprit des magistrats de cour, de prôner l’abandon d’un tel dispositif, pourtant jugé par les services du Premier ministre, inefficace et dispendieux. La preuve s’il en fallait une que les comptes de la Cour sont pour le moins orientés.

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